jeudi 1 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2203067 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3 ème Chambre |
| Avocat requérant | LEROY Magali |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 23 juillet 2022, et un mémoire enregistré le 24 septembre 2022, Mme C, représentée par Me A, demande au tribunal :
1°) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté du 19 juillet 2022 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a prolongé son assignation à résidence pour une durée de six mois ;
2°) à titre subsidiaire, en cas de maintien de l'assignation à résidence, d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer une autorisation de travail dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement et de porter son obligation de pointage à une présentation par semaine ; à tout le moins, d'examiner les demandes formulées en ce sens ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 960 euros TTC en application des dispositions combinées de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Mme B soutient que :
- le préfet a méconnu son droit à une bonne administration, incluant le droit d'être entendu ainsi que les obligations de motivation et d'examen sérieux et complet de sa situation ;
- la décision est entachée d'erreur de droit au regard des dispositions du 1°) de l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle procède d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré le 23 août 2022, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.
Le préfet soutient qu'aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé.
Vu :
- la décision du 21 septembre 2022 prononçant l'admission de la requérante au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale ;
- la décision par laquelle la présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour et des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique, ont été entendus :
- le rapport de M. Bouvet, premier conseiller ;
- les observations de Me A, pour Mme B.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D B, ressortissante nigériane née le 2 mai 1995, est entrée en France le 11 septembre 2014 sous couvert d'un visa de court séjour. Le 10 juillet 2015, elle a demandé la délivrance d'un titre de séjour au titre de la vie privée et familiale. Par un arrêté du 22 janvier 2016, le préfet de la Seine-Maritime a rejeté sa demande et l'a obligée à quitter le territoire français. Cet arrêté a été confirmé par un jugement du tribunal administratif de Rouen du 10 mai 2016, lui-même confirmé par un arrêt du 1er juin 2017 de la Cour administrative d'appel de Douai. Le 15 avril 2020, la requérante a de nouveau sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement du 7° de l'article L. 313-11, alors en vigueur, du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 13 novembre 2020, le préfet a rejeté sa demande et l'a obligée à quitter le territoire français, assortissant cette décision d'une interdiction de retour sur le territoire français d'un an. Par un jugement du 27 mai 2021, le tribunal administratif de Rouen a annulé la décision d'interdiction de retour sur le territoire français et rejeté le surplus des conclusions. Ce rejet a été confirmé en appel par une ordonnance du 9 février 2022. Par deux arrêtés du 21 janvier 2022, le préfet de la Seine-Maritime l'a obligée à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de renvoi et l'a assignée à résidence pour une durée de six mois. Les recours introduits par Mme B contre ces deux arrêtés ont été rejetés par un jugement du 10 mars 2022 du tribunal administratif de Rouen. Par la présente instance, Mme B demande, à titre principal, l'annulation de l'arrêté du 19 juillet 2022 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a prolongé son assignation à résidence pour une durée de six mois.
2. Aux termes de l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut autoriser l'étranger qui justifie être dans l'impossibilité de quitter le territoire français ou ne pouvoir ni regagner son pays d'origine ni se rendre dans aucun autre pays, à se maintenir provisoirement sur le territoire en l'assignant à résidence jusqu'à ce qu'existe une perspective raisonnable d'exécution de son obligation, dans les cas suivants : 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé () ".
3. Par l'arrêté attaqué, le préfet de la Seine-Maritime a prolongé l'assignation à résidence de Mme B pour une durée de six mois sur le fondement des dispositions précitées du 1°) de l'article L. 731-3 afin de mettre à exécution d'office l'arrêté du 21 janvier 2022 portant obligation de quitter le territoire français sans délai que la requérante n'a pas spontanément exécuté. Pour prononcer cette prolongation d'assignation à résidence, le préfet a relevé, d'une part, que " dans l'attente de la reconnaissance consulaire de l'intéressée afin de demander un vol à destination de nigériane (sic), le départ de l'intéressée n'a pu être effectué durant la première période d'assignation à résidence mais reste une perspective raisonnable " et, d'autre part, que " l'exécution de la mesure d'éloignement () demeurant une perspective raisonnable, il est convenu de prolonger pour une durée de six mois, l'assignation à résidence de l'intéressé en application de l'article L. 732-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ".
4. Toutefois, si les dispositions de l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoient la possibilité d'une assignation à résidence, pour une durée maximale de six mois, d'un étranger ayant fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sans délai ou dont le délai de départ volontaire a expiré, c'est à la condition qu'existe une impossibilité de quitter le territoire ou de regagner un autre pays, auquel cas le préfet peut autoriser l'étranger à se maintenir provisoirement sur le territoire français en raison de l'absence de perspective raisonnable d'exécution de l'obligation de quitter le territoire français.
5. En l'espèce, ainsi qu'il a été indiqué au point n°3, le préfet de la Seine-Maritime indique dans la décision attaquée que l'éloignement de Mme B demeure une perspective raisonnable, ce qui ne permet pas de fonder légalement la décision prise sur le 1° de l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que le préfet de la Seine-Maritime a méconnu le champ d'application des dispositions de l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La requérante est dès lors fondée à solliciter l'annulation de l'arrêté du 19 juillet 2022 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a prolongé son assignation à résidence pour une nouvelle durée de six mois dans les communes de la circonscription de la sécurité publique de Rouen.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
7. Le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Les conclusions à fin d'injonction sous astreinte doivent, par suite, être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
8. Mme B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocate peut se prévaloir de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique susvisée. Dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me A renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, il y a lieu de mettre à la charge de l'État le versement à cette avocate d'une somme de 960 euros.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du préfet de la Seine-Maritime du 19 juillet 2022 est annulé.
Article 2 : L'État versera à Mme A la somme de 960 euros en application du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que Me A renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme C, à Me Magali A et au préfet de la Seine-Maritime.
Délibéré après l'audience du 10 novembre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Gaillard, présidente ;
M. Bouvet, premier conseiller ;
M. Mulot, premier conseiller ;
Assistés de Mme Hussein, greffière.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 1er décembre 2022.
Le rapporteur,
signé
C. BOUVET
La présidente,
signé
A. GAILLARD
La greffière,
signé
A. HUSSEIN
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
POUR EXPEDITION
CONFORME
La Greffière
C. PINHEIRO RODRIGUES
N°2203067
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026