jeudi 11 août 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2203184 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Juge Unique |
| Avocat requérant | MARY-INQUIMBERT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 2 août 2022, M. D, représenté par la SELARL Mary et Inquimbert, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 7 juillet 2022 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a ordonné son transfert en Bulgarie ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime d'enregistrer sa demande d'asile sans délai à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 500 euros en application du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient que la décision de transfert :
- a été prise sans qu'il soit établi qu'il a été identifié comme demandeur d'asile en Bulgarie ni que le relevé de ses empreintes digitales a été transmis au système central " Eurodac " dans les 72 heures suivant l'introduction de sa demande d'asile dans cet Etat, en méconnaissance de l'article 9 du règlement n° 603/2013 ;
- a été prise sans qu'il soit établi que son accord a été demandé pour le recueil de ses empreintes digitales ni qu'il a bénéficié des garanties prévues à l'article 29 du règlement n° 603/2013 du 26 juin 2013 ;
- a été prise sans qu'il soit établi que les autorités italiennes et françaises ont diligenté un expert en empreintes digitales pour les vérifier, en méconnaissance du point 21 de l'exposé des motifs du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;
- méconnaît l'article 4 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;
- méconnaît l'article 5 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;
- a été prise en méconnaissance de son droit d'être entendu, qui relève des droits de la défense figurant au nombre des principes généraux du droit de l'Union Européenne ;
- a été prise sans que soit apportée la preuve de la saisine et de la réponse de l'Etat requis ;
- méconnaît le 2 de l'article 3 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013
- méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- méconnaît les stipulations de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- méconnaît l'article 17 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 août 2022, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
Vu :
- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné M. C comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers visées aux chapitres VI, VII, VII bis, VII ter du titre VII du livre VII de la partie réglementaire du code de justice administrative ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le règlement (UE) n° 603/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique du 9 août 2022, après la présentation du rapport, ont été entendues :
- les observations de Me Vercoustre, pour M. B, qui reprend les conclusions et moyens de la requête et précise que le requérant a été détenu pendant quinze jours à son arrivée en Bulgarie, dans des conditions portant atteinte à sa dignité et à son intégrité physique, avant d'être contraint de quitter le pays ;
- et les observations de M. B, assisté de M. A, interprète.
La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience, en application de l'article R 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
Sur l'aide juridictionnelle :
1. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu, en application de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, d'admettre provisoirement M. B à l'aide juridictionnelle.
Sur le transfert :
2. En premier lieu, le dépassement du délai de transmission des empreintes digitales d'un demandeur d'asile au système central de l'application EURODAC ne fait pas obstacle, par lui-même, à l'intervention d'une décision de transfert à l'encontre de ce demandeur, lorsque cette demande relève de la responsabilité d'un autre Etat membre. Dès lors, la circonstance, au demeurant non établie, que les empreintes digitales de M. B n'auraient été transmises au système central qu'après l'expiration du délai prévu par les dispositions de l'article 9 du règlement n° 603/2013 du 26 juin 2013, est sans incidence sur la légalité de la décision de transfert en litige.
3. En deuxième lieu, en vertu de l'article 29 du règlement (UE) n° 603/2013, toute personne dont les empreintes digitales ont fait l'objet d'un relevé aux fins d'enregistrement dans le système EURODAC bénéficie, de la part des autorités de l'État ayant procédé à ce relevé, d'une information relative notamment à l'identité du responsable du traitement de ces données ou de son représentant, à la raison pour laquelle ces données vont être traitées par le système EURODAC, aux destinataires de celles-ci, à l'obligation d'accepter que ses empreintes digitales soient relevées, enfin, à l'existence d'un droit d'accès et d'un droit de rectification. Toutefois, ce droit à information ayant pour seul objet et pour effet de permettre d'assurer la protection effective des données personnelles des demandeurs d'asile concernés, son éventuelle méconnaissance est, par elle-même, dépourvue d'incidence tant sur la légalité de la décision prescrivant le transfert d'un demandeur d'asile vers l'État responsable de l'examen de sa demande que sur la régularité de la procédure préalable à l'édiction d'une telle décision. Au demeurant, le requérant ne conteste aucune des informations issues de la comparaison de ses empreintes digitales avec les données contenues dans cette base de données et ne conteste pas, en particulier, avoir fait une demande d'asile en Bulgarie. Par suite, le moyen tiré tant de ce que le requérant n'aurait pas été rendu destinataire d'une telle information, que de ce que son accord n'aurait pas été recueilli pour le relevé de ses empreintes digitales, doit être écarté comme inopérant.
4. En troisième lieu, les points ou considérants composant l'exposé des motifs d'un règlement des institutions de l'Union européenne sont dépourvus de valeur juridique. Par suite, M. B ne peut utilement se prévaloir, à supposer cette circonstance établie, de ce que les autorités italiennes et françaises n'auraient pas diligenté un expert en empreintes digitales afin de vérifier le relevé de ses empreintes, en méconnaissance du point 21 de l'exposé des motifs du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013.
5. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier, notamment de l'attestation de remise signée le 25 mai 2022, que le requérant a pris connaissance des deux documents relatifs à la mise en œuvre du règlement Eurodac II, de la brochure A " Information sur la demande d'asile et le relevé d'empreintes " et de la brochure B " Information sur la procédure Dublin " ainsi que le guide du demandeur d'asile. Ces livrets étaient rédigés en langue pachto -que l'intéressé a déclaré comprendre. Par suite, le moyen tiré de ce que M. B n'aurait pas reçu les informations prévues par l'article 4 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 manque en fait.
6. En cinquième lieu, il apparaît, à la lecture du compte rendu produit, que M. B a bénéficié d'un entretien individuel dans une langue qu'il a déclaré comprendre, dans des conditions garantissant la confidentialité et mené par un agent qualifié de la préfecture de la Seine-Maritime. Les services de cette préfecture, et en particulier les agents recevant les demandeurs d'asile, doivent être regardés, en l'absence de tout élément contraire versé au dossier, comme ayant la qualité de personne qualifiée en vertu du droit national pour mener l'entretien. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 5 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 doit être écarté dans toutes ses branches. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu, qui relève des droits de la défense figurant au nombre des principes généraux du droit de l'Union européenne, doit être écarté.
7. En sixième lieu, le préfet de la Seine-Maritime justifie de la saisine, le 13 juin 2022, des autorités bulgares, ainsi que de la décision implicite d'acceptation de la prise en charge de M. B. Par suite, le moyen tiré d'un vice de procédure à cet égard manque en fait et doit être écarté.
8. En septième lieu, eu égard au niveau de protection des libertés et des droits fondamentaux dans les Etats membres de l'Union européenne, lorsque la demande de protection internationale a été introduite dans un Etat autre que la France, que cet Etat a accepté de prendre ou de reprendre en charge le demandeur et en l'absence de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet Etat membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entrainent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, les craintes dont le demandeur fait état quant au défaut de protection dans cet Etat membre doivent en principe être présumées non fondées, sauf à ce que l'intéressé apporte, par tout moyen, la preuve contraire.
9. En l'espèce, M. B soutient qu'il existe des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs en Bulgarie. Il se borne cependant à se prévaloir, à cet égard, de jugements rendus par la juridiction administrative, dans des espèces similaires, sans faire lui-même état ni d'aucun élément général relatif à la situation des demandeurs d'asile en Bulgarie ni d'aucun élément suffisamment précis et circonstancié quant à sa situation personnelle lors de son séjour dans cet Etat. S'il se prévaut de violences et de mauvais traitements qu'il aurait subis lors de son placement en détention et de ce qu'il aurait été contraint de quitter le Bulgarie à l'issue de celle-ci, il ressort toutefois des pièces du dossier que M. B n'a pas seulement transité par la Bulgarie, où il a également déposé une demande d'asile, qui a été enregistrée le 18 avril 2022. Il ne fait état, à cet égard, d'aucun élément permettant de présumer que sa demande de protection internationale ne sera pas traitée dans des conditions satisfaisant aux exigences du droit d'asile, ni qu'il serait privé, le cas échéant, de ses droits à exercer les recours prévus par la législation bulgare contre le refus d'asile ou contre toute mesure d'éloignement. Ainsi, par les éléments qu'il apporte, M. B ne justifie pas suffisamment qu'il pourrait exister, en Bulgarie, des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du 2 de l'article 3 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 et, pour les mêmes motifs, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, doivent être écartés.
10. En huitième lieu, M. B ne fait état d'aucun élément relatif à sa situation personnelle sur le territoire français qui serait de nature à justifier que la France soit désignée, à titre exceptionnel, comme responsable de l'examen de sa demande de protection internationale. Par suite, en n'ayant pas fait usage de la clause dite discrétionnaire que lui offrent les dispositions du 1 de l'article 17 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013, le préfet n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.
11. En dernier lieu, pour les motifs qui précèdent, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision litigieuse sur la situation personnelle du requérant doit être écarté.
12. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 7 juillet 2022 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a ordonné son transfert vers la Bulgarie. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des frais liés à l'instance doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : M. B est admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : La requête de M. B est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B, à la SELARL Mary et Inquimbert et au préfet de la Seine-Maritime.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 août 202Le magistrat désigné,
A. C
La greffière,
S. DANET
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026