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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2203116

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2203116

jeudi 26 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2203116
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2 ème Chambre
Avocat requérantSEL ABDEL ALOUANI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 27 juillet et 20 octobre 2022, M. C, représenté par Me Alouani, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 2 juin 2022 par lequel le préfet de la Seine-Maritime lui a refusé un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire dans un délai de trente jours et lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision portant refus de titre de séjour a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est illégale en l'absence d'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français a été abrogée par le récépissé qui lui a été délivré le 7 juin 2022 ;

- à titre subsidiaire, cette décision a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et d'une erreur de fait.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 août 2022, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 6 juillet 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme B a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant nigérian, entré sur le territoire français le 23 août 2015, a effectué une demande d'asile le 28 juillet 2016. Sa demande a cependant été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 29 mai 2017 confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 5 février 2018. M. C s'est alors vu notifier un refus de titre de séjour ainsi qu'une obligation de quitter le territoire français en date du 9 mars 2018. Il a sollicité une nouvelle fois son admission au séjour au titre de l'asile, rejetée par une décision du 27 avril 2018 de l'OFPRA, confirmée par une décision de la CNDA du 9 novembre 2018. M. C a alors formulé une nouvelle demande de titre de séjour en raison de son état de santé le 19 janvier 2021. Le 15 février 2021, il a été interpelé par les services de police de Lille et a fait l'objet d'un arrêté l'obligeant à quitter le territoire français le même jour. Par un jugement du 12 avril 2021, le tribunal administratif de Lille a annulé cet arrêté. Par un arrêté du 2 juin 2022, le préfet de la Seine-Maritime a pris à l'encontre de M. C une décision portant refus de titre de séjour, l'obligeant à quitter le territoire dans un délai de trente jours et lui interdisant de retourner sur le territoire français pour une durée d'un an. C'est cette décision dont l'intéressé demande l'annulation.

Sur le non-lieu à statuer :

2. Il ressort des pièces du dossier qu'un récépissé valant autorisation provisoire de séjour a été délivré le 7 juin 2022 à M. C, dans l'attente de l'instruction de sa demande, valable jusqu'au 6 septembre 2022. Cette décision, intervenue postérieurement à l'arrêté en litige, a eu pour effet d'abroger l'arrêté du 2 juin 2022 en tant qu'il faisait obligation à M. C de quitter le territoire français et en tant qu'il lui faisait interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an, impliquant la suppression du signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen dans les conditions prévues à l'article 7 du décret n° 2010-569 du 28 mai 2010. Par suite, les conclusions de la requête de M. C tendant à l'annulation de cet arrêté en tant qu'il lui fait obligation de quitter le territoire français et en tant qu'il lui fait interdiction de retour sur le territoire français sont devenues sans objet. Il n'y a, dès lors, pas lieu d'y statuer.

Sur le surplus des conclusions de M. C :

3. En premier lieu, il ressort de l'arrêté contesté que celui-ci a été signé par Mme Béatrice Steffan, secrétaire générale de la préfecture de la Seine-Maritime, qui bénéficie d'une délégation de signature par un arrêté du préfet de la Seine-Maritime du 1er avril 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs le même jour. Cette délégation de signature lui permet de signer l'ensemble des décisions attaquées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté doit être écarté.

4. Aux termes des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () ". Aux termes des dispositions de l'article R. 425-11 du même code : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. () ".

5. Il ressort des pièces du dossier que le préfet a saisi une première fois le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) qui a rendu un avis le 2 juin 2021 ainsi qu'une seconde fois, avec un avis rendu le 4 octobre 2021. Par suite, M. C n'est pas fondé à soutenir que la décision serait entachée d'un vice de procédure du fait du défaut de saisine du collège des médecins de l'OFII.

6. Par ailleurs, s'il ressort des pièces du dossier que dans son premier avis, le collège des médecins de l'OFII énonçait que l'état de santé de M. C nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entrainer des conséquences d'une extrême gravité, et que les soins devaient être poursuivis pendant une durée de six mois en France, dans son deuxième avis rendu le 4 octobre 2021, le collège des médecins de l'OFII a estimé que même si l'état de santé de l'intéressé nécessite une prise en charge médicale, les soins nécessaires pouvaient être procurés au Nigeria.

7. Si le requérant soutient que le préfet n'aurait pas dû saisir le collège des médecins de l'OFII une seconde fois, durant le délai de six mois, il ne résulte pas des dispositions précitées que le préfet ne puisse, dans le but de ré-instruire le dossier à l'issue du délai posé par l'avis de l'OFII, saisir une nouvelle fois le collège des médecins. En outre, il ne ressort pas de l'arrêté attaqué que le préfet se soit cru lié par le deuxième avis du collège des médecins de l'OFII.

8. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration allant dans le sens de ses dires doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.

9. Il ressort des pièces du dossier, que l'état de santé de M. C nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité mais que l'intéressé peut bénéficier d'un traitement approprié au Nigéria. A cet égard, M. C ne produit aucune pièce de nature à démontrer que les soins dont il doit bénéficier ne sont pas disponibles au Nigéria. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait méconnu les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en refusant de lui délivrer un titre de séjour. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision sur la situation de M. C.

10. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 2 juin 2022 refusant son admission au séjour. Ses conclusions aux fins d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées par voie de conséquence.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête de M. C à fin d'annulation des décisions du 2 juin 2022 portant obligation de quitter le territoire français et interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D F C, à Me Alouani, au préfet de la Seine-Maritime et à l'Office français de l'immigration de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 15 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Bailly, présidente,

Mme E et Mme A, conseillères,

Assistées de Mme Hussein, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 janvier 2023.

La présidente-rapporteure,

P. B

L'assesseure la plus ancienne

D. ELa greffière,

A. Hussein

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

ah

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