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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2202263

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2202263

vendredi 15 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2202263
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge Unique 4
Avocat requérantSARHANE HIND

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 30 mai 2022 et le 13 juin 2022, M. F A E, représenté par Me Sarhane, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 10 mai 2022 par lequel le préfet de la Seine-Maritime l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant son pays de destination ;

3°) d'enjoindre au préfet de procéder au réexamen de sa situation en lui délivrant dans l'attente une autorisation provisoire de séjour ;

4°) à titre subsidiaire, de suspendre l'exécution de la décision portant obligation de quitter le territoire français et fixant son pays de destination ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision portant obligation de quitter le territoire est entachée d'incompétence ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle méconnaît les dispositions de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision fixant le pays de renvoi est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est illégale dès lors qu'il serait exposé à des traitements cruels, inhumains et dégradants en cas de retour en Irak ;

- il existe une violence aveugle dans la province de Bagdad résultant d'un conflit armé, justifiant la suspension de l'exécution de la décision l'obligeant à quitter le territoire jusqu'à la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 juin 2022, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête au motif que les moyens ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme D comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers et des décisions relatives à la rétention des étrangers visées aux chapitres VI, VII, VII bis, VII ter, VII quater du titre VII du livre VII de la partie réglementaire du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme D, qui a informé que le jugement à intervenir était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré du non-lieu à statuer sur les conclusions à fin de suspension de l'exécution de la décision attaquée.

M. A E n'était ni présent ni représenté.

Le préfet de la Seine-Maritime n'était ni présent ni représenté.

En application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative, la clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'appel de l'affaire à l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A E, ressortissant irakien né le 26 novembre 1989, déclare être entré en France le 13 septembre 2017. Le 27 septembre 2017, il a demandé son admission au séjour au titre de l'asile auprès de la préfecture de police de Paris. L'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) a rejeté sa demande d'asile par une décision du 10 octobre 2018, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 4 janvier 2021. Le 18 janvier 2021, M. A E a demandé le réexamen de sa demande d'asile, demande qui a été rejetée par une décision de l'OFPRA du 19 avril 2021. Par l'arrêté du 10 mai 2022, dont M. A E demande l'annulation, le préfet de Seine-Maritime l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être renvoyé à l'expiration de ce délai. M. A E demande également, à titre subsidiaire, de suspendre l'exécution de la mesure d'éloignement prise à son encontre jusqu'à la décision de la Cour nationale du droit d'asile.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président / () ". En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. A E au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, Mme C B, cheffe du bureau du droit d'asile de la préfecture de la Seine-Maritime, qui a signé l'arrêté attaqué, a reçu délégation de signature du préfet de la Seine-Maritime, par un arrêté n° 22-013 du 1er avril 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de la Seine-Maritime du même jour, à l'effet de signer notamment les obligations de quitter le territoire français prises à l'encontre des " déboutés du droit d'asile " et les décisions fixant le pays de destination. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire doit être écarté.

4. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué vise les dispositions applicables, notamment l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il a été fait application au cas de M. A E, précise qu'il a perdu le droit de se maintenir sur le territoire français ainsi que sa situation personnelle et familiale. Par suite, le moyen tiré de son insuffisante motivation doit être écarté.

5. En troisième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que de l'erreur manifeste d'appréciation n'est assorti d'aucune précision permettant d'en apprécier le bienfondé. Par suite, ce moyen doit être écarté.

6. En dernier lieu, le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en raison des risques que M. A E soutient encourir en cas de retour dans son pays d'origine est inopérant à l'encontre de la décision d'obligation de quitter le territoire français, qui n'a pas pour objet de fixer le pays à destination duquel l'intéressé sera renvoyé.

7. Il résulte de ce qui précède que M. A E n'est pas fondé à demander l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français.

Sur la décision fixant le pays de destination :

8. En premier lieu, la décision vise notamment l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, rappelle la nationalité du requérant et mentionne qu'il n'est pas établi qu'il pourrait être soumis à la torture ou à des traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

9. En second lieu, si M. A E soutient qu'il est exposé à des risques de traitements inhumains et dégradants en cas de retour dans son pays d'origine, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il encourt un risque personnel et actuel. Par suite, ce moyen doit être écarté.

10. Il résulte de ce qui précède que M. A E n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision fixant le pays de destination.

Sur les conclusions à fin de suspension de l'obligation de quitter le territoire français :

11. Aux termes de l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision. / Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci. " Aux termes de l'article L. 542-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 542-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin : 1° Dès que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a pris les décisions suivantes : a) une décision d'irrecevabilité prise en application des 1° ou 2° de l'article L. 531-32 ; b) une décision d'irrecevabilité en application du 3° de l'article L. 531-32, en dehors du cas prévu au b du 2° du présent article ; c) une décision de rejet ou d'irrecevabilité dans les conditions prévues à l'article L. 753-5 ; d) une décision de rejet dans les cas prévus à l'article L. 531-24 et au 5° de l'article L. 531-27 ; e) une décision de clôture prise en application des articles L. 531-37 ou L. 531-38 ; l'étranger qui obtient la réouverture de son dossier en application de l'article L. 531-40 bénéficie à nouveau du droit de se maintenir sur le territoire français ; / 2° Lorsque le demandeur : () b) a introduit une première demande de réexamen, qui a fait l'objet d'une décision d'irrecevabilité par l'office en application du 3° de l'article L. 531-32, uniquement en vue de faire échec à une décision d'éloignement ; c) présente une nouvelle demande de réexamen après le rejet définitif d'une première demande de réexamen () ". L'article L. 752-5 dudit code dispose enfin que : " L'étranger dont le droit au maintien sur le territoire a pris fin en application des b ou d du 1° de l'article L. 542-2 et qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions prévues à la présente section, demander au tribunal administratif la suspension de l'exécution de cette décision jusqu'à l'expiration du délai de recours devant la Cour nationale du droit d'asile ou, si celle-ci est saisie, soit jusqu'à la date de la lecture en audience publique de la décision de la cour, soit, s'il est statué par ordonnance, jusqu'à la date de la notification de celle-ci. "

12. Il ressort des pièces du dossier que la CNDA a rejeté, par une décision du 9 mai 2022 notifiée le 16 mai 2022, le recours formé par M. A E contre la décision de l'OFPRA du 19 avril 2021. Par suite, ses conclusions à fin de suspension de la mesure d'éloignement dans l'attente de la décision de la CNDA ont perdu leur objet. Il n'y a plus lieu d'y statuer.

13. Il résulte de tout ce qui précède que M. A E n'est pas fondé à demander l'annulation, ni la suspension de l'arrêté du 10 mai 2022 du préfet de la Seine-Maritime. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter ses conclusions aux fins d'injonction ainsi que celles relatives aux frais de l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : M. A E est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. F A E, à Me Sarhane et au préfet de la Seine-Maritime.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 juillet 2022.

La magistrate désignée,

H. D

La greffière,

N. DROUILHET La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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