lundi 5 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2203274 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Juge Unique |
| Avocat requérant | THOMAS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 9 août 2022 et un mémoire complémentaire enregistré le 31 août 2022, M. C A, actuellement détenu au centre de détention de Val-de-Reuil (27), demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler l'arrêté du 4 août 2022, qui lui a été notifié le 8 août 2022, par lequel le préfet de l'Eure lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé son pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans ;
2°) d'enjoindre au préfet de l'Eure de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de huit jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois, sous la même astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'alinéa 2 de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
M. A soutient que :
La décision portant obligation de quitter le territoire français :
- est insuffisamment motivée ;
- méconnaît les dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il réside habituellement en France depuis l'âge de trois ans et qu'il est père de quatre enfants de nationalité française ;
- est entachée d'une erreur de base légale, les 1°) et 5°) de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne pouvant s'appliquer à son cas ;
- est entachée d'un détournement de pouvoir, le préfet ayant adopté une obligation de quitter le territoire français à son encontre afin de contourner la procédure d'expulsion ;
- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en portant une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;
- méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- procède d'une erreur manifeste d'appréciation ;
La décision de refus d'octroi de délai de départ volontaire :
- est illégale pour être fondée sur une obligation de quitter le territoire français illégale ;
- méconnaît les articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- procède d'une erreur manifeste d'appréciation ;
La décision fixant son pays de renvoi :
- est insuffisamment motivée ;
- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- procède d'une erreur manifeste d'appréciation ;
La décision d'interdiction de retour sur le territoire français :
- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- procède d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré le 23 août 2022 et un mémoire complémentaire enregistré le 1er septembre 2022 à 13 heures 48, le préfet de l'Eure conclut au rejet de la requête.
Le préfet fait valoir qu'aucun des moyens n'est fondé.
Vu :
- le courrier en date du 22 août 2022 par lequel M. A a indiqué qu'il souhaitait l'assistance d'un avocat ;
- le courrier en date du 25 août 2022 par lequel M. A a indiqué qu'il refusait d'être extrait du centre de détention de Val-de-Reuil au motif qu'il n'avait pas été mis à même de solliciter son avocat aux fins de préparer sa défense ;
- le courrier en date du 30 août 2022 par lequel M. A a indiqué qu'il refusait de se présenter à l'audience ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code civil ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. B comme juge du contentieux des décisions relatives à l'éloignement et à la rétention des étrangers visées aux chapitres VI, VII, VII bis, VII ter et VII quater du titre VII du livre VII de la partie réglementaire du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Bouvet, magistrat désigné ;
- les observations de Me Marion Thomas, avocat commis d'office, représentant M. A, qui reprend et développe les moyens soulevés dans la requête et demande l'admission de son client, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
En dépit des diligences accomplies par le tribunal depuis l'enregistrement de sa requête afin de lui permettre d'être assisté de son conseil, ainsi qu'il doit être regardé comme en ayant fait la demande, par le courrier susvisé du 25 août 2022, M. A a fait savoir, par un courrier en date du 30 août 2022, qu'il refusait de se présenter à l'audience.
Le préfet de l'Eure n'était ni présent ni représenté.
En application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative, la clôture d'instruction est intervenue à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant sénégalais né le 17 novembre 1979, déclare être entré en France à l'âge de trois ans, à une date non spécifiée, dans le cadre d'une procédure de regroupement familial. L'intéressé disposait, jusqu'au 5 novembre 2021, d'une carte de séjour " conjoint de Français ". M. A a fait l'objet de 26 condamnations pénales entre mars 1998 et janvier 2022. A la suite de sa dernière condamnation, le 4 janvier 2022, M. A a été écroué à la maison d'arrêt d'Evreux puis transféré au centre de détention de Val-de-Reuil. Par un arrêté du 8 août 2022, le préfet de l'Eure l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé son pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans. M. A demande l'annulation de ces décisions.
Sur l'aide juridictionnelle :
2. D'une part, aux termes de l'article L. 614-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les dispositions des articles L. 614-4 à L. 614-6 sont applicables à l'étranger détenu. / Toutefois, lorsqu'il apparaît, en cours d'instance, que l'étranger détenu est susceptible d'être libéré avant que le juge statue, l'autorité administrative en informe le président du tribunal administratif ou le magistrat désigné. Il est alors statué sur le recours dirigé contre la décision portant obligation de quitter le territoire français selon la procédure prévue aux articles L. 614-9 à L. 614-11 et dans un délai de huit jours à compter de l'information du tribunal par l'autorité administrative. ". Aux termes de l'article L. 614-11 du même code " () L'audience est publique. Elle se déroule sans conclusions du rapporteur public, en présence de l'intéressé, sauf si celui-ci, dûment convoqué, ne se présente pas. L'étranger est assisté de son conseil s'il en a un. Il peut demander au président du tribunal administratif ou au magistrat désigné à cette fin qu'il lui en soit désigné un d'office. ".
3. D'autre part, aux termes de l'article 19 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " L'avocat commis d'office ou désigné d'office dans les cas prévus par la loi peut saisir le bureau d'aide juridictionnelle compétent au lieu et place de la personne qu'il assiste ou qu'il a assistée. ". Aux termes de l'article 20 de la même loi : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ". Par ailleurs, aux termes de l'article 80 du décret du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et relatif à l'aide juridictionnelle et à l'aide à l'intervention de l'avocat dans les procédures non juridictionnelles : " Sans préjudice de l'application des articles 64-1 et 64-3 de la loi du 10 juillet 1991 (), l'avocat () commis d'office, désigné d'office, ou désigné sur demande du prévenu ou de la victime est valablement désigné au titre de l'aide juridictionnelle ou de l'aide à l'intervention de l'avocat si la personne pour le compte de laquelle il intervient remplit les conditions d'éligibilité à l'aide. ".
4. Il résulte de l'ensemble de ces dispositions que l'avocat désigné d'office dans le cadre de la procédure prévue par les articles L. 614-5 et L. 614-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile peut obtenir le versement à son profit de la somme mise à la charge de la partie perdante sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 à la condition que la personne qu'il assiste ait, soit directement soit par son entremise, en application de l'article 19 de cette loi, sollicité et obtenu l'aide juridictionnelle. Si l'avocat désigné d'office est valablement désigné au titre de l'aide juridictionnelle lorsque la personne qu'il assiste bénéficie déjà de celle-ci, sa désignation d'office ne peut, par elle-même, valoir demande et admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle au profit de cette personne et lui ouvrir droit au bénéfice de ces dispositions. Il s'ensuit qu'il appartient à l'avocat désigné d'office qui entend obtenir le versement à son profit de la somme mise à la charge de la partie perdante de formuler expressément, au besoin dans ses écritures, une demande tendant à l'attribution de l'aide juridictionnelle à son client si celui-ci ne l'a pas fait. Le juge ne peut décider que les sommes mises à la charge de la partie perdante seront versées à cet avocat dans les conditions prévues à l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sans avoir, au préalable, admis son client au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991, sans préjudice de la décision définitive du bureau d'aide juridictionnelle.
5. M. A, bénéficiant de l'assistance de l'avocat de permanence, a sollicité dans ses écritures, et par la voix de son conseil à l'audience, son admission à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle. L'intéressé doit ainsi être regardé comme ayant présenté, par l'intermédiaire de son avocat, une demande tendant à l'attribution de l'aide juridictionnelle. Dans ces conditions, eu égard à l'urgence qui s'attache au litige, il y a lieu de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
6. En premier lieu, la décision litigieuse, qui vise, notamment, le 5°) de l'article L. 611-1 et rappelle les condamnations pénales prononcées à l'encontre de M. A, comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles le préfet de l'Eure a entendu fonder l'obligation faite à l'intéressé de quitter le territoire français. Cette décision est, dès lors, suffisamment motivée.
7. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 2° L'étranger qui justifie par tous moyens résider habituellement en France depuis qu'il a atteint au plus l'âge de treize ans ; () 5° L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans ; () ". Aux termes de l'article 371-2 du code civil : " Chacun des parents contribue à l'entretien et à l'éducation des enfants à proportion de ses ressources, de celles de l'autre parent, ainsi que des besoins de l'enfant. / Cette obligation ne cesse de plein droit ni lorsque l'autorité parentale ou son exercice est retiré, ni lorsque l'enfant est majeur. ".
8. M. A fait valoir qu'il est entré pour la première fois en France à l'âge de trois ans, dans le cadre d'une procédure de regroupement familial, et qu'il y réside habituellement depuis lors, de sorte qu'en vertu des dispositions du 2°) de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il ne pouvait faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français. L'intéressé soutient également qu'il est père de quatre enfants de nationalité française dont il contribue à l'entretien et à l'éducation, cette circonstance faisant obstacle à l'adoption d'une mesure d'éloignement à son encontre, en vertu des dispositions du 5°) de l'article L. 611-3 précité.
9. Il ressort des pièces du dossier, et des propres indications du préfet de l'Eure, tant dans l'arrêté litigieux que dans ses écritures en défense, que M. A s'est vu régulièrement délivrer des titres de séjour à compter du 3 décembre 1997, alors qu'il était âgé de dix-huit ans, jusqu'au 5 novembre 2021, à l'âge de quarante-et-un ans, avec " des interruptions de quelques mois ". Il n'est pas contesté que l'intéressé est marié, depuis le 29 janvier 2016 avec une ressortissante française et que le couple ainsi formé jusqu'à la rupture de la vie commune, en août 2021, a eu quatre enfants de nationalité française, nés en France, respectivement, en 2009, 2012, 2015 et 2018, ainsi qu'une enfant née sans vie en 2010. Il n'est pas davantage contesté que les parents de M. A, qu'il indique avoir rejoints en France en 1982, dans le cadre d'une procédure de regroupement familial, bénéficient de cartes de résident, tandis que ses huit frères et sœurs sont tous de nationalité française, ainsi qu'en attestent les cartes nationales d'identité produites dans le cadre de la présente instance. Il ressort en outre du certificat de scolarité en date du 5 octobre 2021 établi par le directeur de l'école élémentaire Pierre Brossolette des Mureaux (78), que M. A a été scolarisé au sein de cet établissement au titre de l'année scolaire 1990-1991, alors qu'il était âgé de dix ans, de sorte qu'il doit être tenu pour établi que l'intéressé résidait en France, à cette période. Le requérant produit également de nombreuses pièces relatives à son statut professionnel, notamment des courriers de la Caisse nationale d'assurance vieillesse et de Pôle Emploi faisant référence à une activité salariée en 2009, des bulletins de salaire de février 1998 ainsi que des bulletins de salaire et des contrats de mission s'échelonnant entre janvier 2016 et mai 2018. Il ressort enfin des pièces du dossier, notamment des indications non contestées figurant dans l'arrêté litigieux, que M. A a fait l'objet de condamnations pénales assorties de peines d'emprisonnement en mars 1998, janvier 1999, juin 2000, novembre 2001, juin 2003, juillet 2004, janvier 2005, octobre 2006, juillet 2007, mai 2008, juin 2008, janvier 2009, novembre 2009, septembre 2010, janvier 2012, août 2012, février 2016, février 2017, septembre 2018, mars 2019, avril 2019, janvier 2021 et en janvier 2022. Ces condamnations, et les périodes d'incarcération dont elles s'accompagnent, doivent être prises en compte pour apprécier la continuité de la résidence habituelle en France du requérant, quand bien même elles ne résultent pas d'un choix délibéré de sa part. Ainsi pris dans leur ensemble, ces éléments permettent d'établit que M. A a résidé en France, de manière habituelle, en 1990-1991, et de 1998 à ce jour. Toutefois, M. A ne verse aux débats aucune pièce de nature à démontrer qu'il résidait de manière habituelle sur le territoire national en 1992, 1993, 1994, 1995, 1996 et 1997. Il suit de là que le requérant n'établit pas résider habituellement en France depuis qu'il a atteint au plus l'âge de treize ans.
10. Si M. A se prévaut, par ailleurs, de ce qu'il est père de quatre enfants de nationalité française, aucune pièce versée aux débats ne permet de tenir pour établi qu'il contribue à l'entretien et à l'éducation de ceux-ci, ni même qu'il entretiendrait des liens avec eux, y compris durant les périodes antérieures à son incarcération, alors que le préfet de l'Eure fait valoir, à cet égard, que l'intéressé n'a reçu aucune visite familiale, ni aucun contact téléphonique en détention. Ainsi, nonobstant la dégradation du contexte conjugal, au demeurant récente, dont fait état le requérant, celui-ci ne démontre pas contribuer à l'entretien et à l'éducation de ses quatre enfants, dans les conditions prévues par les dispositions citées au point n° 7.
11. Il résulte de ce qui a été exposé aux points n° 9 et n° 10 que la décision litigieuse ne méconnaît pas les dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen tiré d'une telle méconnaissance doit être écarté en toutes ses branches.
12. En troisième lieu, ainsi qu'il vient d'être exposé, M. A ne peut valablement se prévaloir des dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le préfet n'a pas fait usage d'une base légale incorrecte en adoptant à son encontre une obligation de quitter le territoire français fondée sur les dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
13. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ; ".
14. Au cas d'espèce, M. A, dont le titre de séjour " conjoint de Français " avait expiré le 6 novembre 2021, se trouvait en situation irrégulière depuis plus de trois mois à la date d'adoption de la décision en litige, le 4 août 2022. En outre, il n'est pas contesté que l'intéressé a fait l'objet de 26 condamnations pénales, entre 1998 et 2022, de sorte que le préfet de l'Eure était fondé à estimer que sa présence sur le territoire national était constitutive d'une menace pour l'ordre public. Dans ces conditions, M. A, qui ne pouvait, ainsi qu'il a été dit aux points précédents, se prévaloir des dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, entrait dans le champ des dispositions du 5°) de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile citées au point n° 13, permettant à l'autorité préfectorale d'édicter à son encontre une obligation de quitter le territoire français fondée sur un motif d'ordre public, celle-ci n'étant nullement tenue de recourir à la procédure d'expulsion prévue à l'article L. 631-3 du même code. Par suite, le moyen tiré du détournement de procédure doit être écarté.
15. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ". Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ".
16. Ainsi qu'il a été dit au point n° 9, le requérant établit avoir résidé habituellement en France en 1990-1991 et de 1998 à ce jour. Toutefois, outre que la vie commune avec son épouse française a cessé depuis août 2021, M. A n'établit pas contribuer à l'entretien et à l'éducation de ses quatre enfants, ni même entretenir des liens avec eux, y compris avant son incarcération, ainsi qu'il a été exposé au point n° 10. La décision litigieuse ne peut dès lors être regardée comme lésant leur intérêt supérieur. En outre, son séjour en France est marqué par le prononcé de 26 condamnations pénales à son encontre, entre 1998 et 2022 donnant lieu à de nombreuses périodes d'emprisonnement. Le requérant, qui n'établit pas être dépourvu d'attaches personnelles ou familiales au Sénégal, ne se prévaut d'aucun projet d'insertion précis dans la perspective de sa libération. Ainsi, eu égard aux conditions de son séjour en France, le préfet de l'Eure n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de M. A en lui faisant obligation de quitter le territoire français. Les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant doivent être écartés.
17. En sixième lieu, au regard de l'ensemble des motifs précédemment exposés, l'erreur manifeste d'appréciation invoquée par le requérant n'est pas établie.
En ce qui concerne la décision de refus d'octroi de délai de départ volontaire :
18. En premier lieu, l'obligation faite à M. A de quitter le territoire français n'étant pas illégale, le requérant n'est pas fondé à exciper de son illégalité au soutien de ses conclusions dirigées contre la décision lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire.
19. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; 2° L'étranger s'est vu refuser la délivrance ou le renouvellement de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour au motif que sa demande était manifestement infondée ou frauduleuse ; 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ".
20. Au cas d'espèce, M. A a fait l'objet de 26 condamnations pénales depuis 1998, la dernière ayant été prononcée très récemment, le 4 janvier 2022. Ainsi, eu égard à la récurrence de ces condamnations et à la constance dans le parcours délinquant qu'elles traduisent, le préfet de l'Eure était fondé à estimer que l'intéressé représente une menace pour l'ordre public et, pour ce seul motif, à lui refuser l'octroi d'un délai de départ volontaire. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté. Pour les mêmes motifs, l'erreur manifeste d'appréciation invoquée par le requérant n'est pas établie.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
21. En premier lieu, la décision, qui vise l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, rappelle la nationalité sénégalaise de M. A et indique, notamment, que l'intéressé n'établit pas être exposé au risque de subir des traitements inhumains ou dégradants dans son pays d'origine. Cette décision est, dès lors, suffisamment motivée.
22. En deuxième lieu, pour les motifs indiqués au point n° 16 et dès lors qu'il ne peut être tenu pour établi que M. A est démuni de toute attache personnelle et familiale au Sénégal, la décision litigieuse ne méconnaît pas l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales pas plus qu'elle n'est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :
23. En premier lieu, la décision, qui cite les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il a été fait application, rappelle, notamment, que M. A ne bénéficie pas d'un délai de départ volontaire et qu'il représente une menace pour l'ordre public. Elle comporte ainsi les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement.
24. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. () ".
25. S'il ressort des pièces du dossier que M. A réside de manière habituelle en France depuis 1998, l'intéressé s'est vu condamner à 26 reprises depuis cette date, par les juridictions pénales. Cette circonstance est, par elle-même de nature à caractériser que la présence en France de l'intéressé représente une menace à l'ordre public. En outre, ainsi qu'il a été dit au point n° 16, M. A, dont la vie commune avec son épouse française est rompue, n'établit pas entretenir de liens avec ses quatre enfants. Enfin, l'intéressé ne justifie d'aucunes circonstances humanitaires au sens des dispositions précitées. Dans ces conditions, nonobstant la circonstance que la plupart des membres de sa famille résident en France, eu égard aux conditions du séjour de l'intéressé sur le territoire national, le préfet de l'Eure n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, pas plus qu'il n'a porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de M. A, garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, en adoptant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français de trois ans. De la même manière, la décision ne préjudicie pas à l'intérêt supérieur des enfants, protégé par l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant. Enfin, pour l'ensemble de ces motifs, l'erreur manifeste d'appréciation invoquée par le requérant n'est pas établie.
26. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 4 août 2022 du préfet de l'Eure. Ses conclusions à fin d'annulation doivent dès lors être rejetées de même que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles relatives aux frais de l'instance.
D É C I D E :
Article 1er : M. A est admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à Me Marion Thomas et au préfet de l'Eure.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 septembre 2022.
Le magistrat désigné,
C. B
La greffière,
A. LENFANT
La République mande et ordonne au préfet de l'Eure en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 2203274
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026