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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2202941

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2202941

jeudi 21 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2202941
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2 ème Chambre
Avocat requérantMURIEL GILLETTE AVOCAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par un déféré et des mémoires, enregistrés les 18 juillet 2022, 24 février 2023 et le 22 mars 2023, le préfet de la Seine-Maritime, demande au tribunal d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 4 avril 2022 par lequel le maire de commune des Grandes-Ventes a délivré à M. D et Mme E le permis de construire n° PC 076 321 21 B00020 pour la construction d'une maison d'habitation sur la parcelle cadastrée AD 407.

Il soutient que l'arrêté attaqué méconnaît les dispositions des articles AN 1.1 et AN 2.1 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune des Grandes-Ventes dès lors que la maison d'habitation projetée n'est pas nécessaire à l'activité agricole sur la parcelle d'assiette du projet.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 15 février 2023 et 6 avril 2023, M. B D et Mme C E, représentés par Me Boyer, concluent au rejet du déféré et à ce que soit mise à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils font valoir que le moyen du déféré n'est pas fondé.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 février 2023, la commune des Grandes-Ventes, représentée par la SELARL Gillette conclut au rejet du déféré et à ce que soit mise à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que le moyen du déféré n'est pas fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Esnol,

- les conclusions de Mme Barray, rapporteure publique,

- les observations de M. A, représentant le préfet de la Seine-Maritime,

- les observations de Me Boyer, représentant M. D et Mme E.

Considérant ce qui suit :

1. M. B D et Mme C E ont déposé le 30 décembre 2021 une demande de permis de construire pour l'édification d'une maison d'habitation sur la parcelle AD 407 située sur le territoire de la commune des Grandes-Ventes. Par un arrêté du 4 avril 2022, le maire de la commune des Grandes-Ventes a délivré le permis sollicité n° PC 076 321 21 B00020. Le préfet de la Seine-Maritime a adressé le 4 mai 2022 un recours gracieux au maire de la commune des Grandes-Ventes qui est resté sans réponse. Par le présent déféré, le préfet de la Seine-Maritime demande l'annulation pour excès de pouvoir de cet arrêté.

2. Aux termes de l'article L. 2131-6 du code général des collectivités territoriales : " Le représentant de l'Etat dans le département défère au tribunal administratif les actes mentionnés à l'article L. 2131-2 qu'il estime contraires à la légalité dans les deux mois suivant leur transmission. ()".

3. Aux termes de l'article AN1 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune des Grandes-Ventes : " Types d'occupation ou d'utilisation du sol interdits / 1.1. Les occupations ou d'utilisation du sol non visées à l'article 2. () " Aux termes de l'article AN 2 du règlement du même plan local d'urbanisme : " Types d'occupation ou d'utilisation du sol soumis à conditions spéciales - Peuvent être autorisés, à condition que ni leur localisation, ni leur destination ne favorise une urbanisation dispersée, incompatible avec la vocation des espaces naturels, en particulier lorsque ceux-ci sont peu équipés, et ne compromette les activités agricoles : / 2.1. Dans le secteur A strict, les constructions nécessaires à l'exploitation agricole. / 2.2. La création d'habitation par changement de destination des bâtiments identifiés en application du 2° de l'article L151-11 du code de l'urbanisme, sous les conditions que : / ' ces bâtiments ne soient pas nécessaires à l'activité agricole, les installations et aménagements ne nuisent pas au fonctionnement d'une exploitation agricole, / ' les caractéristiques principales des bâtiments soient respectées. / () " Pour l'application de ces dispositions restrictives et l'appréciation de la nécessité de la présence d'une habitation dans cette zone et du lien avec l'activité agricole du pétitionnaire, il y a lieu le cas échéant de prendre en compte à la fois les caractéristiques et les exigences de son activité et les modalités d'organisation de son exploitation.

4. Pour justifier l'autorisation d'urbanisme délivrée, les pétitionnaires et la commune des Grandes-Ventes font valoir que la surveillance des réfrigérateurs contenant des pommes de terre ainsi que la vente des produits nécessitent leur présence à proximité du site, alors que l'actuelle habitation des pétitionnaires ne correspond plus à leurs besoins et que les bâtiments présents sur le site ont été transformés en bureaux.

5. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que les pétitionnaires assurent une activité agricole de culture et de vente à la ferme de pommes de terre et que le projet de construction a vocation à édifier une maison d'habitation de 237 m² sur la parcelle AD 407 classée en zone agricole du plan local d'urbanisme de commune des Grandes-Ventes.

6. Il est constant que les pétitionnaires résident dans une maison d'habitation située sur une parcelle voisine de l'exploitation. Si les défendeurs font valoir que leur actuelle maison d'habitation, qui ne peut être agrandie, est d'une surface trop restreinte compte tenu de la composition de leur foyer familial, ils ne peuvent utilement se prévaloir de cette circonstance pour justifier l'existence d'une nécessité d'une habitation pour les besoins de leur activité agricole.

7. En outre, si les exploitants ont été victimes de plusieurs vols de carburant sur le site agricole, le projet de construction sur la parcelle AD 407 est situé, selon la notice fournie à l'appui de la demande de permis de construire, à une distance de 270 mètres du siège de l'exploitation agricole si bien qu'elle ne serait pas de nature à prévenir et à réduire l'existence d'un tel risque à le supposer établi. Au demeurant, l'exploitant réside déjà à proximité immédiate du site agricole.

8. Enfin, alors même que l'habitation préexistante sur le site de l'exploitation a été transformée en bureau, cette circonstance n'est pas, en l'absence de preuve de la nécessité d'une habitation sur le site de l'exploitation, de nature à justifier l'installation du projet des requérants sur la parcelle AD 407.

9. Dans ces conditions, l'unique moyen tiré de la méconnaissance de l'article 2 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune des Grandes-Ventes doit être accueilli, dès lors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que la construction projetée serait nécessaire à l'exploitation agricole.

10. Il résulte de tout ce qui précède, que le préfet de la Seine-Maritime est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 4 avril 2022 par lequel le maire de la commune des Grandes-Ventes a délivré le permis de construire n° PC 076 321 21 B00020.

Sur les frais liés au litige :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à la commune des Grandes-Ventes et à M. D et Mme E les sommes que ceux-ci réclament au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 4 avril 2022 par lequel le maire de la commune des Grandes-Ventes a délivré le permis de construire n° PC 076 321 21 B00020 est annulé.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune des Grandes-Ventes au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Les conclusions présentées par M. D et Mme E au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié au préfet de la Seine-Maritime, à la commune des Grandes-Ventes et à M. B D et Mme C E.

Délibéré après l'audience du 7 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Bailly, présidente,

M. Le Duff, premier conseiller et Mme Esnol, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 septembre 2023.

La rapporteure,

Signé

B. Esnol

La présidente,

Signé

P. Bailly La greffière,

Signé

A. Hussein

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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