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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2203025

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2203025

mardi 31 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2203025
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4 ème Chambre
Avocat requérantCABINET KOSZCZANSKI & BERDUGO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 21 juillet et 2 septembre 2022, Mme A C, représentée par Me Koszczanski, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 18 mai 2022 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " ou, à défaut, une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa situation dans le délai de deux mois suivant la notification du présent jugement ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'il renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

- la décision de refus de titre de séjour est insuffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen particulier de son dossier ;

- elle méconnaît les articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et procède à tout le moins d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- cette décision et l'obligation de quitter le territoire français méconnaissent l'autorité de la chose jugée dont est revêtu le jugement du 25 novembre 2021 du tribunal administratif ;

- elles méconnaissent l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elles méconnaissent les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la décision fixant le pays de renvoi méconnaît l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 5 août 2022, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête au motif que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 22 juin 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- et les observations de Mme C.

Le préfet de la Seine-Maritime n'était ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante nigériane née le 26 février 1991 à Bénin City, a sollicité son admission au titre de l'asile. Cette demande a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) par une décision du 19 janvier 2018, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 15 novembre 2018. Elle s'est alors vu notifier, par le préfet du Val-d'Oise, une obligation de quitter le territoire en date du 14 janvier 2019. Mme C n'a pas déféré à cette mesure d'éloignement et a sollicité le réexamen de sa demande d'asile. Cette demande a été rejetée par une décision de l'OFPRA du 18 août 2020, confirmée par une décision de la CNDA du 8 mars 2021.

2. A l'issue d'un contrôle de police, le préfet de la Seine-Maritime a, par un arrêté du 7 octobre 2021, obligé Mme C à quitter le territoire français. Par un jugement du 25 novembre 2021, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Rouen a annulé cet arrêté et enjoint à l'autorité préfectorale de procéder au réexamen de la situation de l'intéressée dans le délai de deux mois à compter de la notification du jugement.

3. Par l'arrêté attaqué du 18 mai 2022, pris en exécution de ce jugement, le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. En premier lieu, l'arrêté attaqué vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont le préfet a fait application. Il mentionne en outre la situation personnelle de Mme C, notamment la présence de son conjoint et son enfant. Cet arrêté, alors même qu'il ne ferait pas état de l'ensemble des éléments dont la requérante s'est prévalue à l'appui de sa demande, comporte ainsi, de manière précise et non stéréotypée, les considérations de droit et de fait sur lesquelles le préfet s'est fondé pour rejeter sa demande de titre de séjour. Par ailleurs, cette motivation et l'ensemble des énonciations de la décision révèlent que le préfet a procédé à un examen particulier du dossier de Mme C. Ces moyens doivent donc être écartés.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger () qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an () ". L'article L. 435-1 du même code dispose : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale " ".

6. Si Mme C soutient que l'état de santé de son époux qui est gravement malade nécessite des soins et qu'elle l'assiste au quotidien, il ressort des pièces du dossier que l'époux de la requérante ne dispose d'aucun titre de séjour lui donnant vocation à demeurer de manière pérenne sur le territoire. Par ailleurs, la seule production d'une attestation d'un médecin psychiatre, au demeurant nullement circonstanciée, ne peut suffire à établir que son époux ne pourrait pas bénéficier, à supposer même qu'un défaut de prise en charge puisse entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Mme C ne démontre pas enfin, par les documents produits, être insérée socialement et professionnellement dans la société française. Rien ne fait dès lors obstacle à ce que la requérante et son mari, qui ont la même nationalité, reconstituent, avec leurs deux enfants en bas âge, leur cellule familiale au Nigéria où ils ont vécu la majeure partie de leur existence et où la requérante dispose d'ailleurs encore d'attaches familiales. Dans ces conditions, en refusant son admission au séjour et en l'obligeant à quitter le territoire français, le préfet n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit de mener une vie privée et familiale normale ni n'a commis d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle. Pour les mêmes motifs, il a pu, sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation, refuser son admission à titre exceptionnel au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1.

7. En troisième lieu, en vertu des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, l'autorité administrative doit accorder, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

8. Compte tenu de ce qui précède, dès lors que Mme C peut retourner au Nigéria avec son mari et ses deux enfants, l'arrêté attaqué, qui n'implique donc pas la séparation des membres de la famille, ne porte pas atteinte à l'intérêt supérieur de ses enfants.

9. En quatrième lieu, l'annulation pour excès de pouvoir d'une mesure d'éloignement prise à l'encontre d'un étranger, quel que soit le motif de cette annulation, n'implique pas la délivrance d'une carte de séjour temporaire mais impose seulement au préfet, en application des dispositions de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de munir l'intéressé d'une autorisation provisoire de séjour et, qu'il ait été ou non saisi d'une demande en ce sens, de se prononcer sur son droit à un titre de séjour. Si, au terme de ce nouvel examen de la situation de l'étranger, le préfet refuse de délivrer un titre de séjour, il peut, sans méconnaître l'autorité de la chose jugée s'attachant au jugement d'annulation, assortir ce refus d'une obligation de quitter le territoire français en application des dispositions de l'article L. 611-1 du code précité.

10. Si, par jugement du 25 novembre 2021, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif a annulé la mesure d'éloignement prise le 7 octobre 2021 pour défaut d'examen de la situation personnelle de la requérante, une telle annulation, qui, contrairement à ce qui est soutenu, n'impliquait pas que le préfet examinât concomitamment la demande de titre de son époux, ne faisait pas obstacle, eu égard notamment au motif d'annulation retenu, à ce que le préfet, après avoir réexaminé la situation de l'intéressée, refusât son admission au séjour et assortît cette mesure d'une obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'autorité de la chose jugée doit être écarté.

11. En dernier lieu, Mme C n'apporte aucun élément de nature à établir que ses filles encourraient, si elles se rendaient au Nigéria, un risque de subir, ainsi qu'il est soutenu, des mutilations génitales forcées. Par suite, en fixant le pays de destination, le préfet n'a méconnu ni les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni les stipulations de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

12. Il résulte de ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 18 mai 2022 du préfet de la Seine-Maritime.

Sur les conclusions accessoires :

13. Le présent jugement, qui rejette les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté du 18 mai 2022, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte que présente la requérante doivent être rejetées.

14. L'Etat n'étant pas la partie perdante dans la présente instance, la demande présentée par le conseil de la requérante au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doit être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C, à Me Koszczanski et au préfet de la Seine-Maritime.

Délibéré après l'audience du 10 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

- Mme Boyer, présidente,

- M. Guiral, conseiller,

- Mme Boucetta, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 janvier 2023.

Le rapporteur,

S. B

La présidente,

C. BOYER

Le greffier,

J.-L. MICHEL

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

CH

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