jeudi 12 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2203055 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2 ème Chambre |
| Avocat requérant | MUKENDI NDONKI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 22 juillet 2022, M. B N'Silu Makola, représenté par Me Mukendy Ndonki, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 13 avril 2022 par lequel le préfet de l'Eure lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de sa destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de l'Eure de lui délivrer une carte de séjour temporaire valable un an et portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou, à défaut, de lui délivrer, dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir, une autorisation provisoire de séjour dans l'attente du réexamen de sa situation, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à son conseil au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge, pour son conseil, de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle, ou, à défaut, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
La décision portant refus de séjour :
- est insuffisamment motivée ;
- a été prise en violation de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- a été prise en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;
La décision portant obligation de quitter le territoire français :
- est insuffisamment motivée ;
- est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;
- a été prise en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;
La décision portant fixation du pays de destination :
- est insuffisamment motivée ;
- est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
Par des mémoires en défense enregistrés les 19 octobre 2022 et 23 novembre 2022, le préfet de l'Eure conclut au rejet de la requête au motif que les moyens soulevés par M. N'Silu Makola ne sont pas fondés.
L'Office français de l'immigration et de l'intégration a produit un mémoire le 12 décembre 2022, soit postérieurement à la clôture de l'instruction intervenue, en application de l'article R. 613-2 du code de justice administrative, trois jours avant l'audience.
M. N'Silu Makola a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 22 juin 2022 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Rouen.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme C,
- et les observations de Me Lepeuc, substituant Me Mukendy Ndonki, représentant M. N'Silu Makola.
Considérant ce qui suit :
1. M. B N'Silu Makola, ressortissant congolais né le 28 février 1951 à Lukunga, est entré sur le territoire français le 4 septembre 2019 muni d'un visa de court séjour valable vingt-cinq jours, délivré par les autorités consulaires françaises. Le 14 février 2020, il a sollicité son admission au séjour au titre de son état de santé. L'intéressé s'est vu délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " valable du 23 novembre 2020 au 22 août 2021 en raison de son état de santé, dont il a sollicité, le 26 octobre 2021, le renouvellement. Par l'arrêté attaqué du 13 avril 2022, le préfet de l'Eure a refusé de faire droit à sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de sa destination.
Sur la décision portant refus de séjour :
2. En premier lieu, la décision portant refus de séjour énonce l'ensemble des considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde, de manière suffisamment circonstanciée pour mettre utilement M. N'Silu Makola en mesure d'en discuter les motifs. Elle est ainsi suffisamment motivée, sans qu'y fasse obstacle la circonstance qu'elle ne mentionnerait pas l'ensemble des éléments relatifs à la situation personnelle du requérant.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () ". L'article R. 425-11 du même code dispose que : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. () ".
4. Pour rejeter la demande de renouvellement du titre de séjour dont bénéficiait M. N'Silu Makola en raison de son état de santé, le préfet a considéré qu'il ne remplissait pas les conditions posées par l'article L. 425-9 du code précité, en reprenant les conclusions de l'avis du 11 mars 2022 du collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, selon lequel si l'état de santé de M. N'Silu Makola nécessite une prise en charge médicale, le défaut d'une telle prise en charge ne devrait pas entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité. L'avis du collège des médecins précise également que l'état de santé de l'intéressé peut lui permettre d'y voyager sans risque.
5. Il est constant que M. N'Silu Makola est atteint d'une insuffisance rénale chronique et d'hypertrophie prostatique. Il fait l'objet d'un suivi médical en France, consistant notamment en des biopsies de la prostate. Il ressort des pièces du dossier, et en particulier d'un compte-rendu médical établi le 21 juin 2021 à la suite d'une consultation en urologie, que M. N'Silu Makola a été informé " des résultats histologiques qui sont rassurants : absence de territoire suspect de malignité sur les prélèvements " et que sa situation était " rassurante ", " le taux de PSA [pouvant être] mis en relation avec le volume prostatique conséquent ". Il ressort également des pièces du dossier, et notamment de comptes rendus médicaux, que le requérant, dont le rein droit est fonctionnel, présente d'une hydronéphrose du rein gauche, ce dernier étant " complètement détruit " mais " restant asymptomatique ", le requérant faisant l'objet d'une simple surveillance médicale. Par les seuls éléments qu'il produit, M. N'Silu Makola n'établit pas que le défaut de prise en charge dont il bénéficie en France entraînerait pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Ce moyen doit, dans ces conditions, être écarté.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
7. En l'espèce, M. N'Silu Makola réside sur le territoire français depuis le mois de septembre 2019, soit depuis moins de trois ans à la date de la décision contestée. Il est constant que son épouse réside en République démocratique du Congo, où il a vécu jusqu'à l'âge de 68 ans. Si M. N'Silu Makola soutient que certains de ses cousins et beaux-frères résideraient en France, il ne l'établit toutefois pas par les seules pièces qu'il produit, non plus que l'intensité et la stabilité des liens qui l'uniraient aux intéressés. De même, si le requérant soutient bénéficier de l'aide et de la prise en charge de ses enfants en France, il ne produit toutefois aucune pièce au soutien de ses allégations, alors qu'il ressort au demeurant des pièces du dossier qu'il a déclaré aux services préfectoraux ne pas avoir d'enfant. Le requérant ne justifie en outre d'aucune insertion sociale ou professionnelle particulière sur le territoire français. Dans ces conditions, au regard de la durée et des conditions de son séjour en France ainsi que des attaches de celui-ci dans son pays d'origine, la décision attaquée n'a pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale de M. N'Silu Makola une atteinte disproportionnée au regard des buts poursuivis et n'a, dès lors, pas méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Ce moyen doit, par suite, être écarté.
8. En dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de l'Eure aurait entaché la décision contestée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur la situation personnelle du requérant.
9. Il résulte de ce qui précède que M. N'Silu Makola n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 13 avril 2022 par laquelle le préfet de l'Eure lui a refusé le renouvellement du titre de séjour dont il bénéficiait.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
10. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; () " et aux termes de l'article L. 613-1 de ce code : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. () ".
11. La décision énonçant l'obligation de quitter le territoire français de M. N'Silu Makola a été prise concomitamment à celle refusant de lui délivrer un titre de séjour. Cette dernière étant, ainsi qu'il a été dit au point 2 du présent jugement, suffisamment motivée, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.
12. En deuxième lieu, compte tenu de ce qui précède, le moyen tiré de l'illégalité de la décision attaquée par exception d'illégalité de la décision portant refus de séjour doit être écarté.
13. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux développés aux points 7 et 8, les moyens tirés de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français aurait été prise en violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur la situation personnelle du requérant, doivent être écartés.
14. Il résulte de ce qui précède que M. N'Silu Makola n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 13 avril 2022 par laquelle le préfet de l'Eure l'a obligé à quitter le territoire français.
Sur la décision portant fixation du pays de destination :
15. En premier lieu, la décision attaquée vise l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et mentionne que M. N'Silu Makola n'établit ni même n'allègue qu'il peut être soumis à la torture ou à des traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée doit être écarté.
16. En second lieu, compte tenu de ce qui précède, le moyen tiré de l'illégalité de la décision en litige par exception d'illégalité des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français doit être écarté.
17. Il résulte de ce qui précède que M. N'Silu Makola n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 13 avril 2022 par laquelle le préfet de l'Eure a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement dont il fait l'objet.
18. Il résulte de tout ce qui précède que M. N'Silu Makola n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 13 avril 2022. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter les conclusions présentées aux fins d'injonction et d'astreinte, de même que celles relatives aux frais de l'instance.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. N'Silu Makola est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B N'Silu Makola, à Me Mukendy Ndonki et au préfet de l'Eure.
Délibéré après l'audience du 15 décembre 2022, à laquelle siégeaient :
- Mme Bailly, présidente,
- Mme C et Mme A, conseillères.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 janvier 2023.
La rapporteure,
Signé :
D. CLa présidente,
Signé :
P. BaillyLa greffière,
Signé :
A. Hussein
La République mande et ordonne au préfet de l'Eure, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
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Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026