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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2203072

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2203072

mardi 31 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2203072
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4 ème Chambre
Avocat requérantMARY-INQUIMBERT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 22 juillet 2022, Mme A C, représentée par Me Mary, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 25 mai 2022 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant son pays de destination ;

2°) à titre subsidiaire, de désigner avant dire droit un expert judiciaire ;

3°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour, dans un délai de trente jours à compter du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à la SELARL Mary et Inquimbert en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision de refus de titre de séjour est entachée d'un vice de procédure dès lors que le préfet vise un avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) qu'il ne produit pas ;

- la décision est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; subsidiairement, eu égard à la contradiction entre les avis successifs de l'OFII, un expert doit être désigné aux fins de déterminer si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour elle des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si elle pourra bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine ;

- la décision méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'un vice de procédure, dès lors que le préfet vise un avis du collège de médecins de l'OFII qu'il ne produit pas ;

- elle est dépourvue de base légale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;

- elle méconnaît le 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; subsidiairement, eu égard à la contradiction entre les avis successifs de l'OFII, un expert doit être désigné ;

- la décision méconnaît l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision fixant le pays de destination a été prise en méconnaissance du principe général du droit de l'Union européenne relatif au droit des intéressés à faire valoir leurs observations avant toute mesure défavorable ;

- elle est dépourvue de base légale du fait de l'illégalité des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 septembre 2022, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête au motif qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 22 juin 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- et les observations de Me Inquimbert substituant Me Mary, représentant Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante congolaise née le 3 juin 1986 à Kinshasa, déclare être entrée en France le 22 octobre 2016. L'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) a rejeté sa demande d'asile par une décision du 5 juillet 2017, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 23 février 2018. Le 21 octobre 2021, Mme C a demandé son admission au séjour pour raisons de santé ainsi que sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par l'arrêté attaqué du 25 mai 2022, le préfet de la Seine-Maritime a rejeté cette demande, a obligé la requérante à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être renvoyée à l'expiration de ce délai.

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, le préfet produit en défense l'avis émis le 4 avril 2022 par le collège de médecins de l'OFII. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué, qui vise les textes dont il fait application, expose de manière suffisamment précise la situation personnelle et administrative de Mme C et indique les raisons pour lesquelles le préfet a décidé de refuser de lui délivrer un titre de séjour. L'arrêté énonçant les considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde pour permettre à la requérante de comprendre les motifs de la décision de refus de séjour, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit par suite être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. / () ".

5. Mme C, qui souffre d'hyperthyroïdie, fait valoir que son état de santé ne peut être pris en charge dans son pays d'origine et se prévaut à cet égard d'un précédent avis du collège des médecins de l'OFII du 11 mars 2019 selon lequel elle ne pourrait pas bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Toutefois, ni cet avis qui précisait au demeurant que les soins requis par son état de santé ne devaient être poursuivis que pour une durée limitée de neuf mois, ni les certificats médicaux versés au dossier qui se bornent à faire état de la pathologie dont souffre la requérante et de la nécessité d'un suivi médical, ne sont de nature à remettre en cause le sens de l'avis du collège des médecins de l'OFII du 4 avril 2022, au vu duquel le préfet a pris sa décision, selon lequel Mme C, dont le défaut de prise en charge de son état de santé pourrait entraîner pour elle des conséquences d'une exceptionnelle gravité, peut toutefois bénéficier d'un traitement approprié dans son pays et voyager sans risque vers son pays d'origine. Ainsi, et sans qu'il soit besoin d'ordonner l'expertise sollicitée, le préfet a pu, sans méconnaître l'article 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, refuser à la requérante la délivrance d'un titre de séjour sur ce fondement. Par suite, ce moyen doit être écarté.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale " ".

7. Il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme C justifie de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels au sens des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ce moyen doit, par suite, être écarté.

8. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

9. Mme C se prévaut de sa présence en France depuis 2016, et de celles de ses oncles et tantes et fait valoir qu'elle réside avec son compagnon et leur fille, scolarisée en France depuis cinq années. Toutefois, Mme C ne démontre pas qu'elle ne pourra pas, avec son compagnon, compatriote en situation irrégulière et qui a déjà fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement, reconstituer sa cellule familiale dans son pays d'origine, ni que sa fille ne pourrait pas y être scolarisée. En outre, l'engagement associatif de Mme C n'est pas suffisant pour caractériser, bien qu'elle réside en France depuis six ans, son insertion sociale et professionnelle en France. Les attestations versées au dossier ne sont pas davantage de nature à établir que Mme C aurait fixé le centre de ses intérêts privés en France. Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier, ainsi qu'il a été dit au point 5 du présent jugement, que Mme C ne pourrait pas bénéficier dans son pays d'origine d'une prise en charge appropriée à son état de santé. Dans ces conditions, le préfet n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté.

10. En dernier lieu, il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation de la situation personnelle de la requérante.

11. Il résulte de ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision de refus de titre de séjour.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

12. En premier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 2 du présent jugement, le moyen tiré du vice de procédure tenant à l'absence de production de l'avis du collège de médecins de l'OFII doit être écarté.

13. En deuxième lieu, il résulte de ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à exciper de l'illégalité de la décision lui refusant un titre de séjour au soutien de ses conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire.

14. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () / 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié () ".

15. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 5 du présent jugement, le préfet n'a pas méconnu les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, et sans qu'il soit besoin d'ordonner la mesure d'instruction sollicitée, ce moyen doit être écarté.

16. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 9 du présent jugement, les moyens tirés de l'erreur manifeste d'appréciation et de la méconnaissance de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés.

17. Il résulte de ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français.

Sur la décision fixant le pays de destination :

18. En premier lieu, Mme C, qui a déposé une demande de titre de séjour, ne pouvait ignorer qu'un refus pris sur sa demande l'exposerait à une mesure d'éloignement assortie d'une décision fixant son pays de destination. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que la requérante aurait été privée de la possibilité d'apporter à l'administration, pendant l'instruction de sa demande, toutes les précisions qu'elle jugeait utiles tant au regard de son droit au séjour qu'au regard des conséquences d'un éventuel éloignement du territoire français. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de son droit d'être entendue, tel qu'il est garanti par le principe général du droit de l'Union européenne, doit être écarté.

19. En deuxième lieu, le moyen tiré de l'illégalité du refus de titre est inopérant et il résulte de ce qui a été dit aux points 12 à 16 que le moyen tiré de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écarté.

20. En troisième lieu, en se bornant à soutenir qu'elle risque pour sa vie en cas de retour dans son pays, Mme C, qui n'apporte aucun élément à l'appui de ses allégations, n'établit pas être exposée à un risque de traitements contraires à l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, le moyen tiré de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

21. En dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement.

22. Il résulte de tout ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 25 mai 2022 du préfet de la Seine-Maritime. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles relatives aux frais de l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C, à la SELARL Mary et Inquimbert et au préfet de la Seine-Maritime.

Délibéré après l'audience du 10 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

- Mme Boyer, présidente,

- M. Guiral, conseiller,

- Mme Boucetta, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 janvier 2023.

La rapporteure,

H. B

La présidente,

C. BOYER Le greffier,

J.-L. MICHEL

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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