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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2202872

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2202872

vendredi 22 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2202872
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge Unique
Avocat requérantGOMEZ AUDREY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 13 et 17 juillet 2022, M. A B demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 11 juillet 2022 par lequel le préfet de la Seine-Maritime l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être renvoyé et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Il soutient que l'arrêté attaqué est entaché d'erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 juillet 2022, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme C comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 19 juillet 2022, ont été entendus :

- le rapport de Mme C ;

- les observations de Me Gomez, représentant M. B, qui reprend et développe le moyen soulevé dans la requête, et qui soutient en outre que :

o la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

o la décision refusant un délai de départ volontaire est entachée d'erreur de droit ;

o l'interdiction de retour sur le territoire français n'est pas suffisamment motivée.

Le préfet de la Seine-Maritime n'a été ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant marocain né le 2 janvier 1995, a été interpellé et placé en garde à vue le 10 juillet 2022 pour des faits d'usage de stupéfiants et infraction à la législation sur les étrangers. Par arrêté du 11 juillet 2022, dont M. B demande l'annulation, le préfet de la Seine-Maritime l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être renvoyé et l'a interdit de retour sur le territoire français pendant un an. Par un autre arrêté du même jour, le préfet l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

2. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

3. M. B fait valoir qu'il réside en France depuis trois ans et demi, qu'il a travaillé pendant deux ans et qu'il a des attaches personnelles et familiales en France. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il serait dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de vingt-quatre ans. Il est séparé de son épouse et n'apporte aucun élément justifiant les relations personnelles qu'il évoque. Enfin, il a fait l'objet d'une précédente obligation de quitter le territoire français le 8 juillet 2020, qu'il n'a pas exécutée. Dans ces circonstances, c'est sans porter une atteinte excessive à son droit au respect de sa vie privée et familiale ni commettre d'erreur manifeste d'appréciation que le préfet l'a obligé à quitter le territoire français.

Sur le refus de délai de départ volontaire :

4. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". L'article L. 612-3 du même code prévoit que : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; / () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5 ".

5. Il ressort des pièces du dossier que M. B a déclaré son intention de ne pas quitter le territoire français lors de son audition par les services de police le 11 juillet 2022. Il s'est par ailleurs soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement intervenue le 8 juillet 2020. Dans ces circonstances, et alors même que le requérant détient un passeport en cours de validité, le préfet a légalement pu considérer qu'il existe un risque que M. B se soustraie à son obligation de quitter le territoire français et lui refuser pour ce motif un délai de départ volontaire.

Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :

6. L'arrêté attaqué cite les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicables en cas de refus de délai de départ volontaire et énonce les éléments propres à la situation personnelle de M. B. L'examen des motifs de l'arrêté en litige révèle en outre que les différents critères énoncés par l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ont été pris en considération. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté en litige doit donc être écarté.

7. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 11 juillet 2022.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Seine-Maritime.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 juillet 2022.

La magistrate désignée,

L. CLa greffière,

A. LENFANT

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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