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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2202994

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2202994

mardi 18 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2202994
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantHUON SARFATI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 17 juillet 2022, Mme B A demande au tribunal :

1°) d'annuler les titres exécutoires n° 219 et n° 221 émis le 19 mai 2022 par le maire de la commune de Thénouville pour le recouvrement de la somme totale de 1 200 euros ;

2°) de procéder à la modification du bail locatif conclu avec la commune de Thénouville.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 octobre 202, la commune de Thénouville, représentée par Me Sarfati, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 1 500 euros soit mise à la charge de Mme A en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 89-462 du 6 juillet 1989 ;

- le décret n°2015-233 du 27 février 2015 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents de formation de jugement des tribunaux peuvent, par ordonnance : () 2° Rejeter les requêtes ne relevant manifestement pas de la compétence de la juridiction administrative ; / 5° Statuer sur les requêtes qui ne présentent plus à juger de questions autres que la condamnation prévue à l'article L. 761-1 ou la charge des dépens () ".

2. En outre, aux termes du premier alinéa de l'article 32 du décret du 27 février 2015 relatif au Tribunal des conflits et aux questions préjudicielles : " Lorsqu'une juridiction de l'ordre judiciaire ou de l'ordre administratif décline la compétence de l'ordre de juridiction auquel elle appartient au motif que le litige ne ressortit pas à cet ordre, elle renvoie les parties à saisir la juridiction compétente de l'autre ordre de juridiction. Toutefois, lorsque la juridiction est saisie d'un contentieux relatif à l'admission à l'aide sociale tel que défini par le code de l'action sociale et des familles ou par le code de la sécurité sociale, elle transmet le dossier de la procédure, sans préjuger de la recevabilité de la demande, à la juridiction de l'autre ordre de juridiction qu'elle estime compétente par une ordonnance qui n'est susceptible d'aucun recours ".

3. La commune de Theillement, remplacée par celle de Thénouville et Mme A ont conclu le 16 décembre 2003 une convention portant sur la location à titre précaire du logement de l'école municipale. En raison du déclassement de ce bien dans le domaine privé de la commune, le conseil municipal a autorisé le maire, par une délibération du 29 mars 2022 à conclure un nouveau bail avec Mme A. L'intéressée, qui s'est maintenue dans les locaux sans procéder à la signature du nouveau bail, s'est vu notifier deux titres exécutoires d'un montant de 600 euros chacun, correspondant au montant du dépôt de garantie et du loyer dû au titre du mois de mai 2022, tels que stipulés dans le nouveau bail.

4. Le recours contre un titre exécutoire doit être formé devant le juge compétent pour apprécier le bien-fondé de la créance dont ce titre tend à assurer le recouvrement.

5. Les titres exécutoires litigieux ont été émis en vertu d'un contrat de bail fondé sur les dispositions de la loi du 6 juillet 1989 tendant à améliorer les rapports locatifs. Ce contrat, qui n'a pas pour objet l'organisation ou l'exécution d'une mission de service public, ne comporte aucune clause qui, notamment par les prérogatives reconnues à la personne publique contractante dans l'exécution du contrat, impliquerait, dans l'intérêt général, qu'il relève du régime exorbitant des contrats administratifs. En raison du déclassement du bien faisant l'objet du bail locatif, ce contrat ne comporte pas, par lui-même, occupation du domaine public et ne concerne pas davantage la réalisation de travaux publics. Dans ces conditions, la convention sur laquelle se fonde les titres exécutoires litigieux présente le caractère d'un contrat de droit privé et il n'appartient qu'à la seule juridiction judiciaire de connaître du présent litige. Par suite, les conclusions de la requête de Mme A doivent être rejetées comme portée devant une juridiction incompétente pour en connaître en application du 2° de l'article R.222-1 du code de justice administrative. En application des dispositions du décret du 27 février 2015 citées au point 2, il y a seulement lieu d'inviter la requérante à saisir le tribunal judiciaire d'Evreux.

6. S'agissant des frais de l'instance, il n'y a pas lieu de faire droit à la demande présentée par la commune de Thénouville sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée comme portée devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître.

Article 2 : La demande présentée par la commune de Thénouville sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative est rejetée.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A et à la commune de Thénouville.

Fait à Rouen, le 18 octobre 2022.

La présidente de la 4ème chambre,

C. BOYER

La République mande et ordonne au préfet de l'Eure en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

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