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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2202417

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2202417

jeudi 1 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2202417
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3 ème Chambre
Avocat requérantELATRASSI-DIOME

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 13 juin et 3 octobre 2022, Mme G A, représentée par Me Elatrassi-Diome, demande au tribunal :

1) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté en date du 12 mai 2022 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a rejeté sa demande d'admission au séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un mois ;

2) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de cent euros par jour de retard ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation et lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour, dans le même délai et sous la même astreinte ;

3) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

S'agissant de la décision de refus de titre de séjour :

- le signataire de la décision attaquée était incompétent ;

- elle a été prise au terme d'une procédure irrégulière faute de saisine préalable de la commission du titre de séjour ;

- elle a été prise au terme d'une procédure irrégulière, faute de saisine préalable du collège de médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration ;

- elle a été prise en méconnaissance du droit d'être entendu avant toute décision défavorable, institué par l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- cette décision est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle porte atteinte à son droit de ne pas subir de traitements inhumains ou dégradants, garanti par les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et méconnaît les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;

S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :

- le signataire de la décision attaquée était incompétent ;

- cette décision est insuffisamment motivée ;

- elle a été prise en méconnaissance du droit d'être entendu avant toute décision défavorable, institué par l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- elle a été prise au terme d'une procédure irrégulière, faute de saisine préalable du collège de médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration ;

- elle a été prise en méconnaissance des dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle porte atteinte à son droit à la vie privée et familiale, protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle porte atteinte à son droit de ne pas subir de traitements inhumains ou dégradants, garanti par les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et méconnaît les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;

S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :

- cette décision est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité dont sont elles-mêmes entachées la décision de refus de titre de séjour et l'obligation de quitter le territoire français ;

- elle porte atteinte à son droit de ne pas subir de traitements inhumains ou dégradants, garanti par les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et méconnaît les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

S'agissant de la décision interdisant le retour sur le territoire français :

- le signataire de la décision attaquée était incompétent ;

- elle a été prise en méconnaissance du droit d'être entendu avant toute décision défavorable, institué par l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité dont sont elles-mêmes entachées les décisions de refus de délivrance d'un titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire français ;

- elle a été prise sans être précédée d'un examen complet et sérieux de sa situation ;

- elle a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors notamment qu'elle justifie de circonstances humanitaires ;

- elle porte atteinte à son droit de ne pas subir de traitements inhumains ou dégradants, garanti par les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et méconnaît les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 aout 2022, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le décret n°2004-374 du 29 avril 2004 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Mulot, premier conseiller ;

- et les observations de Me Elatrassi-Diome, avocate de Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme G A, ressortissante malienne, née en 1956, soutient être entrée en France en 2013, date à laquelle elle a sollicité, sans succès, le bénéfice du statut de réfugié ou de la protection subsidiaire. Elle a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français prononcée par l'autorité administrative le 25 aout 2014. Le 15 avril 2022, elle a présenté via la plateforme dédiée une demande de délivrance de titre de séjour. Par un arrêté du 12 mai 2022, le préfet de la Seine-Maritime a rejeté sa demande, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un mois. Mme A demande à titre principal au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions principales :

En ce qui concerne les moyens communs au refus de séjour, à l'obligation de quitter le territoire français et à la décision fixant le pays de renvoi :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 43 du décret du 29 avril 2004 relatif aux pouvoirs des préfets, à l'organisation et à l'action des services de l'Etat dans les régions et départements : " Le préfet de département peut donner délégation de signature () 7° Aux agents en fonction dans les préfectures, pour les matières relevant des attributions du ministre de l'intérieur () ". L'arrêté attaqué a été signé par le directeur des migrations et de l'intégration, qui disposait à cet effet d'une délégation consentie par un arrêté du préfet de la Seine-Maritime du 1er avril 2022, régulièrement publié, aux fins de signer chacune des décisions contestées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que, dans sa demande de titre de séjour, qu'elle a fondée uniquement sur ses liens personnels et familiaux en France et non sur son état de santé, Mme A s'est bornée à indiquer qu'elle souffrait de " problèmes de santé (apnée du sommeil sévère et diabète) ", sans donner aucune information complémentaire ni joindre de document médical afférant à son état. En outre, si elle soutient avoir déposé une demande de titre de séjour en qualité d'étranger malade en 2019, cette allégation n'est établie par aucune pièce du dossier. Par suite, contrairement à ce que soutient Mme A, l'autorité administrative n'était pas tenue, avant de statuer sur la demande de titre et de prononcer une obligation de quitter le territoire français, de recueillir l'avis du collège de médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration.

4. En troisième lieu, aux termes des stipulations de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ". Le paragraphe 1 de l'article 51 de la charte précise que : " Les dispositions de la présente Charte s'adressent aux institutions, organes et organismes de l'Union dans le respect du principe de subsidiarité, ainsi qu'aux Etats membres uniquement lorsqu'ils mettent en œuvre le droit de l'Union () ". L'article 41 précité de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne s'adressant non pas aux Etats membres mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union, le moyen tiré de sa violation est inopérant.

5. Toutefois, le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Il appartient aux Etats membres, dans le cadre de leur autonomie procédurale, de déterminer les conditions dans lesquelles le respect de ce droit est assuré. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause.

6. Il ressort des pièces du dossier que la requérante a pu exposer les motifs de sa demande et sa situation personnelle auprès des services préfectoraux lors du dépôt de sa demande de titre de séjour. En outre, il n'est pas établi, ni même allégué, que Mme A ait été empêchée de présenter ses observations avant que ne soit prise la décision litigieuse. En outre, il lui était possible, au cours de l'instruction de sa demande, d'adresser au préfet de la Seine-Maritime tout élément nouveau susceptible d'avoir une influence sur le sens de la décision rendue. Dès lors, Mme A n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée aurait été adoptée en méconnaissance du respect des droits de la défense.

7. En quatrième lieu, aux termes des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, les mesures de police doivent être motivées et " comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Il résulte, en outre, des dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que la décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée mais qu'elle n'a pas, lorsqu'elle assortit un refus de délivrance de titre de séjour, à faire l'objet d'une motivation spécifique.

8. Il ressort des pièces du dossier que la décision de refus de titre de séjour attaquée comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. En outre, il résulte des dispositions précitées que l'obligation de quitter le territoire français qui assortit cette décision n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte. Enfin, la décision fixant le Mali comme pays de renvoi comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement.

En ce qui concerne la décision de refus de délivrance de titre de séjour :

9. En premier lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ", et aux termes des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger () qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an () / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine () ".

10. Il ressort des pièces du dossier que feu l'époux de Mme A, M. D B, est décédé le 21 juillet 2000 à Bamako. A la suite de ce décès, les liens entre la requérante et ses enfants ont été distendus. Par un jugement du 18 décembre 2002, le tribunal de première instance de la commune du district de Bamako a prononcé " l'adoption protection " de la fille aînée de Mme A, Mme E B, née en 1985, par M. F H et Mme C B, la belle-sœur de la requérante et l'époux de celle-ci, qui ont élevée Mme E B en France. Celle-ci a obtenu la nationalité française par acquisition en 2013, réside sur le territoire avec ses enfants de nationalité française, nés en 2012 et 2018, et atteste héberger la requérante qui participerait à l'éducation de ses petits-enfants.

11. Toutefois, la requérante est célibataire et ne fait état pour l'essentiel que des relations qu'elle entretient avec sa fille dont elle a été séparée durant de nombreuses années, sans mentionner les liens qu'elle entretiendrait avec ses deux autres enfants ni leur lieu de résidence. L'ancienneté de sa présence en France n'est pas suffisamment établie par les documents versés, notamment pour les années 2015, 2016 et 2017. En outre, elle n'allègue pas même être dépourvue de toute attache dans son pays d'origine où elle a vécu jusqu'à l'âge de 56 ans au moins. Il suit de là que Mme A n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté attaqué porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris.

12. En deuxième lieu, il résulte de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que la commission du titre de séjour instituée dans chaque département est saisie par l'autorité administrative lorsque celle-ci envisage de refuser de délivrer ou de renouveler l'une des cartes de séjour temporaire qui y sont mentionnées. Il résulte de ces dispositions que le préfet est tenu de saisir la commission du seul cas des étrangers qui remplissent effectivement les conditions prévues à ces articles auxquels il envisage de refuser le titre de séjour sollicité et non de celui de tous les étrangers qui se prévalent de ces dispositions.

13. Dès lors qu'ainsi qu'il a été dit, Mme A ne remplissait pas les conditions lui permettant de bénéficier de plein droit de la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de la Seine-Maritime n'était pas tenu de soumettre son cas à la commission du titre de séjour avant de rejeter sa demande.

14. En troisième lieu, outre les motifs qui viennent d'être exposés, il ressort des pièces du dossier qu'en dépit de l'ancienneté de séjour qu'elle allègue, Mme A n'apporte que très peu d'éléments de nature à justifier d'une quelconque intégration, ne justifie d'aucune formation ni d'aucune activité professionnelle passée ou actuelle ni d'aucune ressource, elle n'a pas déféré à une obligation de quitter le territoire français dont elle a fait l'objet en 2014. Par suite, c'est sans entacher sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur la situation personnelle de sa destinataire que le préfet de la Seine-Maritime a pu refuser d'admettre Mme A au séjour.

15. En quatrième lieu, Mme A n'a pas sollicité son admission au séjour et l'autorité administrative n'a pas fait application des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de la violation desdites dispositions est inopérant.

16. En dernier lieu, il en va de même du moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales et de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la décision attaquée n'ayant ni pour objet ni pour effet de déterminer le pays à destination duquel Mme A doit être reconduite.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

17. En premier lieu, il résulte des dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que ne peut faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français l'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié.

18. Toutefois, Mme A produit quelques documents épars et pour la plupart anciens faisant état d'examens médicaux ponctuels ou d'un suivi s'agissant d'apnées du sommeil et de diabète, et aucun de ces documents ne permet d'apprécier les conséquences d'une absence de traitement ni la possibilité pour Mme A de bénéficier dans son pays d'origine d'un traitement approprié. Par suite, c'est sans faire une inexacte application de ces dispositions que le préfet de la Seine-Maritime a pu prononcer à l'encontre de la requérante une obligation de quitter le territoire français.

19. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux mentionnés aux points 9 à 16 du présent jugement, les moyens tirés de ce que la décision obligeant Mme A à quitter le territoire français méconnaîtrait les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, les dispositions de l'article L 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et qu'elle serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur la situation personnelle de son destinataire doivent être écartés.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

20. En premier lieu, l'illégalité des décisions refusant à Mme A la délivrance d'un titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire français n'est pas établie, les moyens dirigés contre la décision de refus de séjour et l'obligation de quitter le territoire français ayant tous été écartés. Dès lors, l'exception d'illégalité de ces décisions soulevée à l'appui des conclusions dirigées contre la décision fixant le pays à destination duquel Mme A pourra être éloignée, ne peut qu'être écartée.

21. En second lieu, aux termes du dernier alinéa de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". L'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

22. Mme A soutient qu'en cas de retour dans son pays d'origine, elle serait exposée à des risques de peines ou traitements inhumains au sens des stipulations citées de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en raison d'une relation qu'elle a entretenue hors des liens du mariage, pratique contraire à la charia imposée par les milices, lesquelles l'ont battue et maltraitée lors d'une détention arbitraire.

23. Toutefois, la demande d'asile de Mme A a été rejetée par le directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides par une décision du 23 septembre 2013 et l'intéressée s'est désistée de son recours présentée devant de la Cour nationale du droit d'asile. En outre, elle n'apporte devant le tribunal aucun élément de nature à justifier de la réalité des risques qu'elle invoque. Ainsi, le préfet de la Seine-Maritime n'a pas méconnu les stipulations et dispositions précitées en fixant le Mali comme pays de renvoi.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

24. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ", et aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 () ".

25. Il ressort des termes mêmes de ces dispositions que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux.

26. Compte-tenu de tout ce qui a été exposé précédemment, de l'absence de menace à l'ordre public et des liens qu'entretient Mme A avec sa famille en France et notamment ses petits-enfants, en prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français, même d'une durée brève, le préfet de la Seine-Maritime a fait une inexacte application des dispositions précitées. Dès lors, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête dirigées à son encontre, Mme A est fondée à demander l'annulation de l'interdiction de retour sur le territoire français.

Sur les autres conclusions :

27. Le présent jugement, qui se borne à annuler la mesure d'interdiction de retour sur le territoire français, n'appelle aucune des mesures d'exécution sollicitées par la requérante.

28. Enfin, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie principalement perdante dans la présente instance, une somme au titre des frais exposés par Mme A et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er:L'arrêté du préfet de la Seine-Maritime en date du 12 mai 2022 est annulé en tant seulement qu'il prononce à l'encontre de Mme A une interdiction de retour sur le territoire français.

Article 2:Les conclusions de la requête sont rejetées pour le surplus.

Article 3:Le présent jugement sera notifié à Mme G A et au préfet de la Seine-Maritime.

Délibéré après l'audience du 10 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Gaillard, présidente,

MM. Bouvet et Mulot, premiers conseillers,

Assistés de Mme Hussein, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er décembre 2022.

Le rapporteur,

signé

Robin Mulot

La présidente,

signé

Anne Gaillard

La greffière,

signé

Amélie Hussein

La République mande et ordonne au préfet de la région Normandie, préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

POUR EXPEDITION

CONFORME

La Greffière

C. PINHEIRO RODRIGUES

N°2202417

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