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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2202673

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2202673

jeudi 16 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2202673
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2 ème Chambre
Avocat requérantINTER-BARREAUX EMO AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 30 juin 2022 et le 16 juin 2023, MM. Alain, Didier, A et Patrick C et Mme B C, représentés par Me Baron, demandent au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir la décision du 28 avril 2022 par laquelle le maire de la commune de Douains a délivré un certificat d'urbanisme négatif n° CU 27203 22 A0001 à la réalisation de terrains à bâtir en vue de la construction de maisons d'habitation sur les lots A et B de la parcelle cadastrée ZB3863 ;

2°) d'enjoindre au maire de Douains, dans un délai d'un mois, de délivrer le certificat d'urbanisme sollicité ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Douains une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- c'est à tort que, pour l'application du principe de constructibilité limitée, le maire de la commune de Douains n'a pas tenu compte de l'urbanisme environnant de la parcelle, et notamment du secteur de La Heunière ;

- la décision attaquée méconnaît l'article L. 111-3 du code de l'urbanisme dès lors que la parcelle est intégrée à un compartiment urbanisé et desservie par la rue de la mare à Jouy qui comporte l'ensemble des réseaux ;

- la décision attaquée méconnaît l'article R. 111-14 du code de l'urbanisme dès lors qu'il n'est pas établi que la parcelle se situerait dans un espace naturel ;

- en retenant que la parcelle était située dans une bande de 100 mètres par rapport à une voie à grande circulation, alors que la route départementale n° 181 ne peut être considérée comme telle au regard du décret du 3 juin 2009, le maire a entaché la décision attaquée d'une erreur de fait.

Par un mémoire en défense enregistré le 30 janvier 2023, la commune de Douains, représentée par Me Gillet, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge des consorts C.

Elle soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

En application des dispositions de l'article R. 411-5 du code de justice administrative, M. A C a été désigné en tant que représentant unique des requérants.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le décret n° 2009-615 du 3 juin 2009 fixant la liste des routes à grande circulation ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Armand,

- les conclusions de Mme Thielleux, rapporteure publique,

- et les observations de Me Baron pour les consorts C, et de Me Gillet pour la commune de Douains.

Considérant ce qui suit :

1. MM. Alain, Didier, A et Patrick C et Mme B C ont déposé, par l'intermédiaire de la société Geodia Conseil, une demande de certificat d'urbanisme opérationnel en application du b) de l'article L. 410-1 du code de l'urbanisme pour la création de deux terrains à bâtir en vue de la construction de maisons individuelles sur les lots A et B de la parcelle cadastrée ZB 386 sur le territoire de la commune de Douains, dont ils sont propriétaires indivis. En l'absence de réponse à cette demande, ils ont bénéficié d'un certificat d'urbanisme tacite en date du 28 mars 2022. Par une décision du 28 avril 2022, le maire de la commune de Douains a délivré un certificat d'urbanisme opérationnel négatif n°CU 27203 22 A0001. Par la présente requête, les consorts C demandent l'annulation cette décision.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Pour délivrer un certificat d'urbanisme négatif aux consorts C, le maire de la commune de Douains a estimé que le terrain d'assiette du projet était situé en dehors du périmètre urbanisé de la commune au sens de l'article L. 111-3 du code de l'urbanisme, que le projet aurait pour effet de favoriser une urbanisation dispersée contraire aux dispositions de l'article R. 111-14 du même code et, enfin, que le projet se situait dans la bande de 100 mètres à proximité d'une route à grande circulation, en méconnaissance de l'article L. 111-6 dudit code.

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 410-1 du code de l'urbanisme : " Le certificat d'urbanisme, en fonction de la demande présentée : / a) Indique les dispositions d'urbanisme, les limitations administratives au droit de propriété et la liste des taxes et participations d'urbanisme applicables à un terrain ; / b) Indique en outre, lorsque la demande a précisé la nature de l'opération envisagée ainsi que la localisation approximative et la destination des bâtiments projetés, si le terrain peut être utilisé pour la réalisation de cette opération ainsi que l'état des équipements publics existants ou prévus. () ". Aux termes de l'article R. 410-14 de ce code : " Dans les cas prévus au b de l'article L. 410-1, lorsque la décision indique que le terrain ne peut être utilisé pour la réalisation de l'opération mentionnée dans la demande, ou lorsqu'elle est assortie de prescriptions, elle doit être motivée ".

4. Le certificat d'urbanisme négatif du 28 avril 2022 vise notamment les dispositions des articles L. 410-1 et R. 410-1 du code de l'urbanisme et, après avoir repris les dispositions des articles R. 111-3 et R. 111-14 du même code, indique que, bien qu'elle soit limitrophe avec la commune de La Heunière, la parcelle objet de la demande ne peut être regardée comme étant intégrée à la partie actuellement urbanisée de la commune, et que la construction de deux habitations à cet endroit aurait pour effet d'accentuer une situation incompatible avec la vocation des espaces naturels et conduirait à favoriser un étalement urbain incompatible avec la protection de cet espace naturel. Enfin, après avoir rappelé l'interdiction prévue par les dispositions de l'article L. 111-6 du code de l'urbanisme, l'arrêté précise qu'une partie de la parcelle est située dans la bande de 75 mètres de l'axe de la route départementale n° 181 classée à grande circulation. Par suite, la décision attaquée, qui comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, est ainsi suffisamment motivée.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 111-3 du code de l'urbanisme : " En l'absence de plan local d'urbanisme, de tout document d'urbanisme en tenant lieu ou de carte communale, les constructions ne peuvent être autorisées que dans les parties urbanisées de la commune ". Ces dispositions interdisent en principe, en l'absence de plan local d'urbanisme ou de carte communale opposable aux tiers ou de tout document d'urbanisme en tenant lieu, les constructions implantées " en dehors des parties actuellement urbanisées de la commune ", soit en dehors des parties du territoire communal qui comportent déjà un nombre et une densité significatifs de constructions. Il en résulte qu'en dehors des cas où elles relèvent des exceptions expressément et limitativement prévues, les constructions ne peuvent être autorisées dès lors que leur réalisation a pour effet d'étendre la partie actuellement urbanisée de la commune. Pour apprécier si un projet a pour effet d'étendre la partie actuellement urbanisée de la commune, il est tenu compte de sa proximité avec les constructions existantes situées dans les parties urbanisées de la commune ainsi que du nombre et de la densité des constructions projetées.

6. D'une part, il est constant que la commune de Douains n'était pas, à la date de la décision litigieuse du 28 avril 2022, dotée d'un plan local d'urbanisme ou d'un document d'urbanisme en tenant lieu, ce qui a eu pour conséquence de lui rendre applicable les dispositions précitées de l'article L. 111-3 du code de l'urbanisme. Il n'est pas davantage contesté que le projet litigieux, qui porte sur la construction d'une maison d'habitation, n'est pas au nombre des exceptions à la règle de constructibilité limitée énoncées par l'article L. 111-4 du même code.

7. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que la parcelle des consorts C se situe en bordure de la rue de la Mare à Jouy, qui constitue la limite administrative séparant les communes de Douains et de La Heunière, et qu'elle est distante de 600 mètres du centre-bourg de cette dernière. Toutefois, il résulte des dispositions précitées que la règle de constructibilité limitée qu'elles prévoient doit s'apprécier au regard des parties urbanisées de la seule commune dans le ressort de laquelle le projet se situe, et non par rapport aux constructions implantées sur le territoire d'une autre commune, fût-elle limitrophe de la parcelle en cause. Dès lors, c'est sans commettre d'erreur de droit que le maire de la commune de Douains a fait application de l'article L. 111-3 du code de l'urbanisme par rapport aux parties actuellement urbanisées de cette commune et non par rapport à celles de la commune de La Heunière, nonobstant la proximité géographique de cette dernière par rapport à la parcelle des consorts C.

8. Enfin, il ressort des pièces du dossier, notamment des vues aériennes disponibles sur le site Géoportail, accessible tant au juge qu'aux parties, que le terrain d'assiette du projet est situé à environ deux kilomètres à vol d'oiseau au nord-ouest du centre-bourg de Douains, avec lequel la route départementale n° 181 ainsi que de vastes espaces boisés et présentant un caractère manifestement agricole opérant une coupure d'urbanisation. De plus, si dans la zone située à l'Est de la rue de la Mare à Jouy, sur le territoire de la commune de Douains, certaines parcelles avoisinantes sont effectivement bâties, ce secteur, qui se trouve en premier rideau de la route départementale, ne comporte pas un nombre ni une densité significative de constructions. En outre, la parcelle en cause est bordée à l'est par une large portion de terrain non bâti et dont la vocation agricole est établie au regard des captures d'écran produites par la commune, issues du site Google Earth et datées de 2023. Eu égard à la faible densité de constructions situées sur le territoire de la commune de Douains qui entourent directement la parcelle en cause, et alors même qu'elle serait desservie par l'ensemble des réseaux et se situe dans la direction d'urbanisation identifiée par le schéma de cohérence territoriale (SCOT) de la communauté d'agglomération des Portes de l'Eure, elle ne peut être regardée comme s'insérant dans les parties actuellement urbanisées de la commune de Douains. Dès lors, en déclarant l'opération projetée non réalisable, le certificat d'urbanisme litigieux n'a pas fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 111-3 du code de l'urbanisme.

9. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 111-6 du code de l'urbanisme : " En dehors des espaces urbanisés des communes, les constructions ou installations sont interdites dans une bande de cent mètres de part et d'autre de l'axe des autoroutes, des routes express et des déviations au sens du code de la voirie routière et de soixante-quinze mètres de part et d'autre de l'axe des autres routes classées à grande circulation ".

10. Contrairement à ce que soutiennent les requérants, il résulte du décret n° 2009-615 du 3 juin 2009 pris pour l'application des dispositions précitées que la route départementale n° 181 dans l'Eure est au nombre des routes à grande circulation au sens de ces dispositions. Par suite, et dès lors qu'il n'est pas contesté que le terrain d'assiette du projet se situe dans une bande de cent mètre à l'ouest de cette route, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 111-6 du code de l'urbanisme doit être écarté.

11. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 111-4 du code de l'urbanisme : " Peuvent toutefois être autorisés en dehors des parties urbanisées de la commune : / 1° L'adaptation, le changement de destination, la réfection, l'extension des constructions existantes ou la construction de bâtiments nouveaux à usage d'habitation à l'intérieur du périmètre regroupant les bâtiments d'une ancienne exploitation agricole, dans le respect des traditions architecturales locales ; / 2° Les constructions et installations nécessaires à l'exploitation agricole, à des équipements collectifs dès lors qu'elles ne sont pas incompatibles avec l'exercice d'une activité agricole, pastorale ou forestière sur le terrain sur lequel elles sont implantées, à la réalisation d'aires d'accueil ou de terrains de passage des gens du voyage, à la mise en valeur des ressources naturelles et à la réalisation d'opérations d'intérêt national ; / 2° bis Les constructions et installations nécessaires à la transformation, au conditionnement et à la commercialisation des produits agricoles, lorsque ces activités constituent le prolongement de l'acte de production et dès lors qu'elles ne sont pas incompatibles avec l'exercice d'une activité agricole, pastorale ou forestière sur le terrain sur lequel elles sont implantées. Ces constructions et installations ne peuvent pas être autorisées dans les zones naturelles, ni porter atteinte à la sauvegarde des espaces naturels et des paysages. L'autorisation d'urbanisme est soumise pour avis à la commission départementale de la préservation des espaces naturels, agricoles et forestiers ; / 3° Les constructions et installations incompatibles avec le voisinage des zones habitées et l'extension mesurée des constructions et installations existantes ; / 4° Les constructions ou installations, sur délibération motivée du conseil municipal, si celui-ci considère que l'intérêt de la commune, en particulier pour éviter une diminution de la population communale, le justifie, dès lors qu'elles ne portent pas atteinte à la sauvegarde des espaces naturels et des paysages, à la salubrité et à la sécurité publiques, qu'elles n'entraînent pas un surcroît important de dépenses publiques et que le projet n'est pas contraire aux objectifs visés à l'article L. 101-2 et aux dispositions des chapitres I et II du titre II du livre Ier ou aux directives territoriales d'aménagement précisant leurs modalités d'application ". Aux termes de l'article R. 111-14 du code de l'urbanisme : " En dehors des parties urbanisées des communes, le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature, par sa localisation ou sa destination : / 1° A favoriser une urbanisation dispersée incompatible avec la vocation des espaces naturels environnants, en particulier lorsque ceux-ci sont peu équipés ; / () ". Ces dispositions ne s'appliquent qu'aux projets susceptibles d'entrer dans le cadre des dérogations à l'interdiction de construction en dehors des parties actuellement urbanisées de la commune, prévue par l'article L. 111-4 du même code.

12. Si, ainsi qu'il a été dit au point 8, la parcelle en cause se situe en dehors de parties urbanisées de la commune de Douains, il n'est pas établi, ni même allégué que le projet de création de deux terrains à bâtir sur cette parcelle entrerait dans l'un des cas de dérogation prévus par les dispositions précitées de l'article L. 111-4 du code de l'urbanisme. Par suite, c'est à tort que le maire de la commune de Douains a considéré que ce projet méconnaissait les dispositions de l'article R. 111-14 du code de l'urbanisme. Toutefois, le caractère erroné de ce motif surabondant est sans incidence sur la légalité de la décision, dès lors que les deux premiers motifs de refus tirés de ce que le projet contrevient aux dispositions des articles L. 111-3 et L. 111-6 du code de l'urbanisme pouvaient, à eux seuls, fonder la décision de refus en litige.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions en annulation présentées par les consorts C doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, leurs conclusions à fin d'injonction.

Sur les frais liés au litige :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à que soit mise à la charge de la commune de Douains, qui n'est pas partie perdante, la somme demandée par les consorts C sur le fondement de ces dispositions. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge des requérants une somme de 1 500 euros au titre de ces même dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête des consorts C est rejetée.

Article 2 : Les consorts C verseront à la commune de Douains une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, en sa qualité de représentant unique des requérants, et à la commune de Douains.

Délibéré après l'audience du 18 avril 2024, à laquelle siégeaient :

M. Armand, premier conseiller faisant fonction de président,

M. Cotraud, premier conseiller,

et Mme Esnol, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 mai 2024.

Le premier conseiller

faisant fonction de président,

G. Armand

L'assesseur le plus ancien,

J. Cotraud La greffière,

A. Hussein

La République mande et ordonne au préfet de l'Eure en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2202673

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