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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2203194

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2203194

jeudi 26 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2203194
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3 ème Chambre
Avocat requérantMARY-INQUIMBERT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 2 aout 2022, Mme C A, représentée par la SELARL Mary et Inquimbert, demande au tribunal :

1) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté en date du 24 mai 2022 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer l'autorisation provisoire de séjour prévue à l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

2) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer une carte de séjour pluriannuelle dans un délai de trente jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de cent euros par jour de retard ;

3) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

S'agissant de la décision de refus de titre de séjour :

- cette décision est insuffisamment motivée ;

- il appartient au préfet de justifier qu'il a recueilli l'avis du collège de médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration ;

- la décision méconnait les dispositions de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle porte atteinte aux stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales

- elle porte atteinte à l'intérêt supérieur de l'enfant, garanti par les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 24 de la même convention ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;

S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :

- cette décision est insuffisamment motivée ;

- il appartient au préfet de justifier qu'il a recueilli l'avis du collège de médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité dont est elle-même entachée la décision de refus de titre de séjour ;

- la décision méconnait les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle porte atteinte aux stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales

- elle porte atteinte à l'intérêt supérieur de l'enfant, garanti par les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 24 de la même convention ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;

S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :

- cette décision est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité dont sont elles-mêmes entachées la décision de refus de titre de séjour et l'obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 octobre 2022, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 6 juillet 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale des droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 et le décret n°2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Mulot, premier conseiller ;

- et les observations de Me Inquimbert, avocate de Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C A, ressortissante mauricienne, née en 1997, est entrée en France le 14 janvier 2020 munie d'un visa de court séjour. Elle a donné naissance le 18 février 2020 à Pierre-Bénite (Rhône) à une jeune fille prénommée B. Le 30 septembre 2020, elle a déposé auprès des services de la préfecture de la Seine-Maritime une demande de délivrance de l'autorisation provisoire de séjour prévue par les dispositions de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, compte-tenu de l'état de santé de sa fille. Par l'arrêté attaqué, le préfet de la Seine-Maritime a rejeté cette demande et assorti son refus d'une obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours.

Sur le moyen de forme commun aux trois décisions attaquées :

2. Aux termes des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, les mesures de police doivent être motivées et " comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Il résulte, en outre, des dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que la décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée mais qu'elle n'a pas, lorsqu'elle assortit un refus de délivrance de titre de séjour, à faire l'objet d'une motivation spécifique.

3. Il ressort des pièces du dossier que la décision de refus de titre de séjour attaquée comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. En outre, il résulte des dispositions précitées que l'obligation de quitter le territoire français qui assortit cette décision n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte. Enfin, la décision fixant la république de Maurice comme pays de renvoi comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement.

Sur la décision de refus de délivrance d'une autorisation provisoire de séjour :

4. En premier lieu, le dernier alinéa de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que l'autorisation provisoire de séjour qu'instaurent ces dispositions est délivré " après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ". Le préfet de la Seine-Maritime justifie avoir recueilli l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, émis lors de sa séance du 3 mai 2021. Par suite, le moyen tiré de ce que cet avis n'aurait pas été recueilli manque en fait.

5. En deuxième lieu, il résulte de la combinaison des dispositions des articles L. 425-9 et L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que les parents étrangers d'un enfant mineur résidant habituellement en France dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voient délivrer, sous réserve qu'ils justifient résider habituellement en France avec lui et subvenir à son entretien et à son éducation, une autorisation provisoire de séjour d'une durée maximale de six mois.

6. Dans ce cadre, la partie qui justifie d'un avis du collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration allant dans le sens de ses dires doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.

7. Il ressort des pièces du dossier que la jeune B a fait l'objet d'examens médicaux destinés à mettre en évidence une dysplasie congénitale. Dans son avis du 3 mai 2021 dont le préfet de la Seine-Maritime s'est approprié les conclusions, le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a estimé que l'état de santé de cette enfant nécessitait une prise en charge médicale mais que le défaut de traitement ne devrait pas entrainer de conséquences d'une exceptionnelle gravité. Le seul document médical produit par Mme A est un compte rendu d'examen radiographique lacunaire établi par un radiologue du groupe hospitalier du Havre se bornant à faire état d'une suspicion et de la nécessité de recueillir un avis spécialisé. Elle se borne dans ses écritures à des affirmations non étayées quant à la nécessité d'un suivi et quant aux séquelles qu'elle pourrait potentiellement conserver, sans apporter le moindre commencement de démonstration. Par suite, elle n'est pas fondée à soutenir que la décision refusant de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour méconnaitrait les dispositions de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

8. En troisième lieu, d'une part, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".

9. D'autre part, aux termes de l'article 3 de la convention de New-York relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

10. A l'appui de ce moyen, Mme A se prévaut de la présence en France de plusieurs membres de sa famille, sa mère et son oncle, lequel dispose d'une carte de résident et qui l'a hébergée un temps. Toutefois, ainsi qu'il a été exposé, la présence de Mme A en France est très récente, elle est célibataire, elle n'établit pas le caractère régulier du séjour de sa mère et elle a conservé des attaches dans son pays d'origine où résident son père et ses deux sœurs, sans que les relations dégradées dont elle fait état ne soient établies. Elle ne peut, dès lors, être regardée comme ayant en France le centre des ses intérêts privés et familiaux et aucune circonstance ne fait obstacle à ce que la cellule familiale qu'elle compose avec sa fille se reconstitue en république de Maurice. Par suite, elle n'est pas fondée à se prévaloir des stipulations citées aux deux points précédents du présent jugement.

11. En quatrième lieu, Mme A ne peut utilement se prévaloir des stipulations du 1. de l'article 24 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, qui ne produisent aucun effet direct à l'égard des particuliers.

12. En dernier lieu, outre ce qui a été exposé précédemment, il ressort certes des pièces du dossier que Mme A a noué quelques relations personnelles en France mais elle ne justifie d'aucune intégration professionnelle ni d'aucune formation et elle est hébergée. Il n'apparait pas que la décision attaquée serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressée.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

13. En premier lieu, les moyens dirigés contre la décision de refus de séjour ont tous été écartés. Dès lors, l'exception d'illégalité de cette décision soulevée à l'appui des conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas fondée et doit ainsi être écartée.

14. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux mentionnés aux points 4 à 12 du présent jugement, les moyens tirés de ce que la décision obligeant Mme A à quitter le territoire français aurait été prise au terme d'une procédure irrégulière, méconnaitrait les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, celles des articles 3.1 et 24 de la convention de New York relative aux droits de l'enfant et qu'elle serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

15. En premier lieu, les moyens dirigés contre la décision de refus de séjour et l'obligation de quitter le territoire français ont tous été écartés. Dès lors, l'exception d'illégalité de ces décisions soulevée à l'appui des conclusions dirigées contre la décision fixant le pays à destination duquel Mme A pourra être éloignée, ne peut qu'être écartée.

16. En second lieu, le moyen tiré de ce que la décision serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ne peut, en tout état de cause, qu'être écarté comme infondé pour les mêmes motifs que ceux précédemment exposés.

17. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de Mme A tendant à l'annulation de l'arrêté attaqué doivent être rejetées. Ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte doivent être rejetées par voie de conséquence. Les conclusions de son avocat tendant à l'octroi de frais d'instance doivent également être rejetées, l'Etat n'étant pas la partie perdante.

D E C I D E :

Article 1er:La requête de Mme A est rejetée.

Article 2:Le présent jugement sera notifié à Mme C A, à la SELARL Mary et Inquimbert et au préfet de la Seine-Maritime.

Délibéré après l'audience du 5 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Gaillard, présidente,

MM. Leduc et Mulot, premiers conseillers,

Assistés de Mme Hussein, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 janvier 2023.

Le rapporteur,

Robin Mulot

La présidente,

Anne Gaillard

La greffière,

Amélie Hussein

La République mande et ordonne au préfet de la région Normandie, préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2203194

ah

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