vendredi 4 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2203216 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4 ème Chambre |
| Avocat requérant | AIT-TALEB |
Vu les procédures suivantes :
I.- Par une requête et deux mémoires, enregistrés les 4 août 2022 et les 28 juillet et 22 octobre 2023, sous le n° 2203216, M. C A, représenté par Me Aït-Taleb, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision du 21 juillet 2022 par laquelle le directeur général de l'agence régionale de santé de Normandie a suspendu son droit d'exercer la profession de chirurgien-dentiste pour une durée de cinq mois ;
2°) de mettre à la charge de l'agence régionale de santé de Normandie une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- il n'entend pas se désister des conclusions de sa requête ;
- il y a toujours lieu de statuer sur lesdites conclusions, dès lors que, même si la décision attaquée a été entièrement exécutée, elle n'a pas été retirée, ni abrogée ;
- la décision attaquée est entachée d'illégalité dès lors qu'elle fait suite à une perquisition réalisée sans aucune autorisation et en violation de la loi ;
- elle est entachée d'une " erreur manifeste d'appréciation " dès lors que, ayant procédé aux rectifications nécessaires, il justifie de conditions d'exercice conformes à la réglementation sanitaire.
Par deux mémoires en défense enregistrés les 2 juin et 6 octobre 2023, l'agence régionale de santé de Normandie, représentée par son directeur général, doit être regardée comme concluant à titre principal, au non-lieu à statuer sur la requête et à titre subsidiaire, à son rejet.
Elle soutient que :
- à titre principal, la requête est devenue dépourvue d'objet dès lors d'une part, que la mesure de suspension en litige a pris fin, et d'autre part, que, par une décision du 20 avril 2023, la chambre disciplinaire nationale a radié M. A du tableau de l'ordre ;
- à titre subsidiaire, aucun de ses moyens n'est fondé.
II.- Par une requête et deux mémoires, enregistrés les 20 octobre 2022 et les 28 juillet et 8 août 2023, sous le n° 2204247, M. C A, représenté par Me Aït-Taleb, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 18 août 2022 par laquelle le directeur général de l'agence régionale de santé de Normandie l'a mis en demeure de procéder à l'information de ses patients pris en charge entre juillet 2019 et juillet 2022 quant aux risques infectieux liés aux virus des hépatites B et C et au virus de l'immunodéficience humaine ;
2°) de mettre à la charge de l'agence régionale de santé de Normandie une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- il y a toujours lieu de statuer sur lesdites conclusions, dès lors que la décision attaquée n'a pas été retirée, ni abrogée ;
- sa requête est recevable, dès lors que la décision attaquée n'a pas de caractère confirmatif ;
- la décision attaquée a été signée par une personne ne disposant pas d'une délégation de signature régulièrement publiée ;
- elle est intervenue au terme d'une procédure irrégulière dès lors qu'il n'a pas été mis à même de présenter ses observations, ni d'être assisté d'un conseil, en méconnaissance de l'article L. 1435-7-1 du code de la santé publique ;
- elle est entachée d'illégalité dès lors qu'elle fait suite à une perquisition réalisée sans aucune autorisation et en violation de la loi ;
- elle est entachée d'une " erreur manifeste d'appréciation " dès lors que, ayant procédé aux rectifications nécessaires, il justifie de conditions d'exercice conformes à la réglementation sanitaire.
Par deux mémoires en défense enregistrés les 22 juin et 2 août 2023, l'agence régionale de santé de Normandie, représentée par la SELARL Ekis Avocats, conclut à titre principal, au non-lieu à statuer sur la requête, à titre subsidiaire, à son rejet pour irrecevabilité, à titre infiniment subsidiaire, comme non fondée, et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de M. A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- à titre principal, la requête est devenue dépourvue d'objet dès lors que la décision attaquée a été entièrement exécutée ;
- à titre subsidiaire, elle est irrecevable dès lors qu'elle est dirigée contre une décision confirmative ;
- à titre infiniment subsidiaire, aucun de ses moyens n'est fondé.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code de procédure pénale ;
- le code de la santé publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Cotraud, premier conseiller,
- les conclusions de Mme Delacour, rapporteure publique,
- et les observations de Me Le Velly, représentant l'agence régionale de santé de Normandie dans l'instance n° 22042247.
M. A n'était pas présent, ni représenté, de même que l'agence régionale de santé de Normandie dans l'instance n° 2203216.
Considérant ce qui suit :
1. Les requêtes nos 2203216 et 2204247, qui concernent la situation d'un même praticien, présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a donc lieu de les joindre pour statuer par un même jugement.
2. Ayant constaté, le 12 juillet 2022, lors d'une perquisition du cabinet dentaire de M. C A, alors chirurgien-dentiste, à laquelle il assistait, des conditions d'asepsie et d'hygiène incompatibles avec l'exercice de cette profession, le président du conseil départemental de l'ordre des chirurgiens-dentistes de la Seine-Maritime a sollicité, le 15 juillet 2022, la suspension du droit de l'intéressé d'exercer cette profession. Par une décision du 21 juillet 2022, contestée dans l'instance n° 2203216, le directeur général de l'agence régionale de santé de Normandie a fait droit à cette demande et suspendu le droit de M. A d'exercer la profession de chirurgien-dentiste pour une durée de cinq mois, à compter du 22 juillet 2022. Par un courrier du 2 août 2022, le directeur général de l'agence régionale de santé a demandé à M. A, compte tenu des manquements précités, de lui faire connaître avant le 9 août 2022 les modalités selon lesquelles il entendait informer ses patients sur le risque infectieux liés aux virus des hépatites B et C et du virus de l'immunodéficience humaine. Faute pour M. A d'avoir déféré à cette demande et par une décision du 18 août 2022, contestée dans l'instance n° 2204247, le directeur général de l'agence régionale de santé l'a mis en demeure de procéder à cette information. Par une décision du 20 avril 2023, la chambre disciplinaire nationale de l'ordre des chirurgiens-dentistes a ultérieurement et en dernier lieu prononcé, à titre de sanction, la radiation de M. A du tableau de cet ordre. Par une décision n° 475266 du 27 décembre 2023, le Conseil d'Etat n'a pas admis le pourvoi de l'intéressé contre cette décision.
Sur la requête n° 2203216 :
En ce qui concerne l'exception de non-lieu à statuer :
3. Il ressort des pièces du dossier que la décision attaquée, si elle a produit tous ses effets, n'a pas été retirée, ni abrogée. Dans ces conditions, alors même que M. A a été radié du tableau de l'ordre des chirurgiens-dentistes, la requête ne peut être regardée comme ayant perdu son objet. L'exception de non-lieu à statuer opposée en défense par l'agence régionale de santé ne peut par suite qu'être écarté.
En ce qui concerne les conclusions à fin d'annulation :
4. Aux termes de l'article L. 4113-14 du code de la santé publique : " En cas d'urgence, lorsque la poursuite de son exercice par () un chirurgien-dentiste () expose ses patients à un danger grave, le directeur général de l'agence régionale de santé dont relève le lieu d'exercice du professionnel prononce la suspension immédiate du droit d'exercer pour une durée maximale de cinq mois. Il entend l'intéressé au plus tard dans un délai de trois jours suivant la décision de suspension. () / Le directeur général de l'agence régionale de santé dont relève le lieu d'exercice du professionnel peut à tout moment mettre fin à la suspension qu'il a prononcée lorsqu'il constate la cessation du danger. () ".
5. En premier lieu et d'une part, aux termes de l'article L. 4121-2 du code de la santé publique : " L'ordre des médecins, celui des chirurgiens-dentistes () veillent au maintien des principes de moralité, de probité, de compétence et de dévouement indispensables à l'exercice () de l'art dentaire () et à l'observation, par tous leurs membres, des devoirs professionnels, ainsi que des règles édictées par le code de déontologie prévu à l'article L. 4127-1. Ils contribuent à promouvoir la santé publique et la qualité des soins. / Ils assurent la défense de l'honneur et de l'indépendance () de la profession de chirurgien-dentiste (). / Ils accomplissent leur mission par l'intermédiaire des conseils et des chambres disciplinaires de l'ordre ". Aux termes de l'article R. 4127-269 du même code : " Sous réserve de l'application des articles R. 4127-210, R. 4127-247, R. 4127-248 et R. 4127-276, tout chirurgien-dentiste doit, pour exercer à titre individuel ou en association de quelque type que ce soit, bénéficier, directement ou par l'intermédiaire d'une société d'exercice ou de moyens : / 1° Du droit à la jouissance, en vertu de titres réguliers, d'un local professionnel, d'un mobilier meublant, d'un matériel technique suffisant pour recevoir et soigner les malades, et, en cas d'exécution des prothèses, d'un local distinct et d'un matériel appropriés ; () / Dans tous les cas doivent être assurées la qualité des soins, leur confidentialité et la sécurité des patients. / L'installation des moyens techniques et l'élimination des déchets provenant de l'exercice de la profession doivent répondre aux règles en vigueur concernant l'hygiène. / Il appartient au conseil départemental de contrôler si les conditions exigées pour l'exercice de l'activité professionnelle, par les dispositions des alinéas précédents, sont remplies ".
6. Ces dispositions permettent aux conseils départementaux de l'ordre des chirurgiens-dentistes d'accéder aux locaux professionnels et ne leur confèrent aucun pouvoir de contrainte matérielle, de perquisition ou de saisie.
7. D'autre part, aux termes de l'article 56-3 du code de procédure pénale : " Les perquisitions dans le cabinet d'un médecin () sont effectuées par un magistrat et en présence de la personne responsable de l'ordre ou de l'organisation professionnelle à laquelle appartient l'intéressé ou de son représentant ".
8. Il ressort des pièces du dossier, en particulier des énonciations des décisions respectives de la chambre disciplinaire de première instance, puis de la chambre disciplinaire nationale ayant statué sur la plainte formée contre M. A, et du témoignage du gendarme y ayant assisté, que les faits ayant justifié la décision attaquée ont été constatés à l'occasion d'une perquisition ordonnée par le procureur de la République près le tribunal judiciaire de Dieppe, à laquelle a assisté le président du conseil départemental de l'ordre des chirurgiens-dentistes de la Seine-Maritime, en vertu des dispositions précitées de l'article 56-3 du code de procédure pénale. M. A n'apporte à cet égard aucune contradiction sérieuse. De surcroît, indépendamment de la régularité de cette perquisition, qui ne peut être utilement critiquée devant le tribunal, le président du conseil départemental disposait, ainsi qu'il est dit au point 6, du droit d'accéder au local professionnel de M. A. Les constats qu'il a opérés et les photographies qu'il a prises l'ont en outre été, sans dissimulation aucune, au vu et au su de ce dernier. Le président du conseil départemental les a par ailleurs communiqués par courriel à l'agence régionale de santé, sans transmettre aucune pièce issue de la procédure pénale, ni ce faisant méconnaître le secret de l'enquête et de l'instruction. Dans ces conditions et alors même qu'il n'aurait pas mis en œuvre ses propres pouvoirs d'investigations, le directeur général de l'agence régionale de santé a pu légalement se fonder sur ces constatations pour prendre la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de ce qu'elle est entachée d'illégalité dès lors qu'elle fait suite à une perquisition réalisée sans aucune autorisation et en violation de la loi doit en tout état de cause être écarté.
9. En second lieu, aux termes de l'article R. 4127-202 du code de la santé publique : " Le chirurgien-dentiste, au service de l'individu et de la santé publique, exerce sa mission dans le respect de la vie et de la personne humaine ". Aux termes de l'article R. 4127-204 dudit code : " Le chirurgien-dentiste ne doit en aucun cas exercer sa profession dans des conditions susceptibles de compromettre la qualité des soins et des actes dispensés ainsi que la sécurité des patients. Il doit notamment prendre, et faire prendre par ses adjoints ou assistants, toutes dispositions propres à éviter la transmission de quelque pathologie que ce soit. () ". Aux termes de l'article R. 4127-233 du même code : " Le chirurgien-dentiste qui a accepté de donner des soins à un patient s'oblige : / 1° A lui assurer des soins éclairés et conformes aux données acquises de la science, soit personnellement, soit lorsque sa conscience le lui commande en faisant appel à un autre chirurgien-dentiste ou à un médecin ; () ".
10. Pour prendre la décision attaquée, le directeur général de l'agence régionale de santé s'est fondé sur les manquements de M. A en matière d'asepsie et d'hygiène, en raison de l'état de saleté et d'encombrement de ses locaux professionnels, des garanties insuffisantes de stérilisation de ses instruments et de ses produits, de la péremption de ces derniers et de l'absence de prise en charge spécifique aux déchets d'activités de soins à risque infectieux. Eu égard à l'argumentation exposée, M. A doit être regardé, en indiquant que cette décision est entachée d'une " erreur manifeste d'appréciation ", comme se bornant à soutenir qu'elle est fondée sur des considérations de fait matériellement inexactes.
11. D'une part, il ressort des pièces du dossier, en particulier du contrat de prestation conclu avec la société Elis Normandie et des photographies produites, que M. A justifie de la mise en œuvre d'une collecte propre aux déchets d'activités de soins à risque infectieux, dont l'agence régionale de santé ne conteste pas en défense l'effectivité. En outre, si l'agence produit des photographies d'une salle encombrée de cartons et de matériels divers, faisant office de débarras, elle ne peut être regardée comme ayant une fonction de salle de soins, à laquelle les patients auraient accès. Enfin, M. A produit de nombreuses factures établies entre 2020 et 2022 pour l'achat de produits et matériels odontologiques. La circonstance qu'ils soient stockés dans des boîtes portant mention de dates de péremption dépassées de longue date ne permet pas d'établir, à elle seule, leur caractère périmé. Dans ces conditions, de tels manquements, sur lesquels est fondé l'arrêté attaqué, ne peuvent être regardés comme établis.
12. En revanche et d'autre part, M. A ne conteste pas l'état de saleté de son cabinet lié à la présence de poussière sur les plans de travail, le système de ventilation et le scialytique. Par ailleurs, alors que le constat de la présence de taches de sang séché concernait ces mêmes éléments, l'intéressé n'y apporte aucune contradiction utile en indiquant que ces taches rouges sont liées à des projections d'eugénate, produit qui pénètre les surfaces textiles sans nettoyage possible. Enfin, la circonstance qu'il ait reçu des avis positifs de la part de ses patients, au demeurant non unanimes, et justifie de l'achat de produits d'entretien et de l'emploi d'un agent d'entretien ne sont pas de nature à contredire sérieusement les constats opérés.
13. De plus, eu égard aux termes de l'arrêté attaqué, en y indiquant que M. A aurait précisé que la stérilisation des dispositifs médicaux était assurée par sa secrétaire médicale et ne disposait pas d'assistante dentaire diplômée, le directeur général de l'agence régionale de santé n'a pas entendu se fonder sur de telles circonstances pour prononcer la mesure de suspension en litige. M. A ne peut dès lors apporter de contradiction utile sur ce point.
14. Enfin, il ressort des pièces du dossier, en particulier des photographies produites, que les instruments utilisés par M. A présentent un état de saleté et d'oxydation témoignant d'un défaut dans leur entretien. L'intéressé reconnaît par ailleurs assurer leur stérilisation selon une " méthode ancienne ". Leur stockage dans des boîtes, entreposées dans des tiroirs, ne permet en outre pas de garantir cette stérilisation. Par ailleurs, compte tenu de son encombrement et de son état de propreté insuffisant, la salle dans laquelle s'effectue cette stérilisation ne peut être regardée comme spécialement affectée à cette activité.
15. Dans ces conditions et alors en outre que M. A ne peut utilement faire état des rectifications opérées ultérieurement, les faits décrits aux points 12 à 14 doivent être regardés comme établis et constituent des manquements aux règles d'asepsie et d'hygiène en méconnaissance des obligations déontologiques rappelées au point 9 qui suffisent à eux seuls à fonder la mesure de suspension en litige. Au surplus, M. A ne conteste pas l'urgence à prendre ladite mesure, ni que les manquements en cause exposent ses patients à un danger grave. Par suite, le moyen tiré de l'" erreur manifeste d'appréciation " doit être écarté.
16. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision du 21 juillet 2022 du directeur général de l'agence régionale de santé de Normandie doivent être rejetées, de même que, par voie de conséquence, celles présentées au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
Sur la requête n° 2204247 :
En ce qui concerne l'exception de non-lieu à statuer :
17. Il ressort des pièces du dossier que la décision attaquée, si elle a produit tous ses effets, n'a pas été retirée, ni abrogée. Dans ces conditions, la requête ne peut être regardée comme ayant perdu son objet. L'exception de non-lieu à statuer opposée en défense par l'agence régionale de santé doit par suite être écarté.
En ce qui concerne la fin de non-recevoir opposée en défense :
18. Aux termes de l'article L. 1413-13 du code de la santé publique : " En cas de risques pour la santé publique ou pour la santé d'une personne dus à une anomalie survenue lors d'investigations, de traitements ou d'actions de prévention, l'autorité administrative peut mettre en demeure les professionnels, organismes ou établissements qui ont effectué ces investigations, traitements ou actions de prévention de procéder à l'information des personnes concernées s'il apparaît que cette information n'a pas été délivrée conformément à l'article L. 1111-2 ".
19. Il ressort des pièces du dossier que, par un courrier du 2 août 2022, le directeur général de l'agence régionale de santé de Normandie a demandé à M. A, compte tenu des manquements aux règles d'asepsie et d'hygiène constatés dans son cabinet, de lui faire connaître avant le 9 août 2022 les modalités selon lesquelles il entendait informer ses patients sur le risque infectieux liés aux virus des hépatites B et C et au virus de l'immunodéficience humaine. En l'absence de diligences en ce sens de M. A et par la décision attaquée, le directeur général de l'agence régionale de santé l'a mis en demeure, sur le fondement de l'article L. 1413-13 précité, de procéder à cette information sans délai, à l'égard de ses patients pris en charge entre juillet 2019 et juillet 2022. Cette dernière décision, qui n'a ainsi pas le même objet que la décision que comporte le courrier du 2 août 2022, ne présente dès lors pas un caractère confirmatif de celle-ci. Par suite, la fin de non-recevoir opposée en défense par l'agence régionale de santé tiré de l'irrecevabilité, pour ce motif, de la requête, ne peut qu'être écartée.
En ce qui concerne les conclusions à fin d'annulation :
20. En premier lieu, par une décision du 23 mai 2022, régulièrement publiée au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, librement consultable par les parties sur le site internet de la préfecture de la région Normandie, Mme B D, directrice générale adjointe, a reçu délégation du directeur général de l'agence régionale de santé de Normandie à l'effet de signer toute décision relative à l'exercice des missions du directeur général. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.
21. En deuxième lieu, M. A ne peut utilement soutenir qu'il n'a pas été mis à même de présenter ses observations, ni d'être assisté par un avocat, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 1435-7-1 du code de la santé publique dès qu'elles ne sont pas applicables à la décision attaquée. En tout état de cause, avant l'intervention de cette dernière, l'intéressé a fait savoir à l'agence régionale de santé, après réception du courrier du 2 août 2022 et par l'intermédiaire de deux conseils différents, qu'il n'entendait pas procéder à l'information de ses patients ainsi que le mandait ce courrier. Ce moyen doit par suite être écarté comme inopérant.
22. En dernier lieu, les moyens, soulevés dans les mêmes termes, tirés d'une part, de l'illégalité de la décision attaquée en raison de l'irrégularité de la perquisition réalisée à son cabinet et de l'" erreur manifeste d'appréciation ", doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 8 et 15. Au surplus, il est constant que M. A n'a pas procédé à l'information de ses patients avant la décision attaquée, comme demandé par le courrier du 2 août 2022, dont il ne conteste pas qu'elle était requise compte tenu des manquements constatés dans son cabinet aux règles d'asepsie et d'hygiène, en l'état des connaissances scientifiques disponibles.
En ce qui concerne les frais exposés et non compris dans les dépens :
23. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'agence régionale de santé de Normandie, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens. Il y a en revanche lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de ce dernier une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par l'agence régionale de santé et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes n° 2203216 et n° 2204247 de M. A sont rejetées.
Article 2 : M. A versera à l'agence régionale de santé de Normandie, dans l'instance n° 2204247, une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et à l'agence régionale de santé de Normandie.
Copie en sera adressée, pour information, dans l'instance n° 2203216, au conseil départemental de l'ordre des chirurgiens-dentistes de la Seine-Maritime et au préfet de la Seine-Maritime.
Délibéré après l'audience du 20 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Van Muylder, présidente,
M. Armand, premier conseiller,
M. Cotraud premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 4 octobre 2024.
Le rapporteur,
Signé : J. Cotraud
La présidente,
Signé : C. Van MuylderLa greffière,
Signé : A. Hussein
La République mande et ordonne au directeur général de l'agence régionale de santé de Normandie, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
A. Hussein
Nos 2203216 ; 2204247
ah
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026