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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2202752

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2202752

jeudi 21 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2202752
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2 ème Chambre
Avocat requérantSODALO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 6 juillet 2022, M. A B, représenté par Me Sodalo, demande au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir la décision du 7 mai 2022 par laquelle le préfet de la Seine-Maritime a implicitement rejeté sa demande de titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir.

Il soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 octobre 2022, le préfet de la Seine-Maritime conclut au non-lieu à statuer sur la requête.

Il fait valoir qu'une décision explicite portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français est intervenue le 21 juillet 2022.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 8 juin 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant,

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée,

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Esnol a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant guinéen né le 1er juin 1994, entré sur le territoire français en novembre 2019, a sollicité le 7 janvier 2022 la délivrance d'un titre de séjour, sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En l'absence de réponse, une décision implicite de rejet, dont M. B demande l'annulation, est intervenue le 7 mai 2022. Postérieurement à l'introduction de sa requête, le préfet de la Seine-Maritime a, par un arrêté du 21 juillet 2022, explicitement refusé de lui délivrer le titre demandé, l'a obligé à quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur l'exception de non-lieu opposée en défense :

2. Si le silence gardé par l'administration sur un recours gracieux ou hiérarchique fait naître une décision implicite de rejet qui peut être déférée au juge de l'excès de pouvoir, une décision explicite de rejet intervenue postérieurement, qu'elle fasse suite ou non à une demande de communication des motifs de la décision implicite se substitue à la première décision. Il en résulte que des conclusions à fin d'annulation de cette première décision doivent être regardées comme dirigées contre la seconde et que, dès lors, celle-ci ne peut être utilement contestée au motif que l'administration aurait méconnu ces dispositions en ne communiquant pas au requérant les motifs de sa décision implicite dans le délai d'un mois qu'elles lui impartissent.

3. Il résulte de ces principes que la décision de refus de titre de séjour contenue dans l'arrêté du 21 juillet 2022, intervenu en cours d'instance, se substitue à la décision implicite de rejet attaquée du 7 mai 2022. Ainsi, les conclusions de la requête de M. B aux fins d'annulation de la décision implicite doivent également être regardées comme étant dirigées contre la décision de refus de titre de séjour du 21 juillet 2022.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

4. Il résulte de ce qui a été dit au point 2 que le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision implicite de rejet ne peut qu'être écarté comme inopérant. En tout état cause, l'arrêté du 21 juillet 2022 vise les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont le préfet de la Seine-Maritime a fait application. Il mentionne l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 2 février 2021. L'arrêté fait également état de la situation personnelle, familiale et professionnelle de M. B, et du fait qu'il ne justifie pas être dépourvu de tout lien familial dans son pays d'origine. La décision de refus de titre de séjour comporte ainsi les considérations de fait et les dispositions de droit dont elle fait application.

5. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () "

6. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins de l'OFII, venant au soutien de ses dires, doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.

7. Pour rejeter la demande de titre de séjour présentée par M. B, le préfet s'est notamment fondé sur l'avis émis le 2 février 2021 par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, selon lequel, si l'état de santé de M. B nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, il peut bénéficier d'un traitement approprié dans son pays et voyager sans risque vers son pays d'origine.

8. M. B soutient qu'il souffre d'une hexadactylie de type A en raison de laquelle il a fait l'objet de violences lorsqu'il était adolescent en Guinée. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que si le collège des médecins de l'OFII a estimé que son état de santé nécessitait un traitement, il a rendu un avis défavorable en retenant que le défaut de prise en charge médicale ne devrait pas entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité. M. B n'apporte aucun élément de nature à établir les conséquences sur son état de santé dans le cas où il ne pourrait pas accéder aux opérations chirurgicales qu'il invoque. Dans ces conditions, les documents produits ne sont pas de nature à remettre en cause le sens de l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration au vu duquel le préfet a rendu sa décision. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

9. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision portant refus de titre de séjour.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction, ainsi que ses conclusions au titre des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Sodalo, et au préfet de la Seine-Maritime.

Délibéré après l'audience du 29 février 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Bailly, présidente,

M. Cotraud, premier conseiller et Mme Esnol, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 mars 2024.

La rapporteure,

B. Esnol

La présidente,

P. Bailly La greffière,

A. Hussein

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°220275ah

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