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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2202414

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2202414

jeudi 1 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2202414
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3 ème Chambre
Avocat requérantMARY-INQUIMBERT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 13 juin 2022, M. B, représenté par la SELARL Mary et Inquimbert, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté qui lui a été notifié le 18 mars 2022 par lequel le préfet de la Seine-Maritime lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé son pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de trente jours, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ; à titre subsidiaire d'enjoindre au préfet de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, dans le délai d'un mois, sous astreinte;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à la SELARL Mary et Inquimbert en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, ladite condamnation valant renonciation au versement de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

La décision portant refus de titre de séjour :

- est insuffisamment motivée ;

- a été adoptée à l'issue d'une procédure irrégulière, faute de saisine pour avis du collège de médecins de l'OFII ;

- méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile " et l'accord franco-sénégalais " ;

- méconnaît l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

L'obligation de quitter le territoire français :

- a été adoptée à l'issue d'une procédure irrégulière, faute de saisine pour avis du collège de médecins de l'OFII ;

- est illégale du fait de l'illégalité de la décision de refus de séjour ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

La décision fixant le pays de renvoi :

- a été adoptée en méconnaissance de son droit d'être entendu ;

- est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 12 septembre 2022, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête en faisant valoir qu'aucun des moyens n'est fondé.

Vu :

- la décision du 11 mai 2022 prononçant l'admission du requérant au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale ;

- la décision par laquelle la présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte européenne des droits fondamentaux ;

- l'accord franco-sénégalais ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Bouvet, premier conseiller ;

- les observations de Me Vercoustre, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant sénégalais né le 23 novembre 1985, déclare être entré sur le territoire national le 26 octobre 2012. Le 15 mai 2019, il a sollicité son admission au séjour au titre de la vie privée et familiale. Par arrêté du 27 octobre 2020, le préfet de la Seine-Maritime a refusé de faire droit à sa demande et l'a obligé à quitter le territoire français. La légalité de cet arrêté a été confirmée par un jugement du tribunal administratif de Rouen du 17 juin 2021. Le 23 décembre 2021, M. A a de nouveau sollicité son admission au séjour, sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un nouvel arrêté non daté notifié le 18 mars 2022, le préfet de la Seine-Maritime a refusé de l'admettre au séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français. M. A demande, à titre principal, l'annulation de cet arrêté.

Sur le refus de séjour :

2. En premier lieu, la décision, qui comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, est suffisamment motivée. La seule circonstance que la décision ne vise pas l'accord franco-sénégalais n'est pas de nature à faire regarder cette motivation comme insuffisante dès lors, notamment, que M. A a demandé son admission au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

3. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A aurait déposé une demande de titre de séjour " étranger malade ", ni qu'il ait informé l'administration, dans le cadre de sa demande, qu'il souffrait d'une quelconque pathologie. Par suite, le préfet n'était nullement tenu de saisir pour avis le collège de médecins de l'OFII, préalablement à l'édiction du refus de séjour litigieux. Le moyen doit être écarté en tant qu'il est inopérant.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".

5. M. A fait valoir qu'il réside depuis le mois d'octobre 2012, en France, où demeurent plusieurs membres de sa famille dont son père et ses trois sœurs. Toutefois, l'intéressé ne peut valablement se prévaloir de sa durée de séjour sur le territoire national, celle-ci résultant, notamment de ce qu'il ne s'est pas conformé à la première mesure d'éloignement prononcée à son encontre, en octobre 2020, et dont la légalité avait été confirmée par un jugement du tribunal administratif de Rouen du 17 juin 2022. M. A est célibataire, dépourvu de charge de famille. Les liens existants avec les membres de sa famille résidant en France ne sont pas justifiés. En outre, si l'intéressé se prévaut d'une promesse d'embauche, qu'il ne produit même pas, celle-ci étant versée aux débats par le préfet de la Seine-Maritime, pour un emploi dont la nature n'est pas spécifiée, une telle circonstance ne constitue pas, à elle seule, un motif d'admission exceptionnelle au séjour, au sens de l'article L. 435-1 précité. Au demeurant, l'intéressé, qui soutient demeurer en France depuis bientôt dix ans, ne se prévaut d'aucune activité professionnelle, ni plus que d'une quelconque inscription dans une formation qualifiante, jusqu'à lors. Enfin, il n'est pas établi que M. A serait dépourvu d'attaches personnelles ou familiales au Sénégal, où vivent toujours ses demi-frères. Au regard de l'ensemble de ces éléments, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions citées au point n°4 doivent être écartés. Il en va de même de celui tiré de la méconnaissance de l'accord franco-sénégalais qui n'est assorti d'aucune précision permettant d'en apprécier la pertinence.

6. En quatrième lieu, ainsi qu'il a été dit au point n°3, M. A n'a pas déposé de demande de titre de séjour " étranger malade ". Au surplus, l'unique pièce médicale dont il se prévaut, datée du mois de juillet 2018, n'est aucunement de nature à démontrer que sa pathologie présenterait une particulière gravité. Par suite, et à le supposer soulevé, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

7. En cinquième lieu, au regard de l'ensemble des éléments précédemment exposés, l'erreur manifeste d'appréciation invoquée par le requérant n'est pas établie.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

8. En premier lieu, la décision de refus de séjour n'étant pas illégale, le requérant n'est pas fondé à exciper de son illégalité à l'encontre de la décision l'obligeant à quitter le territoire français.

9. En deuxième lieu, pour les motifs indiqués aux points n°3 et n°6, le préfet n'était nullement tenu de saisir pour avis le collège de médecins de l'OFII. Le moyen soulevé en ce sens doit être écarté.

10. En troisième lieu, pour les motifs exposés aux points n°5 et n°7, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

Sur la décision fixant le pays de destination :

11. En premier lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas illégale, le requérant n'est pas fondé à exciper de son illégalité à l'encontre de la décision fixant le pays de destination de cette mesure d'éloignement.

12. En deuxième lieu, si le requérant soutient qu'il n'a pas été mis à même de présenter ses observations sur la décision fixant le pays de renvoi, il a présenté une demande de titre de séjour au soutien de laquelle il a pu faire état de tous les éléments pertinents de sa situation personnelle. Ainsi, l'administration n'était pas tenue de lui permettre de présenter des observations spécifiques sur la décision contestée, alors qu'il ne pouvait ignorer qu'en cas de refus de sa demande de titre de séjour, il pourrait être obligé de quitter le territoire français et être renvoyé vers son pays d'origine ou tout pays où il est légalement admissible. Dès lors, M. A n'est pas fondé à soutenir que son droit à être entendu a été méconnu.

13. En troisième lieu, l'erreur manifeste d'appréciation invoquée par le requérant, n'est pas établie.

14. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B, à la SELARL Mary et Inquimbert et au préfet de la Seine-Maritime.

Délibéré après l'audience du 10 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Gaillard, présidente,

M. Bouvet, premier conseiller,

M. Mulot, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er décembre 2022.

Le rapporteur,

signé

C. BOUVET

La présidente,

signé

A. GAILLARD

La greffière,

signé

A. HUSSEIN

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

POUR EXPEDITION

CONFORME

La Greffière

C. PINHEIRO RODRIGUES

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