mardi 16 août 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2203258 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Juge Unique |
| Avocat requérant | FRANCE TERRE D'ASILE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 10 août 2022, M. D A demande au tribunal :
1) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté en date du 8 août 2022 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans ;
2) d'enjoindre au préfet de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 152,45 euros par jour de retard, et de réexaminer sa situation
Il soutient que :
S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :
- le signataire de la décision attaquée était incompétent ;
- cette décision est insuffisamment motivée ;
- elle porte atteinte à son droit à la vie privée et familiale, protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 2.3.3 de l'accord franco-tunisien ;
S'agissant de la décision refusant le délai de départ volontaire :
- le signataire de la décision attaquée était incompétent ;
- cette décision est insuffisamment motivée ;
- elle est illégale en raison de l'illégalité dont est elle-même entachée l'obligation de quitter le territoire français ;
- elle méconnait les dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :
- le signataire de la décision attaquée était incompétent ;
- cette décision est insuffisamment motivée ;
- elle est illégale en raison de l'illégalité dont est elle-même entachée l'obligation de quitter le territoire français ;
- elle porte atteinte à son droit à la vie privée et familiale, protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
S'agissant de la décision interdisant le retour sur le territoire français :
- le signataire de la décision attaquée était incompétent ;
- cette décision est insuffisamment motivée ;
- elle est illégale en raison de l'illégalité dont est elle-même entachée l'obligation de quitter le territoire français ;
- elle méconnait les dispositions des articles L. 612-6, L. 612-7 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense, enregistré le 16 août 2022, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête. Il fait valoir qu'aucun des moyens n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République de Tunisie en matière de séjour et de travail du 17 mars 1988 modifié ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le décret n°2004-374 du 29 avril 2004 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Mulot, premier conseiller, pour statuer en qualité de juge du contentieux de l'éloignement des étrangers.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir, au cours de l'audience publique du 16 août 2022, présenté son rapport et entendu :
- les observations de Me Gomez, avocate désignée d'office pour le requérant, qui reprend et complète les conclusions et moyens de la requête ;
- et les observations de M. A, assisté de M. B, interprète en langue arabe.
Le préfet de la Loire-Atlantique n'était ni présent, ni représenté.
Considérant ce qui suit :
1. Il ressort des pièces du dossier que M. D A, ressortissant tunisien né en 2000, connu sous de nombreux alias, entré en France en 2018 selon ses déclarations, a fait l'objet de multiples condamnations pénales, et a été incarcéré à l'établissement pénitentiaire d'Orvault. A sa levée d'écrou, le préfet de la Loire-Atlantique a prononcé à son encontre, par un arrêté du 8 août 2022, une obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans. Par la présente requête, M. A demande à titre principal au tribunal d'annuler cet arrêté.
Sur le moyen commun à toutes les décisions attaquées :
2. Aux termes de l'article 43 du décret du 29 avril 2004 relatif aux pouvoirs des préfets, à l'organisation et à l'action des services de l'Etat dans les régions et départements : " Le préfet de département peut donner délégation de signature () 7° Aux agents en fonction dans les préfectures, pour les matières relevant des attributions du ministre de l'intérieur () ". L'arrêté attaqué a été signé par l'adjointe à la directrice des migrations et de l'intégration de la préfecture qui disposait à cet effet d'une délégation consentie par un arrêté du préfet de la Loire-Atlantique du 6 juillet 2022, publiée le même jour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
3. En premier lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée " ; la décision en litige comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle est, par suite, suffisamment motivée.
4. En deuxième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ". En application de ces stipulations, il appartient à l'autorité administrative qui envisage de procéder à l'éloignement d'un ressortissant étranger en situation irrégulière d'apprécier si, eu égard notamment à la durée et aux conditions de son séjour en France, ainsi qu'à la nature et à l'ancienneté de ses liens familiaux sur le territoire français, l'atteinte que cette mesure porterait à sa vie familiale serait disproportionnée au regard des buts en vue desquels cette décision serait prise.
5. A l'appui de ce moyen, M. A se prévaut essentiellement de la relation amoureuse qu'il aurait nouée avec une ressortissante française, dont le père lui aurait adressé une promesse d'embauche. Toutefois, la réalité, l'intensité et l'ancienneté de cette relation ne sont pas suffisamment établies par la production d'une attestation isolée de l'intéressée. Il est constant que M. A ne vit pas, même en dehors des périodes d'incarcération, en concubinage avec cette ressortissante française, et il a conservé des attaches dans son pays d'origine, où résident au moins son père et sa fratrie. Par suite, eu égard à ces éléments et au caractère récent de sa présence en France, il n'est pas fondé à soutenir que la mesure d'éloignement porterait à sa vie familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels cette décision serait prise, notamment ceux d'ordre public.
6. En troisième lieu, les stipulations de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1998 modifié, dont se prévaut M. A, sont relatives aux conditions dans lesquelles un ressortissant tunisien peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire relative à l'exercice d'une activité salariée et sont, par elles-mêmes, sans incidence sur la légalité de la mesure d'obligation de quitter le territoire français en litige, qui ne repose pas sur un refus de séjour.
Sur la décision refusant d'accorder à M. A un délai de départ volontaire :
7. En premier lieu, la décision refusant d'accorder au requérant un délai de départ volontaire comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle est, par suite, suffisamment motivée.
8. En deuxième lieu, les moyens soulevés par M. A à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire français ayant tous été écartés, il n'est pas fondé à soutenir que la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire serait privée de base légale.
9. En troisième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ", et aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité ".
10. Il ressort des pièces du dossier que les multiples condamnations pénales dont a fait l'objet M. A caractérisent une menace pour l'ordre public. En outre, il a déclaré lors de son audition du 21 mai 2021 ne pas souhaiter exécuter une obligation de quitter le territoire français prononcée à son encontre autrement que de sa propre initiative, selon des critères et au terme d'un délai qu'il entendait décider lui-même. Dès lors, c'est sans faire une inexacte application des dispositions citées au point précédent que le préfet de la Loire-Atlantique a pu refuser d'accorder à M. A un délai de départ volontaire.
Sur la décision fixant le pays de renvoi :
11. En premier lieu, en indiquant que M. A n'établissait pas être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine et qu'il n'avait fait état d'aucun risque, le préfet de la Loire-Atlantique a suffisamment motivé sa décision.
12. En deuxième lieu, les moyens soulevés par M. A à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire français ayant tous été écartés, il n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de renvoi serait privée de base légale.
13. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 5 du présent jugement, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales doit être écarté comme infondé.
14. En dernier lieu, si M. A a soulevé lors de l'audience le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales, qui stipule que " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ", il n'a apporté à l'appui de ce moyen que des éléments très vagues liés à une dispute familiale ayant conduit au meurtre de son frère. Ces éléments particulièrement imprécis et insuffisamment documentés, au demeurant totalement muets sur l'absence de protection des autorités tunisiennes, ne suffisent pas à caractériser l'existence de risques visant personnellement M. A en cas de retour dans son pays d'origine.
Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
15. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. A n'établit pas que les décisions portant obligation de quitter le territoire français et le privant de délai de départ volontaire sont illégales. Dès lors, l'exception d'illégalité de ces décisions soulevée à l'appui des conclusions dirigées contre la décision d'interdiction de retour sur le territoire français n'est pas fondée et doit ainsi être écartée.
16. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ".
17. En outre, aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 () ".
18. Il ressort des termes mêmes de ces dispositions que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. La décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère.
19. La décision portant interdiction de retour sur le territoire français mentionne les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont elle fait application et fait longuement état des éléments retenus par l'autorité administrative pour son édiction, dont il résulte que les quatre critères susévoqués ont été pris en compte. Elle est, par suite, suffisamment motivée.
20. Par ailleurs, s'agissant du bien-fondé de la mesure, outre ce qui a été déjà exposé s'agissant de la menace à l'ordre public que représente la présence en France de M. A et la faiblesse des liens personnels et familiaux sur le territoire, il ressort des pièces du dossier qu'il a fait l'objet le 12 août 2019 et le 29 janvier 2021 de décisions d'obligations de quitter le territoire français auxquelles il n'a pas déféré. Par suite, c'est sans faire une inexacte application des dispositions citées aux points 15 et 16 du présent jugement que le préfet de la Loire-Atlantique a pu prononcer à l'encontre de M. A une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans.
21. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. A tendant à l'annulation de l'arrêté attaqué doivent être rejetées. Ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte doivent être rejetées par voie de conséquence.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D A et au préfet de la Loire-Atlantique.
Jugement lu en audience publique le 16 août 2022.
Le magistrat désigné,
Signé :
R. Mulot
La greffière,
Signé :
M. C
La République mande et ordonne au préfet de la région pays de la Loire, préfet de la
Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2203258
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026