jeudi 15 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2202175 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2 ème Chambre |
| Avocat requérant | SOUTY |
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête enregistrée le 26 mai 2022, sous le n° 2202175, Mme D B épouse E, représentée par Me Souty, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 9 mars 2022 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français et a fixé le pays de destination de sa reconduite à la frontière ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir ou subsidiairement de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et dans l'attente de l'une ou l'autre de ces injonctions, de lui remettre au plus tard dans les dix jours une autorisation provisoire au séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'État, la somme de 1 000 euros hors taxes à verser à son conseil en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou subsidiairement, à lui verser directement en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'arrêté attaqué est entaché d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- il est insuffisamment motivé ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision l'obligeant à quitter le territoire français méconnaît le 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense, enregistré le 21 juin 2022, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par Mme E ne sont pas fondés.
Mme E a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 27 avril 2022.
II. Par une requête enregistrée le 26 mai 2022, sous le n° 2202176, M. C E, représenté par Me Souty, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 9 mars 2022 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français et a fixé le pays de destination de sa reconduite à la frontière ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir ou subsidiairement de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et dans l'attente de l'une ou l'autre de ces injonctions, de lui remettre au plus tard dans les dix jours une autorisation provisoire au séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'État, la somme de 1 000 euros hors taxes à verser à son conseil en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou subsidiairement, à lui verser directement en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué est entaché d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- il est insuffisamment motivé ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision l'obligeant à quitter le territoire français méconnaît le 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense, enregistré le 21 juin 2022, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. E ne sont pas fondés.
M. E a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 11 mai 2022.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Bailly, présidente-rapporteure
- et les observations de Me Souty pour M. et Mme E.
Considérant ce qui suit :
1. Les requêtes de Mme et M. E, enregistrées sous les n° 2202175 et n° 2202176, concernent un couple d'étrangers dont les demandes de titres de séjour en France ont été rejetées par le préfet de la Seine-Maritime et qui ont fait l'objet de mesures d'éloignement. Par suite, elles présentent à juger de questions connexes. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
2. Mme et M. E, ressortissants algériens nés respectivement le 10 mai 1975 et le 3 août 1966, sont entrés en France le 19 septembre 2018 munis de visas de court séjour de type C délivrés par les autorités consulaires françaises, accompagnés de leurs trois enfants. Le 26 janvier 2022, ils ont sollicité la délivrance d'un certificat de résidence sur le fondement des stipulations de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien. Par arrêtés du 9 mars 2022, le préfet de la Seine-Maritime a refusé de leur délivrer les titres demandés, les a obligés à quitter le territoire dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination de leur reconduite à la frontière.
3. En premier lieu, contrairement à ce qui est soutenu, les arrêtés attaqués comprennent les considérations de droit et de fait sur lesquelles ils se fondent et sont ainsi suffisamment motivés au regard des exigences des articles L. 211-2 et suivants du code des relations entre le public et l'administration. Ainsi, et alors même que les motifs ne reprennent pas l'ensemble des éléments caractérisant la situation des intéressés, le préfet a suffisamment motivé les décisions de refus de séjour. Par ailleurs, le préfet a visé dans chacun des arrêtés l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui permet d'assortir un refus de séjour d'une obligation de quitter le territoire. Par suite, les mesures d'éloignement contestées, qui, en vertu des termes mêmes de l'article L. 613-1 du même code, n'ont pas à faire l'objet d'une motivation en fait distincte de celle de la décision relative au séjour, sont elles-mêmes suffisamment motivées. Il en va de même des décisions fixant le pays de destination qui, après avoir visé l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, exposent que les requérants ne seront pas soumis à des traitements inhumains et dégradants prohibés par ces stipulations en cas de retour dans leur pays d'origine. Par suite, le moyen, qui manque en fait, doit être écarté.
4. En deuxième lieu, il ne ressort pas de la motivation exposée au point précédent que le préfet se serait abstenu de procéder à un examen de la situation personnelle des requérants. Par suite, le moyen doit être écarté.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 mentionné ci-dessus : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ; () ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".
6. Mme et M. E se prévalent de la durée de leur présence et de leur insertion sociale en France où sont scolarisés leurs enfants. Ils font également valoir qu'ils sont à même de s'insérer professionnellement, l'époux bénéficiant d'une promesse d'embauche et l'épouse pouvant, compte tenu de son diplôme algérien d'infirmière, entreprendre des démarches en vue d'occuper un emploi correspondant à ses qualifications. Ils exposent enfin que leur état de santé justifie un traitement médicamenteux indisponible en Algérie. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que la présence des requérants sur le territoire français, où ils sont entrés munis de visas de court séjour trois ans et demi environ avant l'édiction des arrêtés attaqués, est relativement récente et n'a pas été suivie d'une demande de titre de séjour, les intéressés ayant attendu le 26 janvier 2022 pour solliciter un certificat de résidence. De plus, hormis la promesse d'embauche dont bénéficie M. E, au demeurant postérieure aux arrêtés attaqués, il ne ressort pas des éléments produits que les époux justifient d'une insertion professionnelle particulière sur le territoire. En outre, les documents médicaux produits, de portée générale et pour certains postérieurs aux arrêtés attaqués, ne permettent pas d'établir qu'ils ne pourraient pas bénéficier d'une prise en charge adaptée à leurs pathologies en Algérie, alors au demeurant qu'ils n'ont pas demandé un titre de séjour en raison de leur état de santé. Ils n'établissent pas davantage entretenir avec la fratrie de l'époux présente en France des liens intenses et stables. Enfin, ils ne justifient pas être dépourvus d'attaches familiales en Algérie, pays où ils ont vécu au moins respectivement jusqu'à l'âge de 43 et 52 ans et dont ils possèdent, ainsi que leurs enfants, la nationalité. Dès lors, aucun élément ne fait obstacle à ce que la vie familiale se poursuive en Algérie. Dans ces conditions, et en dépit de leurs efforts d'insertion sociale sur le territoire, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que le préfet aurait porté à leur droit au respect de leur vie privée et familiale une atteinte disproportionnée en leur refusant un titre de séjour au titre de la vie privée et familiale et par suite, méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien.
7. Compte tenu de ce qui a été dit au point précédent, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet aurait davantage commis une erreur manifeste d'appréciation en rejetant leur demande d'admission au séjour.
8. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. " Cependant, ainsi qu'il a été dit au point 6 du présent jugement, Mme et M. E n'établissent pas que l'absence de prise en charge médicale de leur état de santé aurait pour eux des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Par suite, le moyen doit être écarté.
9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de Mme et M. E à fin d'annulation des arrêtés du préfet de la Seine-Maritime du 9 mars 2022 doivent être rejetées, ainsi que par voie de conséquence, celles qu'ils ont présentées aux fins d'injonction et au titre des frais du litige.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes nos 2202175 et 2202176 présentées pour Mme et M. E sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D B épouse E, à M. C E, à Me Souty et au préfet de la Seine-Maritime.
Délibéré après l'audience du 20 octobre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Bailly, présidente,
Mme F et Mme A, conseillères,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 décembre 2022.
La présidente-rapporteure,
P. Bailly
L'assesseure la plus ancienne,
D. F
La greffière,
A. Hussein
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Nos 2202175, 2202176
ah
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026