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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2203303

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2203303

vendredi 3 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2203303
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge Unique
Avocat requérantLEROY Magali

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I./ Par une requête, enregistrée le 13 août 2022 sous le n° 2203303, et un mémoire, enregistré le 15 janvier 2023, M. A D et Mme E C, épouse D, représentés par Me Leroy, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :

1°) d'annuler la décision du 10 mars 2022 par laquelle le préfet de la Seine-Maritime a refusé de faire droit à la demande de regroupement familial présentée au bénéfice de l'épouse de M. D ;

2°) d'annuler l'arrêté du 14 octobre 2022 du préfet de la Seine-Maritime en tant qu'il a refusé de délivrer à Mme D un certificat de résidence " vie privée et familiale " ou " visiteur " ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de délivrer à Mme D le certificat de résidence " vie privée et familiale " prévu par le d) de l'article 7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, subsidiairement, le certificat de résidence prévu par le 5 de l'article 6 de cet accord bilatéral dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, ou encore de réexaminer sa situation dans le délai de deux mois et de la munir d'une autorisation provisoire de séjour dans le délai de huit jours ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 960 euros au titre des frais liés au litige.

M. et Mme D soutiennent que :

' les décisions attaquées :

- sont insuffisamment motivées ;

- ont été prises en méconnaissance de leur droit d'être entendu ;

- ne procèdent pas d'un examen personnalisé de leur situation ;

' le refus de regroupement familial opposé à M. D :

- méconnaît les articles R. 432-12 et R. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- est contraire à la directive 2003/86/CE du Conseil du 22 septembre 2003 ;

- ne pouvait être pris au seul motif, entaché d'erreur de droit portant sur la méprise du préfet quant à l'étendue de sa propre compétence, que l'épouse était sur place compte tenu de la faculté offerte au préfet par l'article L. 434-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 4 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- porte atteinte à leur vie privée et familiale au sens de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entaché d'erreur manifeste d'appréciation ;

' le refus de délivrance d'un certificat de résidence opposé à Mme D :

- méconnaît le 5 de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- méconnaît le a) de l'article 7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- porte atteinte au droit au respect de la vie privée et familiale ;

- est entaché d'erreur manifeste d'appréciation dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire de régularisation du préfet.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 novembre 2022, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Le préfet soutient qu'aucun moyen n'est fondé.

II./ Par une requête, enregistrée le 15 janvier 2023 sous le n° 2300175, Mme E C, épouse D, représentée par Me Leroy, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 14 octobre 2022 du préfet de la Seine-Maritime en tant qu'il l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de 30 jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de réexaminer sa situation dans le délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de la munir d'une autorisation provisoire de séjour permettant l'exercice d'une activité professionnelle dans le délai de huit jours ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre de de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, subsidiairement, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme D soutient que :

' le refus de séjour est illégal pour les moyens soulevés dans l'instance n° 2203303 ;

' l'obligation de quitter le territoire français :

- est insuffisamment motivée ;

- a été prise en méconnaissance de son droit d'être entendu ;

- ne procède pas d'un examen personnalisé de sa situation ;

- repose sur un refus de séjour entaché d'illégalité ;

- est illégale dès lors qu'elle remplit les conditions d'attribution d'un titre de séjour de plein droit ;

- méconnaît l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 31 janvier 2023, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Le préfet soutient qu'aucun moyen n'est fondé.

III./ Par une requête, enregistrée le 27 janvier 2023 sous le n° 2300350, Mme E C, épouse D, assistée par Me Leroy, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 26 janvier 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime l'a assignée à résidence pendant la durée de 45 jours ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 960 euros au titre de de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, subsidiairement au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme D soutient que l'assignation à résidence :

- est insuffisamment motivée ;

- ne procède pas d'un examen sérieux de sa situation ;

- repose sur une obligation de quitter le territoire français entachée d'illégalité ;

- méconnaît l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 janvier 2023, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Le préfet soutient qu'aucun moyen n'est fondé.

Vu :

- la décision par laquelle M. B a été désigné comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers ;

- les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience ;

Au cours de l'audience publique du 1er février 2023, après avoir présenté son rapport, ont été entendues :

- les observations de Me Leroy, pour Mme D, qui reprend les conclusions et moyens des requêtes en les précisant,

- et les observations de M. et Mme D.

La clôture de l'instruction est intervenue à 11 h 50 à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme D se sont mariés en septembre 2014 en Algérie, pays dont ils sont ressortissants. L'épouse s'est maintenue irrégulièrement en France après qu'elle est entrée en France en juillet 2019 sous couvert d'un visa de court séjour pour rendre visite à son mari, titulaire d'un certificat de résidence de dix ans. Par une lettre de leur conseil du 28 juin 2021, l'époux a demandé, à titre principal, le bénéfice du regroupement familial en faveur de son épouse et cette dernière a demandé, à titre subsidiaire, la délivrance du certificat de résidence " vie privée et familiale " prévu par le 5 de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, du certificat de résidence " visiteur " prévu par le a) de l'article 7 de cet accord et, plus généralement, a demandé sa régularisation dans le cadre du pouvoir discrétionnaire qui appartient au préfet. Par acte du 10 mars 2022 adressé à M. D attaqué sous le n° 2203303, le préfet de la Seine-Maritime a rejeté la demande de regroupement familial. Par un arrêté du 14 octobre 2022 attaqué dans la même instance au cours de laquelle il est apparu, le préfet a refusé de délivrer à Mme D les titres de séjour qu'elle sollicitait. Le même arrêté, en tant qu'il oblige l'intéressée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixe le pays de destination, a fait l'objet d'un recours séparé enregistré sous le n° 2300175. Enfin, par un arrêté du 26 janvier 2023 attaqué sous le n° 2300350, le même préfet a assigné Mme D pendant 45 jours au 39, rue César Franck à Rouen et lui a fait interdiction de quitter sans autorisation le territoire des communes composant la circonscription de sécurité publique de Rouen.

2. Eu égard aux dispositions du second alinéa de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et aux dispositions des articles R. 776-10 à R. 776-13 du code de justice administrative, il n'appartient qu'à une formation collégiale du tribunal de se prononcer sur les mérites des conclusions tendant à l'annulation des refus regroupement familial et de certificat de résidence notifiés respectivement à M. D et à son épouse ainsi que sur les demandes accessoires. Par suite, la requête n° 2203303 ressortit dans sa totalité à la compétence d'une formation collégiale.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'admettre provisoirement Mme D au bénéfice de l'aide juridictionnelle en application des dispositions de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique dans les instances nos 2300175 et 2300350 où elle est demandée.

4. En vertu de l'article 92 du décret du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et relatif à l'aide juridictionnelle et à l'aide à l'intervention de l'avocat dans les procédures non juridictionnelles, la part contributive versée par l'Etat à l'avocat choisi ou désigné pour assister plusieurs personnes dans un litige reposant sur les mêmes faits et comportant des prétentions ayant un objet similaire est réduite par le juge de 30 % pour la deuxième affaire et de 40 % pour la troisième. La réduction s'applique lorsque, notamment, le juge est conduit à trancher des questions semblables, soit dans le cadre d'une même instance, soit dans le cadre d'instances distinctes reposant sur les mêmes faits. En l'espèce, la requête n° 2203303 porte sur des refus de séjour contenus dans l'arrêté préfectoral du 14 octobre 2022 prescrivant des mesures d'éloignement attaquées dans l'instance n° 2300175 et, par la voie de l'exception d'illégalité notamment, Mme D verse dans ce dossier et dans celui de la requête n° 2300350 contre l'assignation à résidence les copies des recours précédents et de leurs pièces jointes auxquelles elle renvoie expressément. L'ensemble relève donc de l'article 92 du décret du 28 décembre 2020. Les intéressés ayant obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle par décision du 30 mai 2022 dans l'instance n° 2203303, l'instance n° 2300175 donnera ainsi lieu à une réduction de 30 % appliquée à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle et l'instance n° 2300350 donnera lieu à une réduction de 40 %.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

5. En premier lieu, la mesure d'éloignement attaquée, qui ne concerne que Mme D, n'a pas été prise pour l'application de la décision du 10 mars 2022 refusant le bénéfice du regroupement familial sollicité en sa faveur par son époux. Ce refus de regroupement, même s'il a été justifié par le motif que Mme D était présente en France lors de la demande, ne constitue pas la base légale de l'obligation de quitter le territoire français en litige. Par suite, tous les moyens, soulevés par voie d'exception, tirés de l'illégalité de la décision du préfet de la Seine-Maritime du 10 mars 2022 sont inopérants.

6. En deuxième lieu, d'abord, l'arrêté du 14 octobre 2022 cite les termes du 5 de l'article 6 et du a) de l'article 7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 dont le bénéfice était sollicité par Mme D. L'arrêté comporte les considérations de fait qui ont conduit l'autorité administrative à estimer qu'elle ne remplissait pas leurs conditions. Quel que soit le caractère exact ou erroné de ses motifs, la décision de refus de séjour énonce donc les éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement. Ensuite, il ressort des pièces du dossier, compte tenu notamment de la teneur, il est vrai d'intérêt inégal, des 21 motifs de l'arrêté du 14 octobre 2022 consacrés à la situation personnelle et familiale de l'intéressée, que le préfet ne s'est pas soustrait à son obligation de procéder à un examen particulier du cas qui lui était soumis. La méconnaissance du droit d'être entendu préalablement à l'édiction d'une décision administrative défavorable ne peut être utilement invoquée à l'appui de conclusions tendant à l'annulation de décisions de refus de séjour qui ne sont pas régies par le droit de l'Union européenne. Le moyen encore tiré de la méconnaissance des stipulations du 5 de l'article 6 de l'accord franco-algérien n'est pas opérant dès lors que ce texte exclut expressément de son champ d'application les Algériens passibles de la procédure de regroupement familial. Par ailleurs, faute de détenir le visa de long séjour que l'article 9 de l'accord bilatéral impose pour la délivrance des certificats de résidence prévus par, notamment l'article 7 du même accord, Mme D ne justifie pas remplir les conditions pour obtenir le titre " visiteur ". Néanmoins, il appartient à l'autorité administrative d'apprécier si, eu égard notamment à la durée et aux conditions de son séjour en France, ainsi qu'à la nature et à l'ancienneté de ses liens familiaux sur le territoire français, l'atteinte que cette mesure porterait à sa vie familiale serait disproportionnée au regard des buts en vue desquels cette décision serait prise. La circonstance que l'étranger relèverait, à la date de cet examen, des catégories ouvrant droit au regroupement familial ne saurait, par elle-même, intervenir dans l'appréciation portée par l'administration sur la gravité de l'atteinte à la situation de l'intéressée. Cette dernière peut en revanche tenir compte le cas échéant, au titre des buts poursuivis par la mesure d'éloignement, de ce que le ressortissant étranger en cause ne pouvait légalement entrer en France pour y séjourner qu'au seul bénéfice du regroupement familial et qu'il n'a pas respecté cette procédure. En l'espèce, la durée des liens familiaux noués par Mme D en France s'élève à un peu plus de trois ans. Ses conditions de séjour se caractérisent par leur irrégularité. Elle n'est pas sans lien en Algérie où elle a reçu une formation universitaire, a travaillé et a vécu jusqu'à l'âge de 38 ans. S'il est vrai que le couple, marié depuis 2014 et qui s'est retrouvé cinq ans plus tard en France, y a entamé des démarches et des examens pour une procédure d'assistance médicale à la procréation, il ressort des pièces du dossier et des explications recueillies au cours de l'audience qu'elle s'est interrompue au cours de l'année 2021, bien avant la décision attaquée, et pour des considérations financières. Peu d'obstacles entravent la poursuite d'une assistance médicale à la procréation en Algérie, pays dont les requérants sont ressortissants et qui dispose d'équipement, dès lors notamment que, contrairement à ce qu'a soutenu M. D à l'audience, le certificat de résidence ne se périme pas au bout d'un mois seulement en cas de départ de France mais, en vertu de l'article 8 de l'accord franco-algérien, au terme d'une période de plus de trois ans consécutifs, sans préjudice d'une demande de prorogation faite en France avant le départ ou dans un poste consulaire en Algérie. Ainsi, sans tenir compte de ce que le couple relevait de la procédure du regroupement familial, l'atteinte à la vie privée et familiale, réelle, n'en demeure pas moins limitée. Pour apprécier le caractère excessif de cette atteinte, le préfet pouvait prendre en compte, au titre des buts poursuivis par sa décision, le fait que les requérants ne se sont pas connus en France mais se sont mariés en Algérie, que Mme D est entrée en France plusieurs années après cette union en connaissance du non-respect de la procédure du regroupement familial. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales n'est pas fondé. Pour les mêmes motifs, enfin, le refus du préfet de faire usage de son pouvoir discrétionnaire de régularisation ne procède pas d'une erreur manifeste d'appréciation. Par suite, Mme D n'est pas fondée à soutenir, par voie d'exception, que l'obligation de quitter le territoire français repose sur un refus de séjour illégal.

7. En troisième lieu, dès lors que le refus de séjour est suffisamment motivé, ainsi qu'il est dit au point 6, l'obligation de quitter le territoire français, dont la motivation se confond avec celle du refus de séjour, est elle-même suffisamment motivée.

8. En quatrième lieu, pour les motifs énoncés au point 6, la requérante n'est pas fondée à soutenir qu'elle remplit les conditions pour obtenir la délivrance d'un titre de séjour de plein droit et qu'elle ne peut, pour ce motif, être éloignée.

9. En cinquième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, articulé directement contre l'obligation de quitter le territoire français, doit être écarté pour les motifs énoncés au point 6.

10. En dernier lieu, l'erreur manifeste d'appréciation n'est, pour les mêmes motifs, pas établie.

Sur le délai de départ et la décision fixant le pays de destination :

11. Si la requête n° 2300175 contient, dans l'exposé de ses moyens, un titre visant, ensemble, la décision portant obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et celle fixant le pays de renvoi, tous les moyens sont dirigés contre l'obligation de quitter le territoire français et aucun ne vise la décision relative au délai de départ et celle fixant le pays de destination.

Sur l'assignation à résidence :

12. En premier lieu, l'arrêté du 26 janvier 2023 attaqué cite les termes des articles L. 731-1 et L. 732-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et expose les éléments de fait, tenant à l'absence de présentation de documents de voyage lors d'une convocation intervenue le 18 janvier précédent qui fondent la mesure restrictive de liberté en litige. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision d'assignation à résidence, qui comporte les considérations de droit et de fait, serait insuffisamment motivée doit être écarté aussi bien en ce qui concerne le principe de cette mesure que ses modalités d'exécution.

13. En deuxième lieu, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que l'autorité de police aurait manqué à son obligation d'examen de la situation particulière de Mme D.

14. En troisième lieu, il ne ressort pas des échanges écrits et au cours de l'audience que le motif de l'assignation, pris de l'absence de présentation de document de voyage, est inexact. En ayant retenu ce fait pour fonder la mesure restrictive de liberté en litige, le préfet n'a pas méconnu l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

15. En quatrième lieu, à la différence de l'obligation de quitter le territoire français, l'assignation à résidence ne porte pas atteinte en soi à la vie familiale. Mme D n'invoque aucune activité personnelle qui serait contrariée par cette mesure, laquelle n'est donc pas contraire aux stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

16. En cinquième lieu, l'assignation à résidence ne procède pas d'une obligation de quitter le territoire français entachée d'illégalité, ainsi qu'il résulte des points 5 à 9.

17. En dernier lieu, l'erreur manifeste d'appréciation invoquée au vu des éléments analysés ci-avant n'est pas établie.

18. Il résulte de tout ce qui précède que Mme D n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 14 octobre 2022 du préfet de la Seine-Maritime en tant qu'il l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de 30 jours et a fixé le pays de destination, ni l'annulation de l'arrêté du 26 janvier 2023 par lequel le même préfet l'a assignée à résidence pendant la durée de 45 jours. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction en lien avec les conclusions d'annulation sur lesquelles il est statué dans les présentes instances et celles présentées au titre des frais liés aux instances nos 2300175 et 2300350 doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Mme D est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire dans les instances nos 2300175 et 2300350 dans les conditions définies au point 4.

Article 2 : L'examen de l'ensemble des conclusions de la requête n° 2203303, relative à la légalité de la décision de refus de regroupement familial opposée à M. D au bénéfice de son épouse et des décisions de refus de délivrance de certificat de résidence contenues dans l'arrêté du préfet de la Seine-Maritime du 14 octobre 2022 concernant Mme D, est réservé jusqu'à l'issue de cette instance qui se poursuit devant une formation collégiale.

Article 3 : Les requêtes n° 2300175 et 2300350 sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A D, à Mme E C, épouse D, à Me Magali Leroy et au préfet de la Seine-Maritime.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 février 2023.

Le magistrat désigné,

P. BLa greffière,

A. LENFANT

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2203303,2300175,2300350

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