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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2202678

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2202678

jeudi 1 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2202678
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2 ème Chambre
Avocat requérantMARY-INQUIMBERT

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête enregistrée sous le n° 2202677 le 29 juin 2022, M. D E, représenté par Me Mary, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 1er avril 2022 par lequel le préfet de la Seine-Maritime lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de sa destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer un titre de séjour temporaire d'une année dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à la SELARL Mary et Inquimbert en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge, pour son conseil, de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

La décision portant refus de séjour :

- est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'il appartient au préfet de joindre l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à la procédure ;

- a été prise en violation de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- a été prise en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- a été prise en violation du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;

La décision portant obligation de quitter le territoire français :

- est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'il appartient au préfet de joindre l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à la procédure ;

- est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;

- a été prise en violation des dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- a été prise en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- a été prise en violation du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;

La décision portant fixation du pays de destination :

- est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- a été prise en violation de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- a été prise en violation du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 16 septembre 2022, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête au motif que les moyens soulevés par M. E ne sont pas fondés.

M. E a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 25 mai 2022 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Rouen.

II. Par une requête enregistrée sous le n° 2202678 le 29 juin 2022, Mme A G, épouse E, représentée par Me Mary, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 1er avril 2022 par lequel le préfet de la Seine-Maritime lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de sa destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer un titre de séjour temporaire d'une année dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à la SELARL Mary et Inquimbert en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge, pour son conseil, de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

La décision portant refus de séjour :

- a été prise en violation de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- a été prise en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- a été prise en violation du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;

La décision portant obligation de quitter le territoire français :

- est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;

- a été prise en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- a été prise en violation du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;

La décision portant fixation du pays de destination :

- est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- a été prise en violation de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- a été prise en violation du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 16 septembre 2022, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête au motif que les moyens soulevés par Mme E ne sont pas fondés.

Mme E a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 25 mai 2022 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Rouen.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme F,

- et les observations de Me Vercoustre, substituant Me Mary, représentant M. et Mme E,

- le préfet n'étant ni présent, ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme E, ressortissants nigérians nés, respectivement, le 14 mars 1979 à Benin City et le 23 août 1981 à Warri, entrés en France respectivement le 22 janvier 2011 et le 25 octobre 2010, ont chacun sollicité leur admission au séjour au titre de l'asile. L'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté leurs demandes par des décisions des 17 et 28 juin 2011, confirmées par la Cour nationale du droit d'asile les 21 décembre 2011 et 12 janvier 2012. Par un arrêt n° 13DA00544 du 13 novembre 2013, devenu définitif, la cour administrative d'appel de Douai a rejeté l'appel formé par Mme E à l'encontre du jugement n° 1203222 du 28 février 2013 par lequel le tribunal administratif d'Amiens a rejeté la sa requête formée à l'encontre de l'arrêté du 22 octobre 2012 du préfet de l'Oise rejetant sa demande de titre de séjour, l'obligeant à quitter le territoire français et fixant le pays de sa destination. Le 12 novembre 2014, Mme E a présenté une nouvelle demande de titre de séjour au titre de sa vie privée et familiale. Par un jugement n° 1503729 du 8 mars 2016, confirmé par un arrêt n° 16DA00928 du 7 février 2017, devenu définitif, de la cour administrative d'appel de Douai, le tribunal administratif d'Amiens a rejeté la requête formée par l'intéressée à l'encontre de l'arrêté du 6 octobre 2015 du préfet de l'Oise lui refusant la délivrance d'un titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours à destination du pays dont elle a la nationalité. M. E a bénéficié, quant à lui, eu égard à son état de santé, d'une carte de séjour temporaire valable du 10 avril 2013 au 9 octobre 2013. Par un jugement n° 1400160 du 8 avril 2014, confirmé par un arrêt n° 14DA00864 du 29 janvier 2015, devenu définitif, de la cour administrative d'appel de Douai, le tribunal administratif d'Amiens a rejeté le recours formé par l'intéressé à l'encontre de l'arrêté du 17 décembre 2013 par lequel le préfet de l'Oise lui a refusé le renouvellement du titre de séjour dont il bénéficiait et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours à destination du pays dont il a la nationalité. Par un jugement n° 1503728 du 8 mars 2016, confirmé par un arrêt n° 16DA00929 du 7 février 2017, devenu définitif, de la cour administrative d'appel de Douai, le tribunal administratif d'Amiens a rejeté la requête formée par l'intéressé à l'encontre de l'arrêté du 6 octobre 2015 par lequel le préfet de l'Oise lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours à destination du pays dont il a la nationalité. Les 14 et 22 août 2019, M. et Mme E ont sollicité le réexamen de leurs demandes d'asile. L'Office français de protection des réfugiés et apatrides et la Cour nationale du droit d'asile ont rejeté leurs demandes, respectivement les 19 novembre 2019 et 4 février 2021. Par un courrier du 2 avril 2021, M. E a présenté une nouvelle demande de titre de séjour sur le fondement des dispositions alors en vigueur du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un jugement nos 2102018 et 2102019 du 29 octobre 2021, devenu définitif, le tribunal administratif de Rouen a annulé les arrêtés du 30 avril 2021 par lesquels le préfet de la Seine-Maritime a obligé les consorts E à quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant leur pays de destination. Par deux arrêtés du 1er avril 2022, le préfet de la Seine-Maritime a refusé à M. et Mme E la délivrance d'un titre de séjour, les a obligés à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de leur destination. Par les requêtes nos 2202677 et 2202678, M. et Mme E demandent l'annulation des arrêtés du 1er avril 2022.

Sur la jonction :

2. Les requêtes susvisées nos 2202677 et 2202678 présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur la légalité de l'arrêté du 1er avril 2022 pris à l'encontre de M. E :

En ce qui concerne de la décision portant refus de séjour :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () ". L'article R. 425-11 du même code dispose que : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. () ".

4. Dans le cadre de la présente instance, le préfet de la Seine-Maritime a produit l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 24 mars 2022, au demeurant mentionné dans la décision contestée. Le moyen tiré de ce que la décision contestée serait entachée d'un vice de procédure ne peut, dès lors, qu'être écarté.

5. En deuxième lieu, pour rejeter la demande de titre de séjour présentée par M. E en raison de son état de santé, le préfet de la Seine-Maritime a considéré qu'il ne remplissait pas les conditions posées par l'article L. 425-9 du code précité, en reprenant les conclusions de l'avis du 24 mars 2022 du collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Selon cet avis, l'état de santé de M. E nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité mais eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans son pays d'origine, il peut y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. Il précisait que l'état de santé de l'intéressé peut lui permettre d'y voyager sans risque.

6. Il est constant que M. E est atteint de bouffées délirantes et trouble psychotique défini comme un trouble de la personnalité schizoïde. Il est suivi par un psychiatre et suit un traitement médicamenteux composé d'amisulpride (neuroleptique dit atypique). Toutefois, par les seules pièces qu'il produit, le requérant n'établit pas que ce médicament ne serait pas disponible dans son pays d'origine. De plus, il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant serait personnellement dans l'impossibilité d'accéder de façon effective à un traitement approprié dans son pays d'origine eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé de ce pays, les documents dont il se prévaut étant relativement anciens et trop généraux pour établir le contraire. Ce moyen doit, dès lors, être écarté.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

8. En l'espèce, si M. E est entré en France le 22 janvier 2011, il n'établit pas, par les seules pièces qu'il produit, la continuité de son séjour sur le territoire français depuis cette date, alors qu'il déclare par ailleurs avoir résidé en Allemagne avec les membres de sa famille à compter du mois d'août 2017 jusqu'au 21 juin 2019. Il est constant que le requérant réside sur le territoire français avec son épouse, compatriote en situation irrégulière et qui fait également l'objet d'une mesure d'éloignement, ainsi que leurs trois enfants mineurs, C, né le 29 janvier 2008 à Castel Volturno (Italie), Miracle, né le 23 mai 2011 à Beauvais et Success, née le 2 août 2014 à Beauvais. Ainsi, aucune circonstance ne fait obstacle à ce que la cellule familiale se reconstitue dans le pays d'origine de M. E et de son épouse. Par ailleurs, le requérant, qui a fait l'objet de précédentes mesures d'éloignement non exécutées, ne justifie, par les seules pièces qu'il produit, d'aucune insertion sociale ou professionnelle particulière sur le territoire français. Dans ces conditions, notamment eu égard aux conditions de séjour de l'intéressé, la décision attaquée n'a pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale de M. E une atteinte disproportionnée au regard des buts poursuivis et n'a, dès lors, pas méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Ce moyen doit, par suite, être écarté.

9. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. () ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Elles sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.

10. Il est constant que les trois enfants mineurs de M. E sont scolarisés en France depuis la maternelle. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que leurs scolarités ont été interrompues entre les mois d'août 2017 et juin 2019, période durant laquelle M. E et son épouse ont résidé en Allemagne accompagnés de leurs enfants. En outre, aucune pièce du dossier ne permet d'établir que les enfants de M. E ne pourraient pas vivre au Nigéria avec leurs parents ni y effectuer une scolarité. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant doit être écarté.

11. En dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Seine-Maritime aurait entaché la décision contestée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur la situation personnelle du requérant.

12. Il résulte de ce qui précède que M. E n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 1er avril 2022 par laquelle le préfet de la Seine-Maritime lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

13. En premier lieu, pour les mêmes motifs que ceux rappelés au point 4 du présent jugement, le moyen tiré de ce que la décision contestée serait entachée d'un vice de procédure doit être écarté.

14. En deuxième lieu, compte tenu de ce qui précède, le moyen tiré de l'illégalité de la décision portant refus de séjour doit être écarté.

15. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. () ".

16. Si M. E soutient que la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît ces dispositions, ce moyen doit toutefois être écarté pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6 du présent jugement.

17. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux développés aux points 7 à 11, les moyens tirés de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français aurait été prise en violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant, et serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur la situation personnelle du requérant, doivent être écartés.

18. Il résulte de ce qui précède que M. E n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 1er avril 2022 par laquelle le préfet de la Seine-Maritime l'a obligé à quitter le territoire français.

En ce qui concerne la décision portant fixation du pays de destination :

19. En premier lieu, compte tenu de ce qui précède, le moyen tiré de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

20. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ".

21. Si le requérant soutient qu'en cas de retour au Nigéria, il risque de subir des traitements inhumains et dégradants en raison de son état de santé, les seules pièces qu'il produit ne permettent toutefois pas d'établir qu'il serait personnellement et actuellement exposé au risque d'y subir des traitements prohibés par l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ce moyen doit, dès lors, être écarté.

22. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux développés au point 10, le moyen tiré de ce que la décision attaquée été prise en violation du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.

23. En dernier lieu, et ainsi que cela a été dit au point 21, les seules pièces produites par le requérant ne permettent pas d'établir ses allégations. Ainsi, le moyen tiré de ce que la décision contestée serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

24. Il résulte de ce qui précède que M. E n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 1er avril 2022 par laquelle le préfet de la Seine-Maritime a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement dont il fait l'objet.

25. Il résulte de tout ce qui précède que M. E n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 1er avril 2022. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter les conclusions présentées aux fins d'injonction et d'astreinte de la requête n° 2202677, de même que celles relatives aux frais de l'instance.

Sur la légalité de l'arrêté du 1er avril 2022 pris à l'encontre de Mme E :

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

26. En premier lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".

27. En l'espèce, si Mme E est entrée en France le 25 octobre 2010, elle n'établit pas, par les seules pièces qu'elle produit, la continuité de son séjour sur le territoire français depuis cette date, alors qu'il ressort des pièces du dossier qu'elle a résidé en Allemagne avec les membres de sa famille à compter du mois d'août 2017 jusqu'au 21 juin 2019. Il est constant que la requérante réside sur le territoire français avec son époux, compatriote en situation irrégulière et qui fait également l'objet d'une mesure d'éloignement, ainsi que leurs trois enfants mineurs. Ainsi, et comme cela a été dit précédemment, aucune circonstance ne fait obstacle à ce que la cellule familiale se reconstitue dans le pays d'origine de Mme E et de son époux. Par ailleurs, la requérante, qui a fait l'objet de précédentes mesures d'éloignement non exécutées, ne justifie, par les seules pièces qu'elle produit, d'aucune insertion sociale ou professionnelle particulière sur le territoire français. Dans ces conditions, notamment eu égard aux conditions de séjour de l'intéressée, la décision attaquée n'a pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale de Mme E une atteinte disproportionnée au regard des buts poursuivis et n'a, dès lors, pas méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Ce moyen doit, par suite, être écarté.

28. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux développés aux points 10 et 27, les moyens tirés de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français aurait été prise en violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant, doivent être écartés.

29. En dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Seine-Maritime aurait entaché la décision contestée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur la situation personnelle de la requérante.

30. Il résulte de ce qui précède que Mme E n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 1er avril 2022 par laquelle le préfet de la Seine-Maritime lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

31. En premier lieu, compte tenu de ce qui précède, le moyen tiré de l'illégalité de la décision portant refus de séjour doit être écarté.

32. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux développés aux points 10, 27 et 28, les moyens tirés de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français aurait été prise en violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant, et serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur la situation personnelle de la requérante, doivent être écartés.

33. Il résulte de ce qui précède que Mme E n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 1er avril 2022 par laquelle le préfet de la Seine-Maritime l'a obligée à quitter le territoire français.

En ce qui concerne la décision portant fixation du pays de destination :

34. En premier lieu, compte tenu de ce qui précède, le moyen tiré de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

35. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ".

36. La requérante soutient qu'en cas de retour au Nigéria, elle risque de subir des traitements inhumains et dégradants " du fait du retour de sa proxénète ", qui l'aurait exploitée lorsqu'elle séjournait en Italie, dans son pays d'origine, " suite à la délivrance d'un mandat d'arrêt international ". Toutefois, les seules pièces qu'elle produit ne permettent pas d'établir qu'elle serait personnellement et actuellement exposée au risque de subir des traitements prohibés par l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en cas de retour dans son pays d'origine, ses demandes d'asile, ainsi que, en tout état de cause, celles présentées pour ses trois enfants, ayant été rejetées par la Cour nationale du droit d'asile. Ce moyen doit, dès lors, être écarté.

37. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux développés au point 10, le moyen tiré de ce que la décision attaquée été prise en violation du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant doit être écarté.

38. En dernier lieu, ainsi que cela a été dit au point précédent, les seules pièces produites par la requérante ne permettent pas d'établir ses allégations. Ainsi, le moyen tiré de ce que la décision contestée serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

39. Il résulte de ce qui précède que Mme E n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 1er avril 2022 par laquelle le préfet de la Seine-Maritime a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement dont elle fait l'objet.

40. Il résulte de tout ce qui précède que Mme E n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 1er avril 2022. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter les conclusions présentées aux fins d'injonction et d'astreinte de la requête n° 2202678, de même que celles relatives aux frais de l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes nos 2202677 et 2202678 présentées par M. et Mme E sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A E, à M. D E, à la SELARL Mary et Inquimbert et au préfet de la Seine-Maritime.

Délibéré après l'audience du 17 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

- Mme Bailly, présidente,

- Mme F et Mme B, conseillères.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er décembre 2022.

La rapporteure,

D. FLa présidente,

P. BaillyLa greffière,

A. Hussein

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Nos 2202677 et 2202678

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