lundi 18 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2202552 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Juge Unique 1 |
| Avocat requérant | RIPOLL GAELLE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 22 juin 2022, et un mémoire, enregistré le 12 juillet 2022, M. D A B, assisté par Me Berradia, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 9 juin 2022 par lequel le préfet de la Seine-Maritime l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;
2°) d'enjoindre au préfet de le munir d'une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa situation ;
3°) mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article 700 du code de procédure civile en contrepartie de la renonciation de son avocat à l'aide juridictionnelle.
M. A B soutient que :
- les décisions attaquées ont été prises sans qu'il ait pu présenter ses observations préalablement à leur édiction ;
- les décisions attaquées ont été prises sans qu'il ait pu contacter un avocat ;
- les décisions attaquées ne tiennent pas compte de sa situation personnelle ;
- l'obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée ;
- l'obligation de quitter le territoire français est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
- l'obligation de quitter le territoire français est entachée d'erreur de droit dès lors qu'il contribue à l'éducation et à l'entretien de ses enfants ;
- l'interdiction de retour sur le territoire français repose sur une obligation de quitter le territoire français illégale ;
- la décision de refus de délai de départ et la décision fixant le pays de destination sont illégales par voie d'exception et sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 29 juin 2022, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.
Le préfet soutient qu'aucun moyen n'est fondé.
Vu :
- la décision par laquelle M. C a été désigné comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers visées aux chapitres VI, VII, VII bis, VII ter du titre VII du livre VII de la partie réglementaire du code de justice administrative ;
- les autres pièces du dossier, notamment celles produites le 12 juillet 2022 à 16 h pour M. A B.
Vu :
- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique du 13 juillet 2022, après la présentation du rapport, ont été entendues :
- les observations de Me Berradia, qui reprend, en les précisant, les conclusions et moyens de la requête,
- et les observations de M. A B.
La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Connaissance prise des pièces versées le 15 juillet 2022 pour M. A B.
Considérant ce qui suit :
Sur l'aide juridictionnelle :
1. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu, en application de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, d'admettre provisoirement M. A B, ressortissant marocain, à l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, l'arrêté attaqué cite les dispositions des 2° et 5°de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il a été fait application au cas de M. A B, et indique qu'il s'est maintenu sur le territoire français sans avoir demandé le renouvellement de son titre de séjour et que sa présence constitue une menace pour l'ordre public. Le même arrêté, après une citation des articles L. 612-2 et L. 612-3 du même code, expose le motif qui a conduit l'autorité administrative à estimer que M. A B présentait un risque de fuite pour lui refuser un délai de départ volontaire. L'arrêté préfectoral attaqué, qui mentionne la nationalité du requérant et précise qu'il ne justifie pas être exposé à des traitements inhumains ou dégradants, comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision fixant le pays de destination. Enfin, il ressort de l'examen de l'arrêté préfectoral attaqué que ces motifs révèlent que les critères énoncés par l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ont été pris en considération pour la détermination de la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français encourue de plein droit par M. A B. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation des quatre mesures d'éloignement contenues dans l'arrêté en litige doit être écarté.
3. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier, notamment du procès-verbal d'audition du 26 avril 2022 établi par les services de la police aux frontières, que M. A B a été invité à présenter des observations quant à la perspective d'un éloignement prononcé par une mesure de police administrative. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance du droit d'être entendu préalablement avant l'édiction des décisions attaquées et du manquement de l'administration à son obligation d'examiner sa situation particulière manquent en fait.
4. En troisième lieu, aucun texte, ni aucun principe, n'impose que l'étranger puisse contacter son avocat avant que des mesures d'obligation de quitter le territoire français, impartissant ou non un délai de départ volontaire, fixant le pays de destination ou prononçant une interdiction de retour sur le territoire français ne soient prises.
5. En quatrième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des articles L. 423-7 et L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'ont de portée qu'à l'appui de conclusions dirigées contre un refus de carte de séjour en qualité de parent d'un enfant français. Par suite, ce moyen est inopérant à l'encontre des décisions attaquées.
6. En cinquième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. A B est entré en France en 2003 à l'âge de 14 ans et qu'il a eu deux enfants nés d'une union qui a duré environ 13 ans avec une ressortissante française. Les liens familiaux noués en France au cours de la longue période d'environ 19 ans à la date de l'arrêté attaqué se caractérisent aussi par la présence de sa mère, malade, et de quatre sœurs avec lesquelles il entretient de bonnes relations. Mais il a également fait l'objet, entre 2010 et 2021, sous son nom et sous divers alias, de sept condamnations pour des faits, croissant en gravité, d'usage de stupéfiants, de dégradation ou détérioration de biens, filouteries, conduite sans permis, conduite sous état alcoolique et, en dernier lieu de violences sur conjoint. Incarcéré à la maison d'arrêt de Rouen, il purge trois peines d'emprisonnement d'une durée totale de 2 ans et 2 mois dont 1 an et six mois pour les faits les plus récents de violence sur deux femmes. Il ressort du jugement correctionnel du 19 février 2021 que l'autorité judiciaire a entendu sanctionner ces derniers faits pour leur particulière gravité. Les relations de M. A B avec ses enfants âgés de 3 et 7 ans ne sont aucunement étayées et l'affirmation selon laquelle la mère de ces enfants feraient barrage n'est justifiée par aucune pièce du dossier ni par des précisions crédibles apportées par l'intéressé. Les visites au parloir sont en réalité limitées aux contacts avec une nouvelle compagne, laquelle a produit une attestation dont les termes, convenus, ne permettent pas de confirmer l'existence de réelles attaches avec les enfants. Les formalités entreprises pour le renouvellement de son dernier titre de séjour ou demander une régularisation n'ont pas été effectuées par M. A B, qui ne s'est pas rendu à des entretiens proposés par une association d'aide aux étrangers. S'il affirme que son comportement ne constitue plus une menace pour l'ordre public, il ressort des pièces du dossier qu'outre la gravité et le caractère récent des violences commises à l'encontre de deux femmes en janvier 2021, son comportement en détention s'est caractérisé par deux démissions des cours de formation générale auxquels il s'était inscrit et par deux comptes rendus d'incidents en mars 2022 pour ramassage ou projection d'objet et détention de stupéfiants. S'il soutient, enfin, qu'il a de bonnes perspectives de réinsertion par le travail, cette affirmation doit être tempérée par le fait qu'il n'a travaillé qu'à temps très partiel pour l'entreprise de nettoyage Ternett de décembre 2019 à décembre 2020 suivant les bulletins de paie produits et que cette entreprise ne s'est pas clairement engagée à le réembaucher au terme d'une démarche du service pénitentiaire d'insertion et de probation de Seine-Maritime. Le requérant, qui n'a pas de logement autonome, a présenté une demande d'hébergement d'urgence. Enfin, il a déclaré au cours de son audition par les services de la police aux frontières que si les liens s'étaient distendus avec des membres de sa famille restés au Maroc, il n'en était pas dépourvu. Au total, en dépit de la longue durée de la présence, en partie régulière, sur le sol français, l'absence de contribution à l'éducation et à l'entretien de ses enfants français et la menace pour l'ordre public que représente son comportement délictuel ne permettent pas de considérer que M. A B remplit les conditions pour obtenir, de plein droit, une carte de séjour en qualité de parent d'enfants français mineurs. Par suite, il pouvait légalement faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français.
7. En sixième lieu, pour les motifs énoncés au point 6, le moyen tiré de ce qu'une obligation de quitter le territoire français attaquée porte une atteinte excessive au droit de M. A B au respect de sa vie privée et familiale au sens des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales n'est, au regard de l'objet et des effets de cette mesure de police, pas fondé.
8. En septième lieu, l'erreur manifeste d'appréciation invoquée contre l'obligation de quitter le territoire français au vu des faits analysés ci-dessus n'est pas établie.
9. En huitième lieu, les décisions refusant un délai de départ et fixant le pays de destination reposent sur une obligation de quitter le territoire français qui n'est pas entachée d'illégalité ainsi qu'il est dit ci-dessus.
10. En neuvième lieu, l'erreur manifeste d'appréciation invoquée à l'appui des décisions refusant un délai de départ et fixant le pays de destination doit être écarté pour le motif énoncé au point 8.
11. En dernier lieu, l'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an attaquée ne repose pas sur une obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire entachée d'illégalité ainsi qu'il est dit ci-dessus.
12. Il résulte de tout ce qui précède que M. A B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 9 juin 2022 par lequel le préfet de la Seine-Maritime l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des frais exposés et non compris dans les dépens doivent être rejetées.
DECIDE :
Article 1er : M. A B est admis à l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : La requête de M. A B est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D A B, à Me Nejla Berradia et au préfet de la Seine-Maritime.
Mis à disposition le 18 juillet 2022.
Le magistrat désigné,
P. CLa greffière
F. HAY
N°220255
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026