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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2203048

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2203048

mardi 31 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2203048
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1 ère Chambre
Avocat requérantMARY-INQUIMBERT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 22 juillet 2022 et un mémoire en production de pièces enregistré le 10 novembre 2022, M. B A, représenté par la SELARL Mary et Inquimbert, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 8 décembre 2021 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un certificat de résidence, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer un titre de séjour temporaire ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande et de lui délivrer, le temps de ce réexamen, une autorisation provisoire au séjour, le tout dans le délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

M. A soutient que :

* La décision portant refus de titre de séjour :

- a été prise sans saisine de la commission du titre de séjour ;

- méconnaît les stipulations du 2) de l'article 6 de l'accord franco-algérien et est entachée d'erreur de droit ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur de droit ;

- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

* La décision portant obligation de quitter le territoire français :

-a été prise sans saisine de la commission du titre de séjour ;

- est dépourvue de base légale compte tenu de l'illégalité du refus de séjour ;

-méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur de droit ;

- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

* La décision fixant le pays de destination :

- est dépourvue de base légale compte tenu de l'illégalité du refus de séjour et de l'obligation de quitter le territoire français ;

-est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 décembre 2022, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens ne sont pas fondés.

Vu :

- la décision par laquelle le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative ;

- la décision du 22 juin 2022 admettant M. A à l'aide juridictionnelle totale ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié, relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et leurs familles ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Jeanmougin, première conseillère,

- et les observations de Me Inquimbert, pour M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant algérien, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 8 décembre 2021 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un certificat de résidence, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur la légalité de la décision de refus de séjour :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 2) au ressortissant algérien, marié avec un ressortissant de nationalité française, à condition que son entrée sur le territoire français ait été régulière, que le conjoint ait conservé la nationalité française et, lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, qu'il ait été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français () "

3. L'administration peut, en première instance comme en appel, faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.

4. Il résulte des termes mêmes du 2 de l'article 6 de l'accord franco-algérien que le titre de séjour en qualité de conjoint d'une ressortissante française ne peut être délivré à un ressortissant algérien que si son entrée sur le territoire français est régulière, sans pour autant que la possession d'un visa de long séjour soit exigée. En opposant à M. A le défaut de visa de long séjour, le préfet de la Seine-Maritime a commis une erreur de droit. Cependant, le préfet se prévaut dans son mémoire en défense, qui a été communiqué au requérant, de ce que ce dernier, qui ne produit qu'un visa délivré par les autorités turques, n'établit nullement être entré régulièrement en France. Ce motif justifie légalement le refus de lui délivrer un certificat de résidence en qualité de conjoint d'une ressortissante française et il résulte de l'instruction que le préfet aurait pris la même décision s'il s'était initialement fondé sur ce motif, qui ne prive M. A d'aucune garantie procédurale. Il y a lieu de procéder à la substitution demandée. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations du 2) de l'article 6 de l'accord franco-algérien et celui de l'erreur de droit, qui est devenu inopérant, doivent donc être écartés.

5. En deuxième lieu, il résulte des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales qu'elles garantissent le droit des personnes au respect de leur vie privée et familiale. Ces stipulations n'imposaient nullement au préfet de la Seine-Maritime de procéder à un examen distinct du droit au séjour du requérant au titre de sa vie privée, d'une part, et de sa vie familiale, d'autre part. La décision en litige n'est dès lors entachée d'aucune erreur de droit à ce titre.

6. En troisième lieu, si M. A soutient résider en France depuis 2019, il ne l'établit pas par les pièces qu'il produit. Son mariage avec une ressortissante française, célébré en août 2021, est récent. S'il possède une promesse d'embauche, il ne travaille pas. Il ne démontre pas être dépourvu de toute attache en Algérie où il a vécu au moins jusqu'à l'âge de 22 ans. Le requérant n'établit donc pas d'obstacle à ce qu'il reparte en Algérie pour y demander un visa d'entrée, afin de régulariser sa situation administrative. En ayant refusé à M. A la délivrance d'un titre de séjour, le préfet de la Seine-Maritime n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressé de mener une vie privée et familiale normale ni commis d'erreur d'appréciation et n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit également être écarté.

7. En dernier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que M. A ne remplit pas les conditions pour la délivrance d'un titre de séjour de plein droit. Il n'est donc pas fondé à soutenir que la procédure est irrégulière faute de saisine de la commission du titre de séjour.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

8. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le refus de séjour opposé à M. A n'est pas entaché d'illégalité. Le moyen tiré du défaut de base légale de l'obligation de quitter le territoire français, du fait de l'illégalité du refus de séjour, doit donc être écarté.

9. En deuxième lieu, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur de droit commise dans son application doivent être écartés pour les motifs mentionnés aux points 4 et 5.

10. En troisième lieu, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation est écarté pour les motifs exposés au point 6.

11. En dernier lieu, le moyen tiré de l'absence de saisine de la commission du titre de séjour ne peut être utilement invoqué à l'encontre d'une mesure d'éloignement.

Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination :

12. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le refus de séjour opposé à M. A et l'obligation qui lui a été signifiée de quitter le territoire français ne sont pas entachés d'illégalité. Le moyen tiré du défaut de base légale de la décision fixant le pays de son éloignement forcé, du fait de l'illégalité du refus de séjour et de l'obligation de quitter le territoire français, doit donc être écarté.

13. En second lieu, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté pour les motifs mentionnés au point 6.

14. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 8 décembre 2021 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des frais d'instance doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à la SELARL Mary et Inquimbert et au préfet de la Seine-Maritime.

Délibéré après l'audience du 17 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

M. Minne, président,

Mme Jeanmougin, première conseillère,

M. Le Vaillant, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 janvier 2023.

La rapporteure,

H. JEANMOUGIN Le président,

P. MINNE Le président,

P. MINNE

Le greffier,

N. BOULAY

N°2203048

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