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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2202852

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2202852

mardi 17 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2202852
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4 ème Chambre
Avocat requérantMARY-INQUIMBERT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 1er juillet 2022 et le 6 septembre 2022, Mme C D E, représentée par Me Mary, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 11 avril 2022 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée a quitté le territoire français dans un délai de trente jours et fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de délivrer une carte de séjour temporaire, dans un délai de trente jours à compter du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros, à verser à la SELARL Mary et Inquimbert, en application de l'article 37 alinéa 2 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

La décision portant refus de titre de séjour :

- est insuffisamment motivée ;

- est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'elle méconnaît les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour et du droit d'asile ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de la décision sur sa situation personnelle.

La décision portant obligation de quitter le territoire :

- est insuffisamment motivée ;

- est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de la décision sur sa situation personnelle.

La décision fixant le pays de destination :

- a été adoptée au terme d'une procédure irrégulière dans la mesure où elle n'a pas été mise en mesure de présenter des observations ;

- est illégale du fait de l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et portant obligation de quitter le territoire ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de la décision sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense enregistré le 31 août 2022, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués par la requérante ne sont pas fondés.

Par courrier du 8 décembre 2022 les parties ont été informées qu'en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, le jugement était susceptible d'être fondé sur le moyen relevé d'office tiré de la substitution des stipulations de l'article 7 de la convention franco-camerounaise aux dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, comme base légale de la décision attaquée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention franco-camerounaise relative à la circulation et au séjour des personnes, signée à Yaoundé le 24 janvier 1994 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Par décision du président du tribunal, M. B a été désigné temporairement pour exercer temporairement les fonctions de rapporteur public en application des articles R. 222-24 et R. 222-32 du code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- et les observations de Me Vercoustre substituant Me Mary, représentant de Mme D E.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D E, née le 8 avril 1987 à Loum, de nationalité Camerounaise, est entrée en France en septembre 2018 munie d'un visa long séjour en qualité d'étudiante. Le 1er octobre 2019, un titre de séjour lui a été délivré sur le même fondement, valable jusqu'au 31 mars 2022. Le 26 février 2022, Mme D E a sollicité le renouvellement de son titre de séjour étudiant. Par un arrêté du 11 avril 2022, le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de renvoi.

Sur la décision de refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué mentionne l'ensemble des éléments de droit et de fait qui le fondent. Il fait notamment état de la situation personnelle et familiale de Mme D E et de son parcours étudiant en France. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 7 de la convention franco-camerounaise susvisée du 24 janvier 1994 : " Les nationaux de chacun des États contractants désireux de se rendre sur le territoire de l'autre État en vue d'effectuer des études doivent, pour être admis sur le territoire de cet État, être en possession, outre d'un visa de long séjour et des documents prévus à l'article 1er de la présente Convention, de justificatifs des moyens de subsistance et d'hébergement, et d'une attestation de pré-inscription ou d'inscription délivrée par l'établissement d'enseignement qu'ils doivent fréquenter ". Selon l'article 14 de cette même convention : " Les dispositions du présent accord ne font pas obstacle à l'application des législations respectives des deux Etats sur l'entrée et le séjour des étrangers sur tous les points non traités par la présente Convention. ". Aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. En cas de nécessité liée au déroulement des études ou lorsque l'étranger a suivi sans interruption une scolarité en France depuis l'âge de seize ans et y poursuit des études supérieures, l'autorité administrative peut accorder cette carte de séjour sous réserve d'une entrée régulière en France et sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Cette carte donne droit à l'exercice, à titre accessoire, d'une activité professionnelle salariée dans la limite de 60 % de la durée de travail annuelle. "

4. Il appartient à l'administration, saisie par un ressortissant camerounais d'une demande de renouvellement de sa carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant ", d'apprécier, sous le contrôle du juge, si l'intéressé peut être regardé comme poursuivant effectivement ses études. Le renouvellement de ce titre de séjour est ainsi subordonné à la réalité et au sérieux des études entreprises, appréciés en fonction de l'ensemble du dossier du demandeur, et notamment au regard de sa progression dans le cursus universitaire, de son assiduité aux cours et de la cohérence de ses choix d'orientation.

5. Pour refuser de renouveler le titre de séjour de Mme D E, le préfet de la Seine-Maritime s'est fondé sur la circonstance que les formations à distance et les cours par correspondance ne peuvent être regardés comme des inscriptions au sens de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il ressort des pièces du dossier que la requérante a suivi une formation à l'école de management de Normandie et a réalisé différents stages dans le cadre de sa formation de 2018 à 2020. A l'issue de l'année 2020/2021, Mme D E n'a pas validé son Master 2. Elle s'est ensuite inscrite dans un organisme de formation à distance, STUDI, pour l'année 2021/2022, tout en exerçant une activité professionnelle en qualité de coach comptable pour la société DSC Audit du mois de juillet 2021 au mois de mai 2022. Toutefois, un tel enseignement à distance, qui ne nécessite pas le séjour en France de l'étudiant qui désire le suivre, n'est pas de nature à ouvrir droit à un titre de séjour en qualité d'étudiant et Mme D E n'apporte aucun élément de nature à justifier qu'elle ne pourrait pas suivre la formation en litige dans son pays d'origine. Dans ces conditions, en refusant la délivrance du titre de séjour sollicité le préfet de la Seine-Maritime n'a commis aucune erreur de droit dans l'application des dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni dans celle des stipulations de l'article 7 de la convention franco-camerounaise qui ne font pas obstacle à leur application.

6. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ".

7. Il ressort des pièces du dossier que Mme D E est entrée en France le 7 septembre 2018, munie d'un visa long séjour valant titre de séjour " étudiant ". Mme D E a poursuivi une formation à l'école de management de Normandie jusqu'en 2020, elle a donné naissance à sa fille le 1er mai 2019 et produit un certificat d'inscription scolaire en première année de maternelle. Toutefois, Mme D E, qui ne peut se prévaloir d'une ancienneté particulière de son séjour en France, était titulaire d'une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " laquelle ne lui conférait aucun droit à demeurer durablement sur le territoire français. En outre, aucun élément n'est invoqué faisant obstacle à ce que la cellule familiale de la requérante ne se reconstitue au Cameroun ou elle n'établit ni même n'allègue être isolée. En tout état de cause, la signature d'un contrat à durée indéterminée postérieure à la date de l'arrêté litigieux est sans incidence sur la légalité de l'acte attaqué et en tout état de cause ne saurait suffire à conférer la requérante un droit au séjour au titre de sa vie privée et familiale. Dès lors, compte tenu des conditions de séjour en France de la requérante qui ne justifie d'aucune insertion particulière, le préfet n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale en refusant de renouveler son titre de séjour. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation de la situation personnelle de la requérante.

8. Il résulte de ce qui précède que Mme D E n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision de refus de renouvellement de titre de séjour.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

9. En premier lieu, en application de l'article L. 613-1 code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'obligation de quitter le territoire français qui accompagne la décision de refus de titre de séjour n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de cette décision. En l'espèce, la décision de refus de titre de séjour étant, ainsi qu'il a été dit précédemment, suffisamment motivée, le moyen tiré du défaut de motivation de la mesure d'éloignement doit être écarté.

10. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 8 du présent jugement que Mme D E ne peut se prévaloir, par la voie de l'exception, de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour pour demander l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français.

11. En dernier lieu, les moyens tirés de ce que le préfet aurait, d'une part, porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de la requérante garanti par l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, d'autre part, entaché la mesure d'éloignement d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle, doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 7 du présent jugement.

12. Il résulte de ce qui précède que Mme D E n'est pas fondée à demander l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français.

Sur la décision fixant le pays de destination :

13. En premier lieu, Mme D E soutient qu'elle n'a pas été mise en mesure, en méconnaissance du droit de l'Union européenne, de présenter des observations avant que la décision fixant le pays de renvoi ne soit édictée. Néanmoins, lorsqu'il sollicite la délivrance d'un titre de séjour, l'étranger, en raison même de l'accomplissement de cette démarche qui tend à son maintien régulier sur le territoire français, ne saurait ignorer qu'en cas de refus, il pourra faire l'objet d'une mesure d'éloignement. A l'occasion du dépôt de sa demande, il est conduit à préciser à l'administration les motifs pour lesquels il demande que lui soit délivré un titre de séjour et à produire tous éléments susceptibles de venir au soutien de cette demande. Il lui appartient, lors du dépôt de cette demande d'apporter à l'administration toutes les précisions qu'il juge utiles et il lui est loisible, au cours de l'instruction de sa demande, de faire valoir auprès de l'administration toute observation complémentaire utile. Le droit de l'intéressé d'être entendu ainsi satisfait avant que n'intervienne le refus de titre de séjour, n'impose pas à l'autorité administrative de mettre l'intéressé à même de réitérer ses observations ou de présenter de nouvelles observations, de façon spécifique, sur la décision fixant le pays de destination qui a été prise concomitamment et en conséquence du refus de titre de séjour et de l'obligation de quitter le territoire français. Dès lors, Mme D E n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée a été prise en méconnaissance du principe général du droit de l'Union européenne d'être entendu. Par suite, ce moyen doit être écarté.

14. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 12 du présent jugement que Mme D E ne peut se prévaloir, par la voie de l'exception, de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire pour demander l'annulation de la décision fixant le pays de renvoi.

15. En dernier lieu, le moyen tiré de ce que le préfet aurait entaché la décision fixant le pays de destination d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle, doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 7 du présent jugement.

16. Il résulte de tout ce qui précède que Mme D E n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 11 avril 2022 du préfet de la Seine-Maritime. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles relatives aux frais de l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme D E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C D E, à la Selarl Mary et Inquimbert et au préfet de la Seine-Maritime.

Délibéré après l'audience du 13 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

- Mme Boyer, présidente,

- Mme Boucetta, conseillère,

- Mme Favre, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 janvier 2023.

La présidente-rapporteure,

C. A

L'assesseur la plus ancienne,

H. BOUCETTA

Le greffier,

J.-L. MICHEL

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne, ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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