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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2202900

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2202900

jeudi 8 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2202900
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge Unique 1
Avocat requérantMUKENDI NDONKI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

A une requête enregistrée le 13 juillet 2022, Mme B C, représentée A Me Mukendi, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 29 juin 2022 A lequel le préfet de l'Eure lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de son renvoi ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Eure de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir ; subsidiairement, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de huit jours à compter du jugement à intervenir et de procéder à un nouvel examen de sa situation, dans un délai d'un mois, le tout sous astreinte de 100 euros A jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros à verser à son conseil au titre de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 ; subsidiairement, de lui verser cette somme au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme C soutient que :

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle souffre d'une motivation insuffisante en droit ;

- elle n'a pas été adoptée à la suite d'un examen personnalisé de sa situation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations du 1° de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990 ;

- elle procède d'une erreur manifeste d'appréciation.

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- elle est, en raison de l'illégalité de la décision lui portant obligation de quitter le territoire français, dépourvue de base légale ;

- elle souffre d'un défaut de motivation ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

A un mémoire en défense, enregistré le 30 août 2022, le préfet de l'Eure conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés A Mme C ne sont pas fondés.

Vu :

­ la décision A laquelle le président du tribunal a désigné M. D comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers ;

­ les autres pièces du dossier.

Vu :

­ la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

­ la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

­ le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

­ le code des relations entre le public et l'administration ;

­ la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

­ le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

­ le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir au cours de l'audience publique du 31 août 2022, présenté son rapport et entendu les observations orales de Me Mukendi, avocat représentant Mme C qui soutient :

* qu'elle réside en France depuis trois ans ;

* que le préfet n'a pas examiné sa situation au regard de ses enfants.

L'instruction étant close à l'issue de l'audience à 9 heures 55, en application de l'article R.776-26 du code de justice administrative ;

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante angolaise, née le 3 mars 1982, est, selon ses dires, entrée sur le territoire français le 13 mars 2019. Elle a déposé une demande d'asile le 18 mars 2019 à la suite de laquelle le préfet de la Seine-Maritime a, le 18 juin 2019, adopté à son encontre un arrêté de transfert aux autorités portugaises dont la légalité a été confirmée A jugement du 11 juillet 2019. Elle n'a pas déféré à cette mesure et a déposé une nouvelle demande d'asile le 14 mai 2020 qui a été rejetée A l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) le 31 décembre 2021 et la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 10 juin 2022. A décision du 29 juin 2022, le préfet de l'Eure a refusé de délivrer le titre sollicité et a assorti son refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours aux motifs que Mme C ne peut se prévaloir de la qualité de réfugié, qu'elle ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français, qu'elle n'a pas sollicité de titre de séjour sur un autre motif que celui de l'asile, qu'elle ne justifie ni de liens intenses et stables en France ni être dépourvue d'attaches dans son pays d'origine, que sa situation personnelle ne permet pas de considérer qu'il serait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale, que sa situation ne contrevient pas aux stipulations de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et que rien ne s'oppose à ce qu'elle soit obligée de quitter le territoire français. Mme C demande l'annulation de ces décisions.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit A le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit A la juridiction compétente ou son président [] ". Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et relatif à l'aide juridictionnelle et à l'aide à l'intervention de l'avocat dans les procédures non juridictionnelles : " [] L'admission provisoire est accordée A le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme A l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué. " Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'accorder, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de Mme C à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs décisions :

3. Les décisions attaquées comportent les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Ces décisions, prises après un examen particulier de la situation de Mme C A le préfet de l'Eure qui a tenu compte de la présence en France des enfants de la requérante, sont donc suffisamment motivées.

En ce qui concerne les moyens propres à la décision portant obligation de quitter le territoire français :

4. Mme C, qui serait entrée sur le territoire français le 13 mars 2019, soutient que le centre de ses intérêts privés et familiaux se situe sur le territoire français où sa fille aînée obtient de très bons résultats scolaires. Il ressort toutefois des pièces du dossier que l'intéressée, célibataire, n'est entrée en France qu'à l'âge de trente-sept ans après avoir toujours vécu dans son pays d'origine. Elle ne justifie pas avoir constitué de vie familiale en France, ni être particulièrement insérée socialement et professionnellement dans la société française. Dans ces conditions, eu égard à la durée et aux conditions du séjour de l'intéressée en France, il n'est pas établi que la décision en litige du préfet de l'Eure en date du 29 juin 2022 ait porté au droit de l'intéressée au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et qu'elle aurait méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. A ailleurs, nonobstant les bons résultats scolaires obtenus A l'un des enfants de la requérante, la décision ne méconnaît pas les stipulations du 1° de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et n'est pas davantage entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de Mme C.

En ce qui concerne les moyens propres à la décision fixant le pays de destination :

5. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

6. En second lieu, aux termes de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " [] Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. "

7. Si Mme C soutient que sa vie et sa liberté seraient menacées en cas de retour dans son pays d'origine en raison de la présence de son ex-compagnon, elle n'apporte toutefois au soutien de ses allégations aucun élément de nature à justifier de leur bien fondé. Ainsi, Mme C n'est pas fondée à soutenir que la décision contestée aurait été adoptée en méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées A Mme C doivent être rejetées et, A voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et les conclusions présentées au titre des frais d'instance.

D E C I D E :

Article 1er : Mme C est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus de la requête de Mme C est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C, à Me Mukendi et au préfet de l'Eure.

Rendu public A mise à disposition au greffe le 8 septembre 2022.

Le rapporteur,

Signé

T. D

Le greffier,

Signé

N. BOULAYLa République mande et ordonne au préfet de l'Eure en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

N. BOULAY

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