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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2202237

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2202237

jeudi 15 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2202237
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2 ème Chambre
Avocat requérantLEPEUC MARIE

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête et un mémoire, enregistrés les 1er juin et 30 août 2022, sous le n° 2202236, Mme D A H épouse B, représentée par Me Lepeuc, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 29 avril 2022 par lequel le préfet de la Seine-Maritime lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire et a fixé le pays de destination de sa reconduite à la frontière ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " ou une autorisation provisoire de séjour en qualité d'accompagnant d'un enfant malade dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ; subsidiairement, d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai ; en tout état de cause, d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer un récépissé de sa demande de titre dans un délai de sept jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros à verser, à titre principal, à son conseil sur le fondement du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ; subsidiairement, de mettre à la charge de l'Etat cette même somme à lui verser directement en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

La décision de refus de titre de séjour :

- est entachée d'un vice de procédure dès lors que la régularité des avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) n'est pas établie en l'absence de leur production par le préfet ;

- est illégale dès lors qu'elle repose sur des avis dont l'appréciation qu'ils comportent a été contredite par la délivrance d'une autorisation provisoire de séjour après leur émission, de sorte qu'il appartenait au préfet de saisir de nouveau l'avis du collège de médecins de l'OFII ;

- méconnaît les dispositions de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît le principe général du droit de sécurité juridique ;

- est illégale en l'absence d'examen particulier des éléments fournis contredisant les avis émis par le collège de médecins de l'OFII ;

- méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La décision portant obligation de quitter le territoire français :

- est entachée d'un vice de procédure tiré de l'absence d'une nouvelle saisine du collège de médecins de l'OFII ;

- est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

La décision fixant le pays de destination :

- est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 août 2022, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Mme A H épouse B a produit des pièces complémentaires enregistrées le 19 septembre 2022.

Mme A H épouse B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 22 juin 2022.

II. Par une requête et un mémoire, enregistrés les 1er juin et 30 août 2022, sous le n° 2202237, M. E B, représenté par Me Lepeuc, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 29 avril 2022 par lequel le préfet de la Seine-Maritime lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire et a fixé le pays de destination de sa reconduite à la frontière ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " ou une autorisation provisoire de séjour en qualité d'accompagnant d'un enfant malade dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ; subsidiairement, d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai ; en tout état de cause, d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer un récépissé de sa demande de titre dans un délai de sept jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros à verser, à titre principal, à son conseil sur le fondement du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ; subsidiairement, de mettre à la charge de l'Etat cette même somme à lui verser directement en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

La décision de refus de titre de séjour :

- est entachée d'un vice de procédure dès lors que la régularité des avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) n'est pas établie en l'absence de leur production par le préfet ;

- est illégale dès lors qu'elle repose sur des avis dont l'appréciation qu'ils comportent a été contredite par la délivrance d'une autorisation provisoire de séjour après leur émission, de sorte qu'il appartenait au préfet de saisir de nouveau l'avis du collège de médecins de l'OFII ;

- méconnaît les dispositions de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît le principe général du droit de sécurité juridique ;

- est illégale en l'absence d'examen particulier des éléments fournis contredisant les avis émis par le collège de médecins de l'OFII ;

- méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La décision portant obligation de quitter le territoire français :

- est entachée d'un vice de procédure tiré de l'absence d'une nouvelle saisine du collège de médecins de l'OFII ;

- est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

La décision fixant le pays de destination :

- est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 août 2022, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

M. B a produit des pièces complémentaires enregistrées le 19 septembre 2022.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 5 octobre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bailly, présidente-rapporteure ;

- les observations de Me Lepeuc pour M. et Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Les requêtes de M. et Mme B, enregistrées sous les n° 2202236 et n° 2202237, concernent un couple d'étrangers dont les demandes de titres de séjour en France ont été rejetées par le préfet de la Seine-Maritime et qui ont fait l'objet de mesures d'éloignement. Par suite, elles présentent à juger de questions connexes. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

2. M. et Mme B, ressortissants marocains, nés respectivement le 16 février 1981 et le 25 août 1988, déclarent être entrés en France avec leurs enfants mineurs le 6 novembre 2019, en provenance d'Espagne. Ils ont bénéficié d'autorisations provisoire de séjour renouvelées jusqu'au 23 avril 2022 en raison de l'état de santé de leurs enfants. Le 12 avril 2022, ils ont sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que leur admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du même code. Par arrêtés du 29 avril 2022, le préfet de la Seine-Maritime a refusé de leur délivrer les titres demandés, les a obligés à quitter le territoire dans le délai de trente jours et a fixé le pays de leur reconduite à la frontière.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne les décisions portant refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, il ne ressort ni des termes des arrêtés attaqués, ni des autres éléments des dossiers, que le préfet ne se serait pas livré à un examen circonstancié de la situation personnelle de M. et Mme B. Dès lors, le moyen tiré du défaut d'examen particulier des demandes doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les parents étrangers de l'étranger mineur qui remplit les conditions prévues à l'article L. 425-9, ou l'étranger titulaire d'un jugement lui ayant conféré l'exercice de l'autorité parentale sur ce mineur, se voient délivrer, sous réserve qu'ils justifient résider habituellement en France avec lui et subvenir à son entretien et à son éducation, une autorisation provisoire de séjour d'une durée maximale de six mois. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. ". Aux termes de l'article L. 425-9 du même code : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. (). La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. (). ". Aux termes de l'article R. 425-11 de ce code : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. ". Aux termes de l'article R. 425-12 du même code : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre, dans les conditions prévues par l'arrêté mentionné au deuxième alinéa du même article. ". Aux termes de l'article R. 425-13 du même code : " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. / Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. / L'avis est rendu par le collège dans un délai de trois mois à compter de la transmission du certificat médical. ". Il résulte des dispositions précitées qu'il appartient à l'autorité administrative saisie d'une demande de titre de séjour présentée par un ressortissant étranger en raison de l'état de santé de ses enfants de se prononcer au vu des avis émis par un collège de médecins nommés par le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII).

5. Aucune disposition législative ou réglementaire n'impose au préfet de communiquer à l'étranger qui sollicite un titre de séjour en raison de son état de santé l'avis rendu par le collège de médecins de l'OFII. En tout état de cause, le préfet produit en défense les avis rendus par cette instance concernant chacun des enfants des requérants. Par suite, le moyen tiré de ce qu'en l'absence de communication des documents précités, les arrêtés attaqués auraient été pris à l'issue d'une procédure irrégulière, doit être écarté.

6. En troisième lieu, si le préfet a, postérieurement à l'émission des avis rendus par le collège de médecins de l'OFII, délivré des autorisations provisoires de séjour aux requérants en raison de l'état de santé de leurs enfants, cette circonstance traduit seulement la mise en œuvre de son pouvoir discrétionnaire qui ne peut à elle seule être de nature à avoir rendues caduques les appréciations du collège de médecins de l'OFII, pour lesquelles aucune disposition législative ou règlementaire ne limite leur durée de validité. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que les requérants auraient, postérieurement à ces avis, porté à la connaissance du préfet de nouveaux éléments s'agissant de l'évolution de l'état de santé de leurs enfants justifiant une nouvelle saisine du collège de médecins de l'OFII. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet ne pouvait légalement, pour édicter les arrêtés attaqués, se fonder sur les avis du collège de médecins de l'OFII et qu'il aurait dès lors commis une erreur de droit y en procédant, doit être écarté.

7. En quatrième lieu, il résulte des dispositions précitées de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que les autorisations provisoires de séjour sont délivrées pour une durée maximale de six mois. Il ressort en outre des pièces du dossier que les requérants ont bénéficié chacun d'une autorisation provisoire de séjour valable uniquement jusqu'au 23 avril 2022. Dès lors, les décisions attaquées du 29 avril 2022, qui ne procèdent pas au retrait d'une décision individuelle favorable constituée par les autorisations provisoires de séjour, n'ont pas porté atteinte à une situation juridique légalement constituée. Elles n'ont pas davantage produit d'effets pour le passé. Dès lors, les requérants ne peuvent utilement soutenir que les décisions attaquées ont méconnu le principe de non-rétroactivité des actes administratifs et par suite, le principe de sécurité juridique.

8. En cinquième lieu, pour refuser les titres de séjour sollicités par les requérants en raison de l'état de santé de leurs enfants, le préfet de la Seine-Maritime s'est fondé sur les avis des 7 octobre et 6 décembre 2021 du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Cet organe a estimé que si l'état de santé des jeunes G et F, âgés de 4 et 9 ans, nécessite des soins dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une extrême gravité, ils peuvent néanmoins bénéficier effectivement d'un traitement approprié au Maroc, pays vers lequel ils peuvent voyager sans risque. Les requérants entendent contester cette analyse en faisant état de ce que leurs enfants ne pourront disposer au Maroc de soins et d'un accompagnement médico-social de qualité équivalente à ceux dont ils bénéficient actuellement en France. Toutefois, les documents produits, de portée générale et pour la plupart anciens, ne permettent pas de démontrer que leurs enfants ne pourraient pas bénéficier au Maroc d'un régime d'assistance médicale dans des conditions leur permettant d'accéder effectivement à un traitement requis par leur état de santé. De plus, si les requérants produisent une attestation administrative du 10 octobre 2019 faisant valoir que les traitements nécessaires ne leur seraient financièrement pas accessibles au Maroc, ils n'apportent aucun autre élément circonstancié relatif au coût des traitements nécessaires et à leur situation financière. Ils n'établissent pas davantage suffisamment l'impossibilité de bénéficier au Maroc du régime d'assistance médicale (RAMED) pour l'assistance sociale des personnes les plus démunies afin de recevoir des soins dans les hôpitaux publics, établissements publics de santé et services sanitaires relevant de l'État. Dans ces conditions, M. et Mme B ne sont pas fondés à soutenir qu'en leur refusant un titre de séjour, le préfet de la Seine-Maritime a méconnu les dispositions précitées de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

9. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ". Aux termes de l'article L. 423-23 du même code : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ". Enfin, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

10. M. et Mme B se prévalent des modalités de prise en charge de leurs enfants sur le territoire impliquant un suivi médico-social régulier ainsi que de l'insertion sociale de l'époux. Toutefois, en dehors du contrat de travail de M. B et des éléments justifiant l'entretien de leur logement, il ne ressort pas des éléments versés au dossier que les époux ont créé des liens intenses, anciens et stables sur le territoire français, alors que la durée de leur séjour sur le territoire français n'était que de deux ans et demi environ à la date des arrêtés attaqués. En outre, ainsi qu'il a été dit au point 8 du présent jugement, l'état de santé des enfants des requérants ne justifie pas qu'ils demeurent sur le territoire français. De plus, M. et Mme B n'établissent pas être dépourvus d'attaches familiales au Maroc où ils ont vécu au moins jusqu'à l'âge respectivement de 37 et 30 ans. Dans ces conditions, et dès lors que les époux ainsi que leurs enfants possèdent la même nationalité, la vie familiale peut se poursuivre au Maroc. Ainsi, à la date de l'arrêté en litige et au vu des informations dont disposait le préfet, la situation personnelle et familiale de M. et Mme B ne permettait pas de caractériser des considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels au sens et pour l'application des dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ils ne sont, par suite, pas fondés à soutenir que le préfet a méconnu les dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni enfin qu'il aurait entaché ses décisions d'une erreur manifeste d'appréciation.

11. Compte tenu de ce qui a été dit ci-dessus, les décisions ne sauraient non plus être regardées comme étant contraires aux stipulations du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant.

12. Il résulte de ce qui précède que M. et Mme B ne sont pas fondés à demander l'annulation des décisions du 29 avril 2022 par lesquelles le préfet de la Seine-Maritime a rejeté leur demande de titre de séjour.

En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français :

13. En premier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6 du présent jugement, le moyen tiré du défaut d'une nouvelle saisine du collège de médecins de l'OFII préalablement à l'édiction des décisions attaquées doit être écarté.

14. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 3 à 12 du présent jugement que les décisions portant refus de délivrance d'un titre de séjour ne sont pas illégales. Par suite, M. et Mme B ne peuvent exciper de leur illégalité à l'encontre des décisions les obligeant à quitter le territoire français.

15. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 10 et 11 du présent jugement, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant doivent être écartés.

16. Il résulte de ce qui précède que M. et Mme B ne sont pas fondés à demander l'annulation des décisions du 29 avril 2022 par lesquelles le préfet de la Seine-Maritime les a obligés à quitter le territoire français.

En ce qui concerne les décisions fixant le pays de destination :

17. Il résulte de ce qui a été au point précédent du présent jugement que les décisions portant obligation de quitter le territoire français ne sont pas illégales. Par suite, M. et Mme B ne peut peuvent exciper de leur illégalité à l'encontre des décisions fixant le pays de leur reconduite à la frontière.

18. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de M. et Mme B doivent être rejetées, comme, par voie de conséquence les conclusions aux fins d'injonction et celles présentées au titre des frais du litige.

D E C I D E :

Article 1 : Les requêtes nos 2202236 et 2202237 présentées pour M. et Mme B sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D A H épouse B, à M. E B, à Me Lepeuc et au préfet de la Seine-Maritime.

Délibéré après l'audience du 3 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Bailly, présidente,

Mme I et Mme C, conseillères,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 décembre 2022.

La présidente-rapporteure,

P. Bailly

L'assesseure la plus ancienne,

D. I

La greffière,

A. Hussein

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Nos 2202236, 2202237

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