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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2202624

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2202624

mardi 5 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2202624
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge Unique
Avocat requérantGRAVELOTTE BERENGERE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 29 juin 2022, M. A B, retenu au centre de rétention de Oissel, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 19 mai 2022 par lequel la préfète du Loiret l'a obligé à quitter le territoire français sans délai en fixant son pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français de deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de réexaminer sa situation et de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour sous astreinte de 152,45 euros par jour de retard.

Il soutient que :

- son recours est recevable, dès lors qu'il n'a pas été mis matériellement en capacité de contester l'arrêté dans le délai de 48 heures ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire est entachée d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision fixant le pays de renvoi est entachée d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire est entachée d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- l'interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er juillet 2022, la préfète du Loiret conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable, dès lors qu'elle a été introduite postérieurement à l'expiration des délais de recours contentieux ;

- les moyens ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme C comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers et des décisions relatives à la rétention des étrangers visées aux chapitres VI, VII, VII bis, VII ter, VII quater du titre VII du livre VII de la partie réglementaire du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- et les observations de Me Gravelotte, avocat désigné d'office, représentant M. B, qui reprend les conclusions et moyens exposés dans la requête, soutient, en outre, que la requête est recevable dès lors qu'il n'est pas fait mention des dispositions prévues à l'article L. 614-14 dans la décision attaquée, que le préfet ne produit pas le procès-verbal d'audition, alors qu'il s'agit d'une exigence préalablement à l'adoption de l'obligation de quitter le territoire français et que la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation,

- M. B, placé au centre de rétention de Oissel et hospitalisé à compter du 30 juin 2022, n'a pas pu, malgré le renvoi de l'audience, être présent à l'audience en raison de son état de santé.

La préfète du Loiret n'était ni présente, ni représentée.

En application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative, la clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant guinéen, né le 27 mars 1988 à Conakry, retenu au centre de rétention de Oissel, déclare être entré en France le 7 novembre 2013. L'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) a rejeté sa demande d'asile par une décision du 12 juin 2015, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 3 février 2016. Par arrêté du 29 février 2016, le préfet du Loiret a pris à son encontre une obligation de quitter le territoire français. A la suite d'une interpellation par les services de la gendarmerie, M. B a fait l'objet d'une nouvelle mesure d'éloignement par arrêté du préfet du Loiret le 10 juillet 2017. Par un troisième arrêté du 9 mars 2020, le préfet du Loiret l'a obligé à nouveau à quitter le territoire français sans délai. Enfin, à la suite de son incarcération, M. B a été entendu par les services de police le 16 mai 2022. Par l'arrêté attaqué du 20 mai 2022, la préfète du Loiret l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, en fixant le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans.

Sur le moyen commun :

2. L'arrêté attaqué a été signé par M. Benoît Lemaire, secrétaire général de la préfecture du Loiret qui bénéficiait d'une délégation de signature consentie par la préfète du Loiret aux termes d'un arrêté du 21 juillet 2021, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, à l'effet de signer notamment " tous arrêtés, décisions, () relevant des attributions de l'Etat dans le département du Loiret () ", à l'exception de certains actes au nombre desquels ne figure pas l'arrêté attaqué. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit, par suite, être écarté.

Sur les moyens propres à la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, l'arrêté en litige vise les textes applicables, notamment le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il mentionne, outre la situation personnelle et familiale de M. B, les différentes interpellations dont il a fait l'objet et la condamnation pénale prononcée à son encontre. L'arrêté précise également que sa demande d'asile a été définitivement rejetée par l'OFPRA et la CNDA et qu'il a fait l'objet de précédentes mesures d'éloignement auxquelles il n'a pas déféré. Par suite, l'arrêté attaqué énonçant les considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

4. En deuxième lieu, en se bornant à soutenir que l'autorité préfectorale ne pouvait régulièrement s'abstenir de produire le procès-verbal d'audition, sans préciser en application de quel texte ou quel principe la tenue d'une telle audition préalable de l'intéressé s'imposait au préfet, le requérant n'assortit pas son moyen des précisions suffisantes pour en apprécier le bienfondé qui doit, dès lors, être écarté.

5. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. M. B fait valoir qu'il réside en France depuis neuf années et qu'il a été marié avec une ressortissante française entre 2017 et 2019, date à laquelle son épouse est décédée, et que sa sœur vit à Paris. Toutefois, M. B est veuf, sans charge de famille et n'apporte aucun élément de nature à établir la réalité des liens qu'il entretiendrait avec sa sœur. S'il affirme qu'il subvient financièrement à ses propres besoins en exerçant de multiples petits emplois, il n'établit par aucune pièce au dossier la réalité de son insertion professionnelle. D'autre part, la préfète affirme, sans être contredite à cet égard, que le requérant est défavorablement connu des services de polices, en raison de multiples interpellations pour des faits de violences sur conjoint, pour des faits de conduite sous l'empire d'un état alcoolique ou de stupéfiants ainsi que pour usage illicite de stupéfiants. Il est également constant que M. B a été condamné par le tribunal correctionnel de Montargis à une peine de douze mois d'emprisonnement dont six mois avec sursis pour des faits de conduite d'un véhicule en ayant fait l'usage de stupéfiants et sous l'empire d'un état alcoolique, pour usage illicite de stupéfiants ainsi que pour violences aggravées suivies d'une incapacité. Dans ces conditions, malgré l'ancienneté de la présence en France de M. B, en l'obligeant à quitter le territoire français, la préfète du Loiret n'a pas porté à son droit au respect à une vie privée et familiale une atteinte disproportionnée. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation.

7. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Sur les moyens propres à la décision fixant le pays de destination :

8. En premier lieu, l'arrêté attaqué, qui vise les dispositions applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, rappelle la nationalité du requérant et mentionne qu'il n'est pas établi qu'il pourrait être soumis à la torture ou à des traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

9. En deuxième lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas illégale, le moyen tiré de cette illégalité doit être écarté.

10. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

11. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision fixant le pays de destination.

Sur les moyens propres à la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

12. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. " L'article L. 612-3 du même code dispose que : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () / 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; () ".

13. L'arrêté attaqué vise les articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, précise que M. B est défavorablement connu des services de police, qu'il n'a pas réalisé de démarches en vue de la régularisation de sa situation sur le territoire national, qu'il a " explicitement déclaré dans son audition du 13 mai 2022 son refus de quitter le territoire national " et qu'il a fait l'objet de trois précédents arrêtés portant obligation de quitter le territoire français auxquels il n'a pas déféré. Enfin, l'arrêté mentionne que le requérant ne présente pas de garanties de représentations suffisantes dès lors qu'il n'a justifié d'aucun document d'identité ou de voyage en cours de validité lors de son interpellation. Par suite, la décision de refus d'octroi d'un délai de départ volontaire est suffisamment motivée.

14. En second lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas entachée d'illégalité, le moyen tiré de cette illégalité doit être écarté.

15. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire.

Sur les moyens propres à la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

16. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour.

Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. " Aux termes de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. ".

17. En premier lieu, la décision attaquée vise l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et indique que, malgré la durée de présence de M. B en France, son comportement représente une menace à l'ordre public, qu'il n'a pas exécuté trois précédentes mesure d'éloignement et que M. B, veuf et sans charge de famille, n'établit pas avoir fixé le centre de sa vie privée et familiale en France. Par suite, la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est suffisamment motivée.

18. En deuxième lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas entachée d'illégalité, le moyen tiré de cette illégalité doit être écarté.

19. En dernier lieu, aucun délai de départ volontaire n'ayant été accordé à M. B, la préfète du Loiret se trouvait dans la situation dans laquelle une interdiction de retour sur le territoire français doit, sauf circonstances humanitaires, assortir l'obligation de quitter le territoire français. En l'espèce, M. B ne justifie d'aucune circonstance humanitaire. En outre, il résulte de ce qui précède que le comportement de M. B représente une menace à l'ordre public, qu'il n'établit pas la réalité et l'intensité de liens personnels, familiaux ou professionnels en France. Enfin, il ressort des pièces du dossier qu'il a déjà fait l'objet de trois précédentes obligations de quitter le territoire français prononcées par le préfet du Loiret auxquelles il n'a pas déféré. Par suite, en prononçant une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans, la préfète du Loiret n'a pas fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

20. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans.

21. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir soulevée en défense, que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation l'arrêté du 19 mai 2022 de la préfète du Loiret. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles relatives aux frais de l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète du Loiret.

Lu en audience publique le 5 juillet 2022.

La magistrate désignée,

H. C

La greffière,

A. LENFANTLa République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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