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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2202415

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2202415

jeudi 1 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2202415
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3 ème Chambre
Avocat requérantMARY-INQUIMBERT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 13 juin 2022, M. A B, représenté par la SELARL Mary et Inquimbert, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté qui lui a été notifié le 17 mars 2022 par lequel le préfet de la Seine-Maritime lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé son pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de trente jours, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ; à titre subsidiaire d'enjoindre au préfet de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, dans le délai d'un mois, sous astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à la SELARL Mary et Inquimbert en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, ladite condamnation valant renonciation au versement de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

La décision portant refus de titre de séjour :

- est insuffisamment motivée ;

- méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile " et l'accord franco-sénégalais " ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

L'obligation de quitter le territoire français :

- est insuffisamment motivée ;

- est illégale du fait de l'illégalité de la décision de refus de séjour ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

La décision fixant le pays de renvoi :

- a été adoptée en méconnaissance de son droit d'être entendu ;

- est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Maritime qui n'a pas produit d'observations.

Vu :

- la décision du 11 mai 2022 prononçant l'admission du requérant au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale ;

- la décision par laquelle la présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte européenne des droits fondamentaux ;

- l'accord franco-sénégalais ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Bouvet, premier conseiller ;

- les observations de Me Vercoustre, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B ressortissant sénégalais né le 12 mars 1977, déclare être entré sur le territoire national il y a plus de dix ans, avant de se rendre en Italie, puis de revenir en France. Le 23 décembre 2021, il a sollicité son admission exceptionnelle au séjour. Par l'arrêté contesté qui lui a été notifié le 17 mars 2022, le préfet de la Seine-Maritime a refusé de faire droit à sa demande et lui a fait obligation de quitter le territoire français sous trente jours. M. B demande, à titre principal, l'annulation de cet arrêté.

Sur le refus de séjour :

2. En premier lieu, la décision, qui comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, est suffisamment motivée. Au demeurant, et contrairement à ce que soutient le requérant, l'acte attaqué vise bien l'accord franco-sénégalais.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".

4. M. B fait valoir qu'il est entré pour la première fois en France depuis plus de dix ans, sans toutefois le démontrer. En outre, il ressort des indications non contestées de l'arrêté litigieux ainsi que des propres écritures du requérant, que celui-ci est parti vivre en Italie postérieurement à son entrée initiale en France et qu'il est entré pour la dernière fois sur le territoire national, le 1er janvier 2019, muni d'un titre de séjour délivré par les autorités de ce pays. Ainsi, sa présence en France ne peut être regardée comme ancienne. M. B, qui est célibataire, dépourvu de charge de famille ne se prévaut d'aucune relation personnelle ou familiale en France. Si l'intéressé justifie d'une promesse d'embauche datée du 13 décembre 2021 pour un emploi de plombier, ainsi que d'un contrat à durée déterminée d'une durée d'un mois postérieur à l'arrêté attaqué, ces circonstances ne constituent pas, à elles seules, un motif d'admission exceptionnelle au séjour, au sens de l'article L. 435-1 précité. Si M. B fait valoir, par ailleurs, que le préfet de la Seine-Maritime a méconnu l'accord franco-sénégalais, il ne spécifie pas quelles dispositions de cet accord auraient, selon lui, été méconnues. Enfin, il n'est pas établi que M. B serait dépourvu d'attaches personnelles ou familiales au Sénégal, son pays d'origine. Au regard de l'ensemble de ces éléments, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions citées au point n°3 et le moyen tiré de la méconnaissance de l'accord franco-sénégalais, à le supposer soulevé, doivent être écartés.

5. En troisième lieu, au regard de l'ensemble des éléments précédemment exposés, l'erreur manifeste d'appréciation invoquée par le requérant n'est pas établie.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

6. En premier lieu, la décision de refus de séjour n'étant pas illégale, le requérant n'est pas fondé à exciper de son illégalité à l'encontre de la décision l'obligeant à quitter le territoire français.

7. En deuxième lieu, ainsi qu'il a été dit au point n°2, la décision portant refus de séjour opposée au requérant, est suffisamment motivée. Par suite, la décision portant obligation de quitter le territoire français, qui n'avait pas à faire l'objet d'une motivation spécifique, l'est également.

8. En troisième lieu, pour les motifs indiqués au point n°4, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

Sur la décision fixant le pays de destination :

9. En premier lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas illégale, le requérant n'est pas fondé à exciper de son illégalité à l'encontre de la décision fixant le pays de destination de cette mesure d'éloignement.

10. En deuxième lieu, si le requérant soutient qu'il n'a pas été mis à même de présenter ses observations sur la décision fixant le pays de renvoi, il a présenté une demande de titre de séjour au soutien de laquelle il a pu faire état de tous les éléments pertinents de sa situation personnelle. Ainsi, l'administration n'était pas tenue de lui permettre de présenter des observations spécifiques sur la décision contestée, alors qu'il ne pouvait ignorer qu'en cas de refus de sa demande de titre de séjour, il pourrait être obligé de quitter le territoire français et être renvoyé vers son pays d'origine ou tout pays où il est légalement admissible. Dès lors, M. B n'est pas fondé à soutenir que son droit à être entendu a été méconnu.

11. En troisième lieu, l'erreur manifeste d'appréciation invoquée par le requérant, n'est pas établie.

12. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à la SELARL Mary et Inquimbert et au préfet de la Seine-Maritime.

Délibéré après l'audience du 10 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Gaillard, présidente,

M. Bouvet, premier conseiller,

M. Mulot, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er décembre 2022.

Le rapporteur,

signé

C. BOUVET

La présidente,

signé

A. GAILLARD

La greffière,

signé

A. HUSSEIN

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

POUR EXPEDITION

CONFORME

La Greffière

C. PINHEIRO RODRIGUES

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