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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2202296

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2202296

jeudi 17 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2202296
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3 ème Chambre
Avocat requérantBIDAULT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

D une requête enregistrée le 3 juin 2022, Mme A C, représentée D Me Bidault, demande au tribunal :

1) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté en date du 9 mars 2022 D lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de renouveler sa carte de résident et de lui délivrer une carte de séjour temporaire, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

2) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime, à titre principal, de lui délivrer une carte de résident ou à défaut une carte de séjour temporaire dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de cent euros D jour de retard ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation et lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour, dans le même délai et sous la même astreinte ;

3) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

S'agissant des décisions de refus de délivrance de carte de résident et de carte de séjour temporaire :

- cette décision est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle porte atteinte à l'intérêt supérieur de l'enfant, garanti D les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;

S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale en raison de l'illégalité dont est elle-même entachée la décision de refus de titre de séjour ;

- elle porte atteinte à son droit à la vie privée et familiale, protégé D les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle porte atteinte à l'intérêt supérieur de l'enfant, garanti D les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;

S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi, elle est illégale en raison de l'illégalité dont sont elles-mêmes entachées la décision de refus de titre de séjour et l'obligation de quitter le territoire français.

D un mémoire en défense, enregistré le 4 aout 2022, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés D la requérante ne sont pas fondés.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale D une décision du 11 mai 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale des droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 et le décret n°2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Mulot, premier conseiller ;

- et les observations de Me Derbali substituant Me Bidault, avocate de Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A C, ressortissant nigériane née en 1967 est entrée en France en 2005 pour y solliciter le bénéfice d'une protection internationale, qui ne lui a pas été accordé. Elle a en revanche été mise en possession de cartes de séjour temporaire délivrées en raison de son état de santé puis en qualité de mère d'un enfant français, le jeune B, né en 2006. Ces cartes de séjour temporaire ont été régulièrement renouvelées et Mme C s'est vue délivrer une carte de résident valable du 13 février 2011 au 12 février 2021. A l'expiration de celle-ci, elle en a sollicité le renouvellement et, durant l'instruction de sa demande, a également sollicité la délivrance d'une carte de séjour temporaire sur le fondement des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

2. D la présente requête, Mme C sollicite à titre principal l'annulation de l'arrêté du 9 mars 2022 D lequel le préfet de la Seine-Maritime a rejeté ses demandes et assorti son refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours.

Sur le refus de séjour :

3. En premier lieu, aux termes des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, les mesures de police doivent être motivées et " comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". La décision de refus de titre de séjour attaquée comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement ; elle est, D suite, suffisamment motivée.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France () se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " ", et aux termes des dispositions de l'article L. 423-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français résidant en France et titulaire depuis au moins trois années de la carte de séjour temporaire prévue à l'article L. 423-7 () sous réserve qu'il continue de remplir les conditions prévues pour l'obtention de cette carte de séjour, se voit délivrer une carte de résident d'une durée de dix ans ".

5. Il résulte des termes mêmes de ces dispositions que le législateur, pour le cas où la carte de séjour temporaire " vie privée et familiale " est demandée D un étranger au motif qu'il est parent d'un enfant français, a subordonné la délivrance de plein droit de ce titre à la condition, notamment, que l'enfant réside en France. Ce faisant, le législateur n'a pas requis la simple présence de l'enfant sur le territoire français, mais a exigé que l'enfant réside en France, c'est-à-dire qu'il y demeure effectivement de façon stable et durable.

6. Il appartient dès lors, pour l'application de ces dispositions, à l'autorité administrative d'apprécier dans chaque cas sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, au vu de l'ensemble des circonstances de l'espèce et des justifications produites, où se situe la résidence de l'enfant, entendue comme le lieu où il demeure effectivement de façon stable et durable à la date à laquelle le titre est demandé.

7. Pour rejeter les demandes dont il était saisi D Mme C, le préfet de la Seine-Maritime s'est notamment fondé sur la circonstance que le jeune B, de nationalité française, ne résidait pas sur le territoire national, ce qui est suffisamment établi D les pièces du dossier, notamment les auditions de la requérante et du jeune B et les bulletins scolaires de l'intéressé. Dès lors, c'est en faisant une exacte application de ces dispositions que l'autorité administrative a pu rejeter la demande de Mme C.

8. En troisième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".

9. Outre ce qui vient d'être exposé, il ressort là encore des pièces du dossier et notamment de l'audition de Mme C D les services de police le 29 janvier 2021 qu'elle a déclaré résider peu en France, vivant surtout en Angleterre où son mari est établi et son fils scolarisé. D suite, elle n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté attaqué porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris.

10. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention de New-York relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

11. Toutefois, ainsi qu'il a été dit, aucune circonstance ne fait obstacle à ce que la cellule familiale constituée de la requérante, de son époux et du jeune B se reconstitue hors de France, où elle est déjà établie pour l'essentiel. En outre, celui-ci étant de nationalité française, il a vocation à revenir s'établir sur le territoire s'il le souhaite. Dès lors, Mme C n'est pas fondée à soutenir que le préfet de la Seine-Maritime n'aurait pas porté l'attention requise à l'intérêt supérieur de son enfant. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées de la convention relative aux droits de l'enfant doit, D suite, être écarté.

12. En cinquième lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale" () ".

13. Toutefois, eu égard à ce qui vient d'être exposé, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application de ces dispositions.

14. Enfin, eu égard à ce qui vient d'être exposé et à la circonstance que la requérante n'établit pas l'ancienneté de séjour dont elle se prévaut ni ne fait état d'une quelconque insertion professionnelle, elle n'est pas fondée à soutenir que la décision serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

15. En premier lieu, les moyens dirigés contre la décision de refus de séjour ont tous été écartés. Dès lors, l'exception d'illégalité de cette décision soulevée à l'appui des conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas fondée et doit ainsi être écartée.

16. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux mentionnés aux points 3 à 14 du présent jugement, les moyens tirés de ce que la décision obligeant Mme C à quitter le territoire français méconnaîtrait les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles de l'article 3.1 de la convention de New York relative aux droits de l'enfant et qu'elle serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

17. Les moyens dirigés contre la décision de refus de séjour et l'obligation de quitter le territoire français ont tous été écartés. Dès lors, l'exception d'illégalité de ces décisions soulevée à l'appui des conclusions dirigées contre la décision fixant le pays à destination duquel Mme C pourra être éloignée, ne peut qu'être écartée.

18. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de Mme C tendant à l'annulation de l'arrêté attaqué doivent être rejetées. Ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte doivent être rejetées D voie de conséquence. Les conclusions de son avocat tendant à l'octroi de frais d'instance doivent également être rejetées, l'Etat n'étant pas la partie perdante.

D E C I D E :

Article 1er:La requête de Mme C est rejetée.

Article 2:Le présent jugement sera notifié à Mme A C, à Me Bidault et au préfet de la Seine-Maritime.

Délibéré après l'audience du 27 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Gaillard, présidente,

MM. Bouvet et Mulot, premiers conseillers,

Assistés de M. Michel, greffier.

Rendu public D mise à disposition au greffe le 17 novembre 2022.

Le rapporteur,

Robin Mulot

La présidente,

Anne Gaillard

Le greffier,

Jean-Luc Michel

La République mande et ordonne au préfet de la région Normandie, préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2202296

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