mercredi 13 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2202798 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Juge Unique |
| Avocat requérant | RIPOLL GAELLE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 9 juillet 2022, M. D demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 7 juillet 2022 par lequel le préfet de Loir-et-Cher l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans ;
2°) d'enjoindre au préfet de Loir-et-Cher de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 152,45 euros par jour de retard.
Il soutient que :
La décision portant obligation de quitter le territoire français :
- est entachée d'incompétence ;
- est insuffisamment motivée ;
- est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- méconnaît les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les stipulations de l'article 3 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
La décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :
- est entachée d'incompétence ;
- est insuffisamment motivée ;
- est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
La décision fixant le pays de destination :
- est entachée d'incompétence ;
- est insuffisamment motivée ;
- est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- méconnaît l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les stipulations de l'article 3 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
La décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- est entachée d'incompétence ;
- est insuffisamment motivée ;
- est illégale en raison de l'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français et refus d'octroi d'un délai de départ volontaire ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
Par un mémoire en défense, enregistré le 11 juillet 2022, le préfet de Loir-et-Cher conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- la requête est tardive ;
- les moyens ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme A comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers visées aux chapitres VI, VII, VII bis et VII ter du titre VII du livre VII de la partie réglementaire du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Garona, magistrate désignée,
- les observations orales de Me Ripoll, qui conclut aux mêmes fins, par les mêmes moyens,
- et les observations de M. D, assisté de Mme B, interprète en géorgien.
Le préfet de Loir-et-Cher n'était ni présent ni représenté.
Considérant ce qui suit :
1. M. D, ressortissant géorgien, né le 3 mai 1977, est entré en France le 17 mars 2019. Le 19 avril 2019, il a sollicité son admission au séjour au titre de l'asile, qui a été rejetée par décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 18 juin 2019. Par arrêté du 18 juillet 2019, le préfet d'Indre-et-Loire l'a obligé à quitter le territoire français et a fixé le pays de destination. Son recours contre cet arrêté a été rejeté par jugement du tribunal administratif d'Orléans du 13 août 2019. M. D a quitté le territoire national puis est revenu en France et a déposé une nouvelle demande d'asile. Par arrêté du 2 juillet 2020, il a fait l'objet d'un transfert vers l'Allemagne, responsable de sa demande d'asile, en application du règlement Dublin. M. D est revenu en France et a été placé en garde à vue le 13 janvier 2021, pour des faits de vol, le 3 février 2021 pour des faits de vol en réunion et recel puis en retenue administrative le 3 juin 2021 en raison de son séjour irrégulier. Il a été condamné le 19 janvier 2022 à une peine de 12 mois d'emprisonnement par le tribunal judiciaire de Tours. Par l'arrêté attaqué du 7 juillet 2022, le préfet de Loir-et-Cher l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans.
Sur le moyen commun aux décisions contestées :
2. Par un arrêté du 25 janvier 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, le préfet de Loir-et-Cher a donné délégation à M. Nicolas Hauptmann, secrétaire général de préfecture, pour signer tous arrêtés et décisions relevant des attributions de l'Etat dans le département de Loir-et-Cher et notamment tous les actes administratifs relatifs au séjour et à la police des étrangers. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions attaquées doit être écarté comme manquant en fait.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
3. En premier lieu, la décision attaquée vise le 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et mentionne que M. D se maintient irrégulièrement sur le territoire français. Elle comporte ainsi l'ensemble des considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit dès lors être écarté.
4. En deuxième lieu, il ressort de la décision attaquée que la situation de M. D a fait l'objet d'un examen particulier.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () / 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. / () ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. "
6. M. D soutient qu'il est atteint d'une hépatite C, d'une cirrhose au foie et d'un cancer du rein. Il ressort des pièces du dossier et notamment de l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 3 juin 2020 que si l'état de santé de M. D nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité, il peut bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine et y voyager sans risque. Pour contester ces conclusions, l'intéressé soutient qu'il bénéficie d'un traitement en France et ne pourra pas effectivement bénéficier de ce traitement en Géorgie. Toutefois, à l'exception d'ordonnances de prescription ainsi que de comptes rendus d'examens, le requérant ne verse aucune autre pièce, permettant d'établir qu'il ne pourrait bénéficier d'un traitement dans son pays d'origine. Dans ces conditions, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 3 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés.
Sur la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :
7. En premier lieu, la décision litigieuse cite expressément les 1° et 3° de l'article L. 612-2 et les 1°, 3° et 5° de L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et mentionne que l'intéressé s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français après le rejet de sa demande d'asile et la mesure d'éloignement prise à son encontre par le préfet d'Indre-et-Loire. Elle comporte ainsi les circonstances de fait et de droit sur lesquelles elle a entendu se fonder. Ainsi, la décision est suffisamment motivée.
8. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas illégale, il n'y a pas lieu d'annuler par voie de conséquence la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire.
Sur la décision fixant le pays de destination :
9. En premier lieu, la décision litigieuse vise l'article 3 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales et précise que l'intéressé, de nationalité géorgienne, n'allègue pas être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales, en cas de retour dans son pays d'origine. Elle comporte ainsi les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement et le moyen doit par suite être écarté.
10. En deuxième lieu, il ressort de la décision attaquée que la situation de M. D a fait l'objet d'un examen particulier.
11. En troisième lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas illégale, il n'y a pas lieu d'annuler par voie de conséquence la décision fixant le pays de destination.
12. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ".
13. D'une part, si M. D soutient qu'il sera emprisonné en cas de retour dans son pays d'origine, il n'explique pas l'origine de ses craintes et ne précise pas les circonstances de cette probable incarcération. Par ailleurs, sa demande d'asile a été rejetée par l'OFPRA. Enfin, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 6, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 3 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés.
Sur la décision portant l'interdiction de retour sur le territoire français :
14. En premier lieu, la décision litigieuse vise expressément l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et fait état de l'entrée de l'intéressé en France en 2019, de l'absence de liens familiaux sur le territoire français, de sa condamnation pénale et de l'existence d'une précédente mesure d'éloignement. Elle comporte ainsi les circonstances de fait et de droit sur lesquelles elle a entendu se fonder. Ainsi, la décision, qui se prononce en outre explicitement sur l'examen de circonstances humanitaires, est suffisamment motivée.
15. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment qu'en l'absence d'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire et refus d'octroi d'un délai de départ volontaire, il n'y a pas lieu d'annuler par voie de conséquence, cette décision.
16. En dernier lieu, il ressort des pièces du dossier que M. D est entré en France en 2019, ne dispose d'aucune attache personnelle ou familiale sur le territoire national et a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement, par arrêté du 18 juillet 2019. Dans ces conditions, la décision n'est pas entachée d'erreur d'appréciation.
17. Il résulte de tout ce qui précède et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir soulevée en défense, que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. D doivent être rejetées ainsi que par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et astreinte.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C D et au préfet de Loir-et-Cher.
Lu en audience publique, le 13 juillet 2022.
La magistrate désignée,La greffière,
E. AA. Lenfant
La République mande et ordonne au préfet de Loir-et-Cher en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2202798
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026