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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2203219

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2203219

mardi 31 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2203219
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4 ème Chambre
Avocat requérantLEROY Magali

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 4 août 2022, M. B C, représenté par Me Leroy, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 11 mai 2022 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi de cette mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois suivant la notification du jugement à intervenir ; ou, à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet de réexaminer sa demande dans un délai de deux mois et de lui délivrer dans l'attente de l'une et l'autre injonctions une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans les huit jours, et valable pour la durée de ce réexamen ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros hors taxes à verser à son conseil en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

la décision de refus de titre de séjour :

- est insuffisamment motivée ;

- a été prise au terme d'une procédure irrégulière en violation du droit à une bonne administration dès lors qu'il n'a pas été informé, et qu'il n'a pas eu communication des vérifications faites sur ses documents d'identité ;

- a été prise en méconnaissance du droit d'être entendu ;

- est entachée d'un défaut d'examen complet de sa situation ;

- a été prise au terme d'une procédure irrégulière en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour ;

- méconnaît l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'erreur d'appréciation quant à l'application de ces dispositions ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle.

la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- est insuffisamment motivée ;

- a été prise au terme d'une procédure irrégulière en violation du droit à une bonne administration dès lors qu'il n'a pas été informé, et qu'il n'a pas eu communication des vérifications faites sur ses documents d'identité ;

- a été prise en méconnaissance du droit d'être entendu ;

- est entachée d'un défaut d'examen complet de sa situation ;

- est entachée d'illégalité par voie de conséquence de l'illégalité de la décision refusant la délivrance d'un titre de séjour ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle.

la décision fixant le pays de renvoi :

- est insuffisamment motivée ;

- a été prise au terme d'une procédure irrégulière en violation du droit à une bonne administration dès lors qu'il n'a pas été informé, et qu'il n'a pas eu communication des vérifications faites sur ses documents d'identité ;

- a été prise en méconnaissance du droit d'être entendu ;

- est entachée d'un défaut d'examen complet de sa situation ;

- est entachée d'illégalité par voie de conséquence de l'illégalité de la décision d'obligation de quitter le territoire français ;

- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 août 2022, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête au motif que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 22 juin 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord de coopération en matière de justice entre la République française et la République du Mali ;

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2015-1740 du 24 décembre 2015 relatif aux modalités de vérification d'un acte de l'état civil étranger ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- et les observations de Me Leroy pour M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant malien, déclare être entré en France le 19 octobre 2018 sans en justifier. Le 20 janvier 2021, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions du 2° bis de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors applicables, désormais reprises à l'article L. 423-22 du même code. Par un arrêté du 11 mai 2022, dont le requérant demande l'annulation, le préfet de la Seine-Maritime lui a refusé la délivrance de ce titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire ou s'il entre dans les prévisions de l'article L. 421-35, l'étranger qui a été confié au service de l'aide sociale à l'enfance ou à un tiers digne de confiance au plus tard le jour de ses seize ans se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Cette carte est délivrée sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de la formation qui lui a été prescrite, de la nature des liens de l'étranger avec sa famille restée dans son pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur son insertion dans la société française. "

3. Aux termes de l'article L. 811-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies à l'article 47 du code civil. " Aux termes de l'article 47 du code civil : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité. Celle-ci est appréciée au regard de la loi française. "

4. Il résulte de ces dispositions que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties. Pour juger qu'un acte d'état civil produit devant lui est dépourvu de force probante, qu'il soit irrégulier, falsifié ou inexact, le juge doit en conséquence se fonder sur tous les éléments versés au dossier dans le cadre de l'instruction du litige qui lui est soumis. Ce faisant, il lui appartient d'apprécier les conséquences à tirer de la production par l'étranger d'une carte consulaire ou d'un passeport dont l'authenticité est établie ou n'est pas contestée, sans qu'une force probante particulière puisse être attribuée ou refusée par principe à de tels documents.

5. D'une part, le préfet de la Seine-Maritime a considéré, au regard en particulier des rapports émis par les services de la police aux frontières (PAF) le 19 octobre 2021, que le jugement supplétif, l'extrait d'acte de naissance et l'acte de naissance dont s'est prévalu le requérant au soutien de sa demande d'admission au séjour, concernant M. B C né le 5 mai 2003 à Kandiare (Mali), devaient être regardés comme étant contrefaits et que, dès lors, l'intéressé ne justifiait pas avoir été confié aux services de l'aide sociale à l'enfance avant l'âge de seize ans. Il ressort de ces rapports que les services de la PAF ont estimé concernant le jugement supplétif n° 1204 rendu par le tribunal civil de Diema le 2 avril 2021 qu'il était réalisé sur un papier ordinaire peu résistant aux UV, que les mentions fixes sont réalisées à jet d'encre mais qu'il n'y a pas de type d'impression particulière pour ce document, que les mentions variables sont manuscrites ainsi que les signatures, que les autorités ayant signé le document ne sont pas nommées. S'agissant de l'extrait d'acte de naissance produit, ces services ont estimé que l'impression est de mauvaise qualité, qu'aucun numéro NINA n'y figure, que les mentions variables sont manuscrites mais relèvent que le cachet humide est de bonne qualité. Les services de la PAF ont également considéré que l'acte de naissance n° 209 émis le 6 avril 2021, présentait pour seule non-conformité le formalisme de l'acte, toutes les mentions et cachets étant par ailleurs conformes. Ces documents ne retenant que des non-conformités relatives au formalisme de l'acte concernant le jugement supplétif et l'acte de naissance et un défaut de formalisme et des fautes d'orthographe au demeurant non spécifiées concernant l'extrait d'acte de naissance, l'autorité administrative, qui se borne à se prévaloir des conclusions de ces analyses documentaires, n'apporte pas d'éléments suffisamment probants susceptibles de faire regarder les documents d'état civil du requérant comme irréguliers, falsifiés ou comme faisant état de faits ne correspondant pas à la réalité, s'agissant en particulier de sa date de naissance. Par suite, il doit être tenu pour établi que M. C a été confié aux services de l'aide sociale à l'enfance avant l'âge de seize ans.

6. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que le requérant a été placé auprès du service de l'aide sociale à l'enfance de la Seine-Maritime par jugement du 9 janvier 2019 alors qu'il n'avait pas encore atteint l'âge de 16 ans. Il a effectué sa demande de titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers le 20 janvier 2021. M. C a été scolarisé au Collège Fernand Léger à Petit-Quevilly au titre de l'année scolaire 2018-2019 en classe de 3ème. Après avoir effectué des stages de mise en situation en milieu professionnel dans des restaurants, il a été inscrit au centre de formation des apprentis (CFA) Eugénie Brazier de Dieppe, du 9 mars 2020 au 30 juin 2022, pour la préparation d'un certificat d'aptitude professionnelle (CAP) " Cuisine ", formation dans le cadre de laquelle il a conclu un contrat d'apprentissage avec la Sarl Auberge du vieux puits dont le préfet de la Seine-Maritime ne conteste pas la réalité. Il ressort en outre des attestations produites qu'il est personnellement impliqué dans un parcours de formation qu'il suit avec sérieux et que ses efforts d'intégration notamment par l'apprentissage de la langue française et du métier de cuisinier sont réels. M. C a obtenu son CAP le 1er juillet 2022 et a conclu avec la SARL Auberge du vieux puits dans laquelle il a effectué son apprentissage, un contrat à durée indéterminée à compter du 1er juillet 2022 pour un emploi de cuisinier en parfaite adéquation avec sa formation. Enfin, la circonstance qu'il n'établirait pas être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine, eu égard à ce qui précède, n'est pas de nature à remettre en cause son droit à bénéficier d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, M. C est fondé à soutenir que le préfet de la Seine-Maritime a méconnu ces dispositions.

7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. C est fondé à demander l'annulation de la décision, contenue dans l'arrêté du 11 mai 2022, par laquelle le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour et, par voie de conséquence, des décisions, contenues dans le même arrêté, portant obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixant le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. L'annulation de l'arrêté attaqué, eu égard aux motifs qui la fondent, implique nécessairement que le préfet territorialement compétent délivre à M. C une carte de séjour temporaire, dans un délai qu'il y a lieu de fixer à un mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, en revanche, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

9. M. C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Leroy, avocate de M. C, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Leroy de la somme de 1 000 euros.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 11 mai 2022 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de délivrer à M. C un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet territorialement compétent de délivrer à M. C une carte de séjour temporaire, dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Me Leroy la somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que Me Leroy renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 4 : Le surplus de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à Me Leroy et au préfet de la Seine-Maritime.

Délibéré après l'audience du 10 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

- Mme Boyer, présidente,

- M. Guiral, conseiller,

- Mme Boucetta, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 janvier 2023.

La présidente - rapporteure,

C. A

L'assesseur le plus ancien,

S. GUIRAL

Le greffier,

J.-L. MICHEL

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement. CH

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