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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2202275

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2202275

mardi 5 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2202275
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge Unique 1
Avocat requérantGRATIEN SIMON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

F une requête et un mémoire, enregistrés le 31 mai 2022, M. A C, représenté F Me Gratien, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 18 mai 2022 F lequel le préfet de la Seine-Maritime lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de son renvoi et a assorti ces décisions d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.

M. C soutient que les décisions : ont été adoptées F une autorité incompétente ;

* souffrent d'une motivation insuffisante ;

* méconnaissent le principe du respect des droits de la défense ;

* méconnaissent les stipulations des articles 3 et 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; elles portent atteinte à sa vie privée et familiale dès lors qu'il est en couple depuis quatre ans et que son mariage est prévu le 11 juin 2022 ;

* méconnaissent les stipulations du 1° de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990 ;

* procèdent d'une erreur de droit et reposent sur une erreur manifeste d'appréciation.

F un mémoire en défense, enregistré le 16 juin 2022, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés F M. C ne sont pas fondés.

Vu :

­ la décision F laquelle le président du tribunal a désigné M. D comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers ;

­ les autres pièces du dossier.

Vu :

­ la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

­ l'accord franco-tunisien en matière de séjour et de travail du 17 mars 1988 ;

­ le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

­ la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

­ le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

­ le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir au cours de l'audience publique du 28 juin 2022, présenté son rapport et entendu les observations orales de:

* Me Gratien, avocat commis d'office représentant M. C qui soutient que :

- il s'est marié le 11 juin 2022 avec une ressortissante française avec laquelle il est en couple depuis quatre années ;

- les décisions portent atteinte à sa vie privée et familiale ;

- il ne présente pas de risque pour l'ordre public ;

- l'interdiction de retour sur le territoire français n'est pas justifiée.

* De M. C qui conteste être l'auteur de certaines des infractions qui figurent dans son casier judiciaire et indique ne plus causer de troubles depuis plusieurs années.

L'instruction étant close à l'issue de l'audience à 9 heures 25, en application de l'article R.776-26 du code de justice administrative ;

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant tunisien, né le 7 juillet 1990, est, selon ses dires, entré sur le territoire français en 2011. F décision du 18 mai 2022, le préfet de la Seine-Maritime a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français sans délai assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an aux motifs que, connu des autorités administratives et de police sous divers alias, M. C a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans le 25 septembre 2012 auxquelles il n'a pas déféré, qu'il a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans le 14 septembre 2016 auxquelles il n'a pas déféré, qu'une obligation de quitter le territoire français et une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans ont été adoptées à son encontre le 22 avril 2018 auxquelles il n'a pas déféré, qu'il a été condamné à une peine de quatre mois de prison F jugement du 8 juin 2016 du tribunal correctionnel d'Evry-Courcouronnes pour des faits de recel et à une peine de quatre mois d'emprisonnement pour détention d'arme sans déclaration F jugement du même tribunal du 9 septembre 2016, qu'il a été condamné à une peine de deux mois de prison F jugement du 28 juillet 2016 du tribunal correctionnel d'Evry-Courcouronnes pour des faits de vol, qu'il a été condamné à une peine de quatre mois de prison F jugement du tribunal judiciaire de Paris le 9 octobre 2019 pour des faits de refus de soumission à des opérations de contrôle, qu'il a été écroué au centre pénitentiaire du Havre le 19 juin 2020 en raison de la révocation de son sursis de six mois prononcé F jugement du 6 mai 2015 pour des faits de vol en réunion, qu'il est très défavorablement connu des services de police pour des faits de cambriolage, violence avec arme, usage de fausses plaques, destructions et dégradations de biens publics, vol avec violence, qu'il présente une menace pour l'ordre public, que se déclarant en couple avec une ressortissante française, il ne justifie pas de la réalité ni de l'intensité de ses liens avec les membres de sa famille qu'il indique vivre en France, qu'il n'établit pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine, que sa situation personnelle ne permet pas de considérer qu'il serait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, qu'il ne justifie pas d'un travail légal, qu'il ne justifie pas des problèmes de santé allégués et n'a jamais déposé de demande de titre de séjour pour ce motif, qu'il a indiqué refuser de retourner dans son pays d'origine, que sa situation ne contrevient pas aux stipulations de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et que rien ne s'oppose à ce qu'il soit obligé de quitter le territoire français. M. C demande l'annulation de ces décisions.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit F le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit F la juridiction compétente ou son président [] ". Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et relatif à l'aide juridictionnelle et à l'aide à l'intervention de l'avocat dans les procédures non juridictionnelles : " [] L'admission provisoire est accordée F le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme F l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué. " Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'accorder, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. C à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français sans délai et fixant le pays de renvoi :

3. En premier lieu, Mme B E, qui a signé les décisions attaquées, bénéficiait d'une délégation de signature du préfet de la Seine-Maritime en date du 1er avril 2022, régulièrement publiée au recueil des actes administratifs de la préfecture, à l'effet notamment de signer les décisions en litige. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée manque en fait.

4. En deuxième lieu, les décisions attaquées comportent les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Ces décisions, prises après un examen particulier de la situation de M. C F le préfet de la Seine-Maritime sont donc suffisamment motivées.

5. En troisième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des droits de la défense n'est pas assorti des précisions permettant d'en apprécier le bienfondé.

6. En quatrième lieu, dans la mesure où, d'une part, M. C n'est pas mineur et, d'autre part, où il n'a pas d'enfant, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations du 1° de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant est inopérant.

7. En cinquième lieu, M. C, qui serait entré sur le territoire français en 2011, soutient que le centre de ses intérêts privés et familiaux se trouve en France. Il ressort toutefois des pièces du dossier et des déclarations faites à l'audience que l'intéressé, se déclarant en couple depuis quatre ans et s'étant marié le 11 juin 2022 avec une ressortissante française, n'est entré en France qu'à l'âge de vingt-et-an ans après avoir toujours vécu dans son pays d'origine où il ne démontre pas être dépourvu d'attaches alors qu'il ne justifie pas de la réalité et de l'intensité des liens qui l'unirait aux membres de sa famille qu'il indique résider en France. Il ne justifie pas être particulièrement inséré socialement et professionnellement dans la société française. Tout au contraire, le parcours judiciaire et pénal de l'intéressé, tel qu'il est rappelé au point 1 et pour lequel les dénégations du requérant ne sont assorties d'aucun élément probant, démontre l'absence d'insertion et tout autant le danger pour l'ordre public que l'intéressé représente, nonobstant l'ancienneté de certains des faits reprochés. Dans ces conditions, eu égard à la durée et aux conditions du séjour de l'intéressé en France qui s'est soustrait aux précédentes mesures d'éloignement prises à son encontre, il n'est pas établi que les décisions en litige du préfet de la Seine-Maritime en date du 18 mai 2022 aient porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elles ont été prises et qu'elles auraient méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Les décisions contestées ne sont pas davantage entachées d'une erreur manifeste dans l'appréciation de leurs conséquences sur la situation personnelle de M. C.

8. En dernier lieu, si M. C soutient que sa vie et sa liberté seraient menacées en cas de retour dans son pays d'origine, il n'apporte toutefois au soutien de ses allégations aucun élément de nature à justifier de leur bien fondé. Ainsi, M. C n'est pas fondé à soutenir que la décision contestée aurait été adoptée en méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

9. Les conditions du séjour en France de M. C telles qu'évoquées au point 7 sont, notamment au regard du couple qu'il forme avec son épouse dont l'existence est antérieure au mariage célébré le 11 juin 2022 ainsi qu'à l'édiction de l'arrêté en litige, de nature à faire regarder l'interdiction de retour sur le territoire français adoptée à son encontre comme portant une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. L'intéressé est donc, pour ce motif, fondé à en demander l'annulation.

10. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 18 mai 2022 qu'en tant qu'il a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.

D E C I D E :

Article 1er : M. C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : L'arrêté du 18 mai 2022 est annulé en tant qu'il a prononcé à l'encontre de M. C une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.

Article 3 : Le surplus de la requête de M. C est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Me Gratien et au préfet de la Seine-Maritime.

Rendu public F mise à disposition au greffe le 5 juillet 2022.

Le rapporteur,

T. D

La greffière,

F. HAY

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