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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2202866

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2202866

mardi 17 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2202866
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4 ème Chambre
Avocat requérantMUKENDI NDONKI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 4 juillet 2022, Mme C G B, représentée par Me Mukendi Ndonki, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 3 mai 2022 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer une carte de séjour temporaire, valable un an, portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de lui délivrer, dans un délai de huit jours, une autorisation provisoire de séjour, dans l'attente du réexamen de sa situation, sous la même astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou, à titre subsidiaire, à lui verser directement au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision portant refus de séjour est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- elle méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision fixant le pays de renvoi est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 août 2022, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête au motif qu'aucun des moyens n'est fondé.

Mme G B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 8 juin 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord du 9 octobre 1987 entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement du Royaume du Maroc en matière de séjour et d'emploi ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Par décision du président du tribunal, M. D a été désigné temporairement pour exercer temporairement les fonctions de rapporteur public en application des articles R. 222-24 et R. 222-32 du code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme E,

- et les observations de Me Mukendi Ndonki, représentant Mme G B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme G B, ressortissante marocaine née le 30 août 1992 à Youssoufia, est entrée en France le 14 octobre 2017 munie d'un visa court séjour. Le 20 août 2021, Mme G B a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des articles L. 423-23 et L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par l'arrêté attaqué du 3 mai 2022, le préfet de la Seine-Maritime a rejeté cette demande, a obligé la requérante à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être renvoyée à l'expiration de ce délai.

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué vise les stipulations dont il est fait application, expose de manière suffisamment précise la situation personnelle et administrative de Mme G B et indique les raisons pour lesquelles le préfet a décidé de refuser de lui délivrer un titre de séjour. L'arrêté énonçant les considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde pour permettre à la requérante de comprendre les motifs de la décision de refus de séjour, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit par suite être écarté.

3. En deuxième lieu, il ressort des termes de la décision attaquée que le préfet a procédé à un examen sérieux et approfondi de la situation de la requérante. Par suite, ce moyen doit être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. ". En outre, l'article L. 425-10 du même code dispose : " Les parents étrangers de l'étranger mineur qui remplit les conditions prévues à l'article L. 425-9, ou l'étranger titulaire d'un jugement lui ayant conféré l'exercice de l'autorité parentale sur ce mineur, se voient délivrer, sous réserve qu'ils justifient résider habituellement en France avec lui et subvenir à son entretien et à son éducation, une autorisation provisoire de séjour d'une durée maximale de six mois. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. "

5. Par ailleurs, aux termes de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () ".

6. Pour rejeter la demande de titre de séjour présentée par Mme G B, le préfet s'est fondé, notamment, sur l'avis émis le 11 mars 2022 par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, selon lequel, si l'état de santé du fils de la requérante, A Louardi, nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, il peut bénéficier d'un traitement approprié dans son pays et voyager sans risque vers son pays d'origine.

7. Il ressort des pièces du dossier que le fils de F B, né le 30 mai 2015, souffre de troubles du spectre de l'autisme, diagnostiqués en 2019, pathologie pour laquelle il bénéficie d'une prise en charge pluridisciplinaire au sein du centre médico-psychologique du centre hospitalier du Rouvray. A Louardy bénéficie notamment à cet égard de soins de kinésithérapie, de rééducation orthophonique ainsi que d'un traitement médicamenteux permettant un apaisement des troubles de l'humeur. Toutefois, ni la circonstance que la maison départementale des personnes handicapées lui a reconnu un taux d'incapacité entre 50 et 80 %, ni les certificats médicaux versés à l'instance, en particulier celui établi le 26 mai 2021 qui affirme, sans plus de précisions, que les soins proposés au fils de F B " ne peuvent l'être qu'en France et ne sont pas proposables au Maroc ", ne sont suffisants pour établir qu'il ne pourrait pas bénéficier d'une prise en charge médicale appropriée dans son pays d'origine. En outre, si la requérante fait valoir que toute rupture dans la continuité de la prise en charge de son fils aurait un effet dévastateur sur son état de santé, les éléments qu'elle verse au dossier ne suffisent ni à remettre en cause le sens de l'avis du collège des médecins de l'OFII au vu duquel le préfet a pris sa décision, ni à établir que la prise en charge de son fils ne pourrait pas être anticipée et immédiate en cas de retour dans son pays d'origine. Enfin, la décision contestée n'a ni pour objet ni pour effet de séparer de sa mère l'enfant qui a vocation à l'accompagner dans le pays d'origine. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doivent être écartés.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger () qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an (). / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine ". Aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ".

9. Mme G B fait valoir qu'elle réside en France depuis 2017, que son fils souffre de troubles du spectre de l'autisme, pathologie pour laquelle il fait l'objet d'une prise en charge médicale étroite en France. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il ne pourrait pas bénéficier d'une prise en charge médicale appropriée, ni bénéficier d'une scolarisation adaptée au Maroc, où la requérante a vécu jusqu'à l'âge de 25 ans. En outre, si cette dernière se prévaut de son activité de bénévole, cette circonstance n'est pas suffisante pour caractériser son insertion sociale et professionnelle. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

10. En dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en refusant à la requérante de lui délivrer un titre de séjour.

11. Il résulte de ce qui précède que Mme G B n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision de refus de titre de séjour.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

12. En premier lieu, en application de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'obligation de quitter le territoire français qui accompagne la décision de refus de titre de séjour n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de cette décision. En l'espèce, la décision de refus de titre de séjour étant, ainsi qu'il a été dit précédemment, suffisamment motivée, le moyen tiré du défaut de motivation de la mesure d'éloignement doit être écarté.

13. En deuxième lieu, il résulte de ce qui précède que Mme G B n'est pas fondée à exciper de l'illégalité de la décision lui refusant un titre de séjour au soutien de ses conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire.

14. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 9, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

15. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier que Mme G B est arrivée en France avec son époux, ressortissant marocain, et leur fils A alors âgé de deux ans, que le couple est désormais séparé, que leur fils fait l'objet d'une mesure éducative en milieu ouvert prononcée par jugement du 30 septembre 2022 et que l'époux de Mme G B se maintient illégalement sur le territoire national. Dans ces conditions, alors que la mesure d'éloignement n'a ni pour objet, ni pour effet de séparer A Louardy de ses parents, qui ont vocation à retourner dans leur pays d'origine sans qu'y fasse obstacle la mesure éducative en cours, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.

16. En dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Seine-Maritime aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en l'obligeant à quitter le territoire.

17. Il résulte de ce qui précède que Mme G B n'est pas fondée à demander l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français.

Sur la décision fixant le pays de destination :

18. En premier lieu, l'arrêté vise notamment l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et précise la nationalité de la requérante et qu'elle n'établit pas être soumise à des tortures ou à des traitements inhumains en cas de retour dans son pays d'origine. La décision est ainsi suffisamment motivée en droit et en fait.

19. En second lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire doit être écarté.

20. Il résulte de tout ce qui précède que Mme G B n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 3 mai 2022 du préfet de la Seine-Maritime. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles relatives aux frais de l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme G B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C G B, à Me Mukendi Ndonki et au préfet de la Seine-Maritime.

Délibéré après l'audience du 13 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

- Mme Boyer, présidente,

- Mme Boucetta, conseillère,

- Mme Favre, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 janvier 2023.

La rapporteure,

H. E

La présidente,

C. BOYER Le greffier,

J.-L. MICHEL

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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