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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2202863

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2202863

mardi 17 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2202863
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4 ème Chambre
Avocat requérantMARY-INQUIMBERT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 1er juillet 2022 et un mémoire enregistré le 26 juillet 2022, M. C B, représenté par Me Inquimbert, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 30 mars 2022 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi de cette mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime, de lui délivrer une carte de séjour dans un délai de trente jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte journalière de 100 euros ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 900 euros à verser à son conseil en application du deuxième alinéa de l'article 37 du 10 juillet 1991 ou à lui verser directement en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

La décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :

- est insuffisamment motivée ;

- méconnaît les stipulations de l'article 3 de l'accord franco-marocain ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur sa situation personnelle ;

La décision portant obligation de quitter le territoire français :

- est insuffisamment motivée ;

- est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur sa situation personnelle ;

La décision fixant le pays de renvoi :

- est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité des décisions portant refus de délivrance d'un titre de séjour et obligation de quitter le territoire français ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 septembre 2022, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens n'est fondé.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 30 mai 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Par décision du président du tribunal, M. A a été désigné temporairement pour exercer temporairement les fonctions de rapporteur public en application des articles R. 222-24 et R. 222-32 du code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Boyer, présidente-rapporteure ;

- et les observations de Me Vercoustre substituant Me Inquimbert représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant marocain né le 10 janvier 1984, est entré en France le 20 juillet 2018 muni d'un passeport revêtu d'un visa Schengen de type D portant la mention " travailleur saisonnier ". Le même jour, il lui a été délivré, sur le fondement des dispositions de l'article L. 313-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors applicables, une carte de séjour temporaire valable jusqu'au 25 juillet 2021, portant la mention " travailleur temporaire ". Le 10 juin 2021, M. B a sollicité un changement de statut et la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " sur le fondement de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par l'arrêté attaqué du 30 mars 2022, le préfet de la Seine-Maritime a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours, et a fixé le pays de renvoi de cette mesure d'éloignement.

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, la décision contestée mentionne les dispositions dont elle fait application, et notamment les stipulations de l'article 3 et 9 de l'accord franco-marocain ainsi que celles de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle rappelle la situation administrative et personnelle de M. B en des termes lui permettant de comprendre les motifs du refus de titre qui lui est opposé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 3 de l'accord franco marocain : " Les ressortissants marocains désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent Accord, reçoivent, après le contrôle médical d'usage et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an renouvelable et portant la mention salarié ". Et selon l'article 9 du même accord : " Les dispositions du présent accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux Etats sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'accord () ". Par ailleurs, l'article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour de étrangers et du droit d'asile dispose que : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1. " Aux termes de l'annexe 10 du même code, la délivrance d'un titre de séjour pour motif professionnel est subordonnée à la production d'un " visa de long séjour ou titre de séjour en cours de validité. Enfin l'article L. 313-23 du même code, dans sa rédaction également applicable, dispose : " Une carte de séjour d'une durée maximale de trois ans, renouvelable, autorisant l'exercice d'une activité professionnelle est délivrée, dès sa première admission au séjour, à l'étranger pour l'exercice d'un emploi à caractère saisonnier, défini au 3° de l'article L. 1242-2 du code du travail, dans les conditions prévues à l'article L. 5221-2 du même code, lorsque l'étranger s'engage à maintenir sa résidence habituelle hors de France. La carte porte la mention " travailleur saisonnier". Elle donne à son titulaire le droit de séjourner et de travailler en France pendant la ou les périodes qu'elle fixe et qui ne peuvent dépasser une durée cumulée de six mois par an. ".

4. L'étranger admis à séjourner en France pour l'exercice d'un emploi à caractère saisonnier en application des dispositions de l'article L. 313-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, est titulaire à ce titre de la carte de séjour pluriannuelle portant la mention " travailleur saisonnier ", lui donnant le droit de séjourner et de travailler en France pendant la ou les périodes qu'elle fixe et qui ne peut dépasser une durée cumulée de six mois par an, et lui imposant ainsi de regagner, entre ces séjours, son pays d'origine où il s'engage à maintenir sa résidence habituelle. Dès lors, la demande de délivrance d'une carte de séjour temporaire en qualité de salarié formulée par M. B doit être regardée comme portant sur la délivrance d'une première carte de séjour temporaire. A cet égard, si la situation des ressortissants marocains souhaitant bénéficier d'un titre de séjour portant la mention salarié est régie par les stipulations de l'accord franco marocain, la délivrance d'un titre de séjour en qualité de salarié reste subordonnée, en vertu de l'article 9 de cet accord, à la condition prévue à l'article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile de la production par ces ressortissants d'un visa pour un séjour d'une durée supérieure à trois mois.

5. Pour refuser de délivrer à M. B le titre de séjour demandé, le préfet de la Seine-Maritime s'est fondé sur le motif tiré de ce que l'intéressé ne justifiait pas d'un visa de long séjour. Si M. B se prévaut, pour contester ce motif, du visa de long séjour dont il était muni lors de son entrée en France le 20 juillet 2018, il ressort en réalité des pièces du dossier que la durée de validité de ce visa, délivré pour la période allant du 19 juillet 2018 au 17 octobre 2018, était inférieure à trois mois et était de toute façon expirée au jour de la demande. Par suite, en lui opposant l'absence de visa de long séjour pour refuser de lui délivrer une carte de séjour " salarié ", le préfet de la Seine-Maritime n'a pas méconnu les stipulations de l'article 3 de l'accord franco-marocain.

6. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. M. B se prévaut de sa durée de présence en France et expose avoir fixé sur le territoire le centre de ses intérêts privés et familiaux. Toutefois, le requérant n'était admis à séjourner en France qu'en raison de la délivrance d'une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " travailleur saisonnier ". Or, ainsi qu'il a été dit au point 4 du présent jugement, un tel titre oblige l'étranger à regagner son pays d'origine entre ces séjours ne pouvant excéder annuellement une période de six mois. Compte tenu de cette circonstance et en l'absence de production de tout autre élément probant justifiant d'une présence habituelle sur le territoire, le requérant ne justifie pas d'une durée de présence stable et continue sur le territoire depuis la date de son entrée le 20 juillet 2018. En outre, s'il se prévaut de sa relation avec une ressortissante de nationalité française avec laquelle il envisage de se marier, les attestations produites sont insuffisantes pour établir l'ancienneté et la stabilité de la communauté de vie alléguée au jour de la décision contestée. De plus, si le requérant produit la copie d'un contrat à durée déterminée portant sur l'exercice d'une mission saisonnière du 27 juillet au 26 octobre 2018, d'un avenant à un contrat de travail à durée indéterminée conclu le 25 février 2019 ayant pour objet de fixer la quotité du temps de travail au taux plein à compter du 1er novembre 2019, ainsi que ses bulletins de salaires pour l'année 2021 et jusqu'au mois d'avril 2022, cette insertion professionnelle au demeurant récente ne lui ouvre pas, par elle-même, un droit au séjour au titre de la vie privée et familiale. Le requérant n'établit pas davantage entretenir des liens d'une particulière intensité avec sa sœur, son beau-frère et ses neveux, de nationalité française. Enfin, M. B n'établit pas être dépourvu d'attaches familiales au Maroc, pays où il vivait depuis au moins trente ans à la date de sa première entrée sur le territoire français. Par suite, les moyens tirés de ce que la décision lui refusant un titre de séjour méconnaîtrait les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et qu'elle serait entachée d'erreur manifeste d'appréciation ne peuvent qu'être écartés.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

8. En premier lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. () ". Il résulte de ce qui a été dit au point 2 que la décision de refus de titre de séjour est suffisamment motivée. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté par application des dispositions citées ci-dessus de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

9. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 2 à 7 qu'aucun des moyens soulevés à l'encontre de la décision refusant un titre de séjour de M. B n'est fondé. Le moyen tiré de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français par voie de conséquence de l'illégalité de la décision lui refusant un titre de séjour doit être écarté.

10. En dernier lieu, ainsi qu'il a été dit au point 7, la décision litigieuse ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée familiale de l'intéressé et garanti par l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être également écarté.

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

11. En premier lieu, la décision attaquée vise l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et précise que les pays à destination desquels l'intéressé est susceptible d'être éloigné sont celui dont il a la nationalité ou tout autre pays dans lequel il est légalement admissible et que M. B n'établit ni n'allègue qu'il peut être soumis à la torture ou à des traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d'origine. Elle comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Il suit de là, que le moyen tiré d'une motivation insuffisante de cette décision doit être écarté.

12. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 8 à 10 du présent jugement que M. B ne peut se prévaloir, par la voie de l'exception, de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français pour demander l'annulation de la décision fixant le pays de renvoi.

13. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 7 et 10, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte, et celles présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, à Me Inquimbert et au préfet de la Seine-Maritime.

Délibéré après l'audience du 13 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

- Mme Boyer, présidente,

- Mme Boucetta, conseillère,

- Mme Favre, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 janvier 2023.

La présidente-rapporteure,

C. BOYER

L'assesseure la plus ancienne,

H. BOUCETTA

Le greffier,

J.-L. MICHEL

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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