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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2203273

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2203273

mercredi 17 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2203273
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3 ème Chambre
Avocat requérantTOMEH

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 8 août 2022 et le 19 décembre 2022, M. D E, représenté par Me Tomeh, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 9 juin 2022 par laquelle la ministre de la transition énergétique a rejeté son recours dirigé contre la décision portant interdiction d'accès au site EDF prise à son encontre ;

2°) d'enjoindre à la ministre de réexaminer favorablement sa situation afin qu'il puisse reprendre ses activités professionnelles, dans un délai d'un mois à compter de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat, outre les dépens, la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- elle a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'un défaut d 'impartialité ;

- il n'a pas commis les faits reprochés ;

- la décision, qui a pour conséquence de le priver de son droit fondamental au travail, est entachée d'erreur d'appréciation;

- elle méconnaît la présomption d'innocence car il n'a pas été condamné.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 23 novembre 2022 et le 18 janvier 2023, la ministre de la transition énergétique conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens de M. E ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la défense ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme F,

- les conclusions de Mme Cazcarra rapporteure publique,

- et les observations de Me Tomeh, pour M. E.

Considérant ce qui suit :

1.M. D E a été recruté comme agent d'intervention le 3 mai 2021 par la société ORANO DS qui exerce ses missions dans les centrales nucléaires. Afin de lui permettre d'intervenir à la centrale nucléaire de Tricastin, son employeur a sollicité pour lui une autorisation d'accès, sur le fondement de l'article L 1332-2-1 du code de la défense, auprès d'Electricité de France (EDF) qui la lui a refusé le 24 mars 2022. Par courrier du 28 mars 2022, M. E a formé le recours administratif préalable obligatoire prévu par l'article R 1332-33 du code de la défense auprès de la ministre de la transition énergétique, qui l'a rejeté par la décision contestée du 9 juin 2022.

2. En vertu de l'article L. 1332-1 du code de la défense : " Les opérateurs publics ou privés exploitant des établissements ou utilisant des installations et ouvrages, dont l'indisponibilité risquerait de diminuer d'une façon importante le potentiel de guerre ou économique, la sécurité ou la capacité de survie de la nation, sont tenus de coopérer à leurs frais dans les conditions définies au présent chapitre, à la protection desdits établissements, installations et ouvrages contre toute menace, notamment à caractère terroriste ". Aux termes de l'article L. 1332-2-1 du même code : " L'accès à tout ou partie des établissements, installations et ouvrages désignés en application du présent chapitre est autorisé par l'opérateur qui peut demander l'avis de l'autorité administrative compétente dans les conditions et selon les modalités définies par décret en Conseil d'Etat. / L'avis est rendu à la suite d'une enquête administrative () La personne concernée est informée de l'enquête administrative dont elle fait l'objet ". L'article R. 1332-22-1 du même code précise que : " Avant d'autoriser l'accès d'une personne physique ou morale à tout ou partie d'un point d'importance vitale qu'il gère ou utilise, l'opérateur d'importance vitale peut demander par écrit l'avis du préfet de département dans le ressort duquel se situe le point d'importance vitale (). / Cette demande peut justifier que soit diligentée sous le contrôle de l'autorité concernée une enquête administrative destinée à vérifier que les caractéristiques de la personne physique ou morale intéressée ne sont pas incompatibles avec l'accès envisagé et pouvant donner lieu à la consultation des traitements automatisés de données personnelles mentionnés à l'article 26 de la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978. () ". Enfin, l'article R. 1332-33 du même code dispose que : " Préalablement à l'introduction d'un recours contentieux contre tout acte administratif pris en application du présent chapitre (), le requérant adresse un recours administratif au ministre coordonnateur du secteur d'activités dont il relève. Le ministre statue dans un délai de deux mois. En l'absence de décision à l'expiration de ce délai, le recours est réputé être rejeté ".

3. En premier lieu, la décision attaquée a été signée par M. C A, qui a été renouvelé par arrêté du 2 avril 2021, publié le 4 avril 2021 au Journal officiel de la République française, pour une durée de trois ans à compter du 1er mai 2021, dans les fonctions de chef du service du haut fonctionnaire de défense et de sécurité, haut fonctionnaire de défense et de sécurité adjoint, au sein du secrétariat général de l'administration centrale du ministère de la transition écologique et du ministère de la cohésion des territoires et des relations avec les collectivités territoriales. Conformément aux dispositions de l'article 2 du décret n°2008-680 du 9 juillet 2008 portant organisation de l'administration centrale des ministères chargés de la transition écologique, de la cohésion des territoires et de la mer, le service du haut fonctionnaire de défense et de sécurité prépare l'ensemble de la politique de défense et de sécurité dans les domaines relevant de la compétence du ministère et applique les dispositions relatives à la sécurité de défense. Par décret n°2022-845 du 1er juin 2022 publié le 2 juin 2022 au Journal officiel de la république française, Mme B G, ministre de la transition énergétique, s'est vu confier notamment la politique en matière de sûreté nucléaire et a autorité sur le secrétariat général mentionné par le décret du 9 juillet 2008 précité. Mme G, compte tenu de ses attributions en matière de sécurité nucléaire, est le ministre visé par les dispositions de l'article R 1332-33 du code de la défense, appelé à statuer sur les recours administratifs préalables obligatoires introduits par les personnes auxquelles a été opposé un refus d'autorisation d'accès. Enfin, en sa qualité de chef de service, M. A pouvait signer au nom de la ministre dont il relevait, sans avoir besoin d'une délégation de signature spécifique, en vertu de l'article 1er du décret n°2005-850 du 27 juillet 2005 relatif aux délégations de signature des membres du Gouvernement. Par suite, le moyen tiré de ce que M. A n'aurait pas été compétent pour prendre la décision en litige doit être écarté.

4. En deuxième lieu, la circonstance que M A ait pris la décision en litige après avoir recueilli l'avis de la " commission des recours " dont il a assuré la présidence ne traduit pas une méconnaissance du principe d'impartialité, dès lors qu'il n'est ni établi ni allégué qu'il ait, dans la conduite des débats, manqué à l'impartialité requise ou manifesté une animosité particulière à l'égard de l'intéressé.

5. En troisième lieu, la décision en litige vise notamment l'article R 1332-22-1 du code de la défense, énonce que M. E a été mis en cause pénalement entre 2019 et 2021 pour des faits relatifs à l'achat et à la vente de stupéfiants et explicite les raisons pour lesquelles ce comportement est incompatible avec l'accès à une installation nucléaire Elle est, ainsi, suffisamment motivée.

6. En quatrième lieu, l'accès à une installation d'importance vitale telle une centrale nucléaire peut être refusé lorsque les caractéristiques du demandeur ne sont pas compatibles avec cet accès. Une telle décision, qui est prise en vue de préserver la sécurité de ces installations, a le caractère d'une mesure de police administrative et non d'une sanction. Par conséquent, M. E ne peut utilement soutenir que la décision qu'il critique méconnaît la présomption d'innocence dès lors qu'il n'a jamais fait l'objet d'une condamnation pénale pour les faits qui lui sont reprochés.

7. En cinquième lieu, il résulte des pièces du dossier que le commandement spécialisé pour la sûreté nucléaire (COSSEN) a réalisé, dans le cadre de l'instruction de la demande de l'employeur de M. E en vue d'obtenir pour lui une autorisation d'accès à la centrale nucléaire de Tricastin, une enquête, fondée notamment sur la consultation du traitement des antécédents judiciaires (TAJ), faisant apparaître que l'intéressé est connu pour acheter des produits stupéfiants en quantité pour lui-même et des amis, qu'il a reconnu consommer des produits stupéfiants depuis l'âge de 15 ans et avoir fumé jusqu'à 7 à 10 joints par jour et que tous les consommateurs entendus dans le cadre de la procédure reconnaissent l'implication et le rôle de M. E. La ministre a retenu les mêmes éléments pour prendre la décision en litige. Si M E a contesté la matérialité des faits dans sa requête, il ne la conteste plus dans sa réplique, se bornant à soutenir, en produisant une copie du bulletin n°3 de son casier judiciaire, qu'il n'a pas fait l'objet d'une condamnation pénale. En tout état de cause, M E n'apporte pas le moindre élément de nature à montrer que les mentions du TAJ pourraient être erronées. Les faits révélés par l'enquête du COSSEN et retenus par la ministre ont pu la conduire à estimer que M. E peut présenter des difficultés notamment en matière de vigilance et de maîtrise de soi qui sont incompatibles avec l'accès à une centrale nucléaire, installation contenant, par nature, des produits dangereux et impliquant un parfait respect des protocoles et des consignes. Dès lors, la décision critiquée ne peut être regardée comme reposant sur des faits inexacts, ni comme entachée d'erreur d'appréciation alors même qu'elle pourrait avoir pour conséquence la perte de son emploi par M. E.

8. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. E doit être rejetée dans toutes ses conclusions.

.

DECIDE :

Article 1er : La requête de M. E est rejetée.

Article : Le présent jugement sera notifié à M. D E et à la ministre de la transition énergétique.

Délibéré après l'audience du 4 mai 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Gaillard, présidente-rapporteure,

MM. Bouvet, et Mulot premiers conseillers.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 mai 2023.

La présidente- rapporteure,

signé

A. F

L'assesseur le plus ancien,

signé

C. BOUVET

Le greffier,

signé

H. TOSTIVINT

La République mande et ordonne à la ministre de la transition énergétique en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme,

La greffière,

signé

S. Combes

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