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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2203430

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2203430

jeudi 9 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2203430
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1 ère Chambre
Avocat requérantLEROY Magali

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

C une requête et un mémoire, enregistrés le 23 août 2022 et le 2 janvier 2023, M. A B, représenté C Me Leroy, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 13 avril 2022 C lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de son renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, subsidiairement, de procéder à un nouvel examen de sa situation dans un délai de deux mois à compter du jugement à intervenir, et dans l'attente de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de huit jours à compter du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros HT au titre de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

M. B soutient que :

* S'agissant de la décision de refus de titre de séjour :

- elle souffre d'une motivation insuffisante ;

- elle n'a pas été adoptée à la suite d'un examen complet de sa situation dans la mesure notamment où la délivrance d'un document de circulation pour étranger mineur est en tout état de cause venue régulariser son entrée sur le territoire ;

- elle a été adoptée à la suite d'une procédure irrégulière dès lors que la commission du titre de séjour n'a pas été consultée ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile combinées avec les stipulations de l'article 7 quater de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 ;

- elle méconnaît tant les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales combinées avec les stipulations de l'article 7 quater de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 ;

- elle repose sur une erreur manifeste d'appréciation.

* S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle souffre d'une motivation insuffisante ;

- elle n'a pas été adoptée à la suite d'un examen complet de sa situation ;

- elle est, en raison de l'illégalité de la décision lui refusant un titre de séjour, dépourvue de base légale ;

- elle procède d'une erreur de droit dès lors qu'il devait se voir délivrer de plein droit un titre de séjour et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle procède d'une erreur manifeste d'appréciation.

* S'agissant de la décision fixant le délai de départ volontaire :

- elle souffre d'une motivation insuffisante ;

- elle n'a pas été adoptée à la suite d'un examen complet de sa situation ;

- elle est, en raison de l'illégalité de la décision lui portant obligation de quitter le territoire français, dépourvue de base légale ;

- elle procède d'une erreur manifeste d'appréciation.

* S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- elle souffre d'une motivation insuffisante ;

- elle n'a pas été adoptée à la suite d'un examen complet de sa situation ;

- elle est, en raison de l'illégalité de la décision lui portant obligation de quitter le territoire français, dépourvue de base légale ;

- elle procède d'une erreur manifeste d'appréciation.

C un mémoire en défense, enregistré le 8 septembre 2022, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés C M. B ne sont pas fondés.

Vu :

- la décision du 6 juillet 2022 C laquelle M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale ;

- la décision C laquelle le président de la formation de jugement a décidé de dispenser la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-tunisien en matière de séjour et de travail du 17 mars 1988 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Deflinne, premier conseiller,

- et les observations de Me Mukendi Ndonki, substituant Me Leroy, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant tunisien, né le 10 mars 2000, est, selon ses dires, entré pour la première fois sur le territoire français le 23 septembre 2013 sous couvert d'un visa de court séjour, et, pour la dernière fois en 2017. Il a déposé une demande d'admission au séjour, qu'il a complétée sur le fondement de l'article L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le 16 mars 2021. C arrêté du 13 avril 2022, le préfet de la Seine-Maritime a refusé de délivrer le titre sollicité et a assorti son refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours aux motifs que M. B présentait une menace pour l'ordre public, qu'il résidait depuis plusieurs années en situation irrégulière, qu'il ne justifiait pas d'une entrée régulière sur le territoire, qu'il n'établissait pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine, qu'il ne justifiait pas d'une activité ni de ressources, qu'il ne justifiait pas de son insertion dans la société française, que sa situation personnelle ne permettait pas de considérer qu'il serait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, que sa situation ne contrevenait pas aux stipulations de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, que l'examen de son dossier ne permettait pas d'envisager une régularisation à titre exceptionnel et dérogatoire et que rien ne s'opposait à ce qu'il fût obligé de quitter le territoire français. M. B demande l'annulation de ces décisions.

Sur les moyens communs à l'ensemble des décisions :

2. Les décisions attaquées, qui contrairement à ce que soutient le requérant n'ont pas à viser l'ensemble des éléments relatifs à sa vie personnelle, comportent les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Ces décisions, prises après un examen particulier de la situation de M. B C le préfet de la Seine-Maritime sont donc suffisamment motivées.

Sur les moyens propres au refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L.423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, entré régulièrement et marié en France avec un ressortissant français avec lequel il justifie d'une vie commune et effective de six mois en France, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. " Aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis C l'autorité administrative : 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; 2° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer la carte de résident prévue aux articles L. 423-11, L. 423-12, L. 424-1, L. 424-3, L. 424-13, L. 424-21, L. 425-3, L. 426-1, L. 426-2, L. 426-3, L. 426-6, L. 426-7 ou L. 426-10 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance () "

4. L'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 n'a pas entendu écarter l'application des dispositions de procédure qui s'appliquent à tous les étrangers en ce qui concerne la délivrance, le renouvellement ou le refus de titres de séjour. Au nombre de ces dispositions figurent notamment celles de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'exige nullement que le préfet saisisse la commission du titre de séjour lorsqu'il envisage de refuser la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatif aux étrangers conjoints de Français justifiant d'une vie commune de six mois en France. C suite, le moyen tiré d'un vice de procédure tenant au défaut de consultation préalable de la commission du titre de séjour doit être écarté.

5. En second lieu, d'une part, aux termes de l'article 7 quater de l'accord franco-tunisien en matière de séjour et de travail du 17 mars 1988 : " Sans préjudice des dispositions du b et du d de l'article 7 ter, les ressortissants tunisiens bénéficient, dans les conditions prévues C la législation française, de la carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" " Aux termes de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, de la carte de séjour pluriannuelle et de l'autorisation provisoire de séjour prévue aux articles L. 425-4 ou L. 425-10 ainsi qu'à la délivrance de la carte de résident et de la carte de résident portant la mention "résident de longue durée-UE". "

6. Il est constant, d'une part, que M. B, qui a été détenteur d'un document de circulation pour étranger mineur délivré le 25 juin 2015 et valable jusqu'au 9 mars 2018, est entré pour la dernière fois sur le territoire français en 2017 et, d'autre part, qu'il était, à la date de l'arrêté en litige, marié avec une ressortissante française avec laquelle il justifiait d'une vie commune et effective de plus de six mois. Il n'est également pas contesté que le requérant a été scolarisé en France. Il ressort toutefois des pièces du dossier qu'il a été condamné C jugement 14 août 2019 du tribunal correctionnel d'Évreux à une peine de quatre mois d'emprisonnement avec sursis pour des faits de violence aggravée C deux circonstances suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours commis le 25 janvier 2019 ainsi que, C jugement du 31 août 2019, à une peine de trois mois d'emprisonnement avec sursis assorti d'une mise à l'épreuve pendant deux ans pour des faits de vol dans un local d'habitation ou un lieu d'entrepôt commis le 29 août 2019, des faits de vol avec violence n'ayant pas entrainé une incapacité totale de travail commis le 29 août 2019, des faits d'usage illicite de stupéfiants commis entre le 19 août 2019 et le 29 août 2019 et des faits de violence sans incapacité C une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime C un pacte civil de solidarité pour la période du mois de juillet 2019. En ayant considéré que ces éléments étaient constitutifs d'une menace pour l'ordre public de nature à justifier un refus de délivrance d'un titre de séjour, le préfet de la Seine-Maritime n'a méconnu ni les dispositions des articles L. 423-2 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation.

Sur les moyens propres à l'obligation de quitter le territoire :

7. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision portant refus de séjour doit être écarté.

8. En deuxième lieu, d'une part, aux termes de l'article L.611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 6° L'étranger marié depuis au moins trois ans avec un conjoint de nationalité française, à condition que la communauté de vie n'ait pas cessé depuis le mariage et que le conjoint ait conservé la nationalité française ; () " Il est constant qu'à la date de la décision attaquée, le requérant n'était pas marié depuis au moins trois ans. D'autre part, si la circonstance que la loi prescrive qu'un étranger doit se voir attribuer de plein droit un titre de séjour fait obstacle à ce que ce dernier puisse légalement faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français, il ressort de ce qui a été dit au point 6 que le préfet de la Seine-Maritime a régulièrement refusé de délivrer à M. B le titre de séjour auquel il pouvait prétendre en application de l'article L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en raison de son mariage avec une ressortissante française. C suite le moyen tiré de l'erreur de droit commise en raison de l'impossibilité d'adopter une obligation de quitter le territoire français à l'encontre du requérant doit être écarté.

9. En dernier lieu, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés pour les motifs exposés au point 6.

Sur les moyens propres au délai de départ volontaire :

10. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision portant refus de séjour doit être écarté.

11. En second lieu, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté pour les motifs exposés au point 6.

Sur les moyens propres à la décision fixant le pays de renvoi :

12. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision portant refus de séjour doit être écarté.

13. En second lieu, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté pour les motifs exposés au point 6.

14. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 13 avril 2022 C lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de son renvoi. C voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des frais d'instance doivent être rejetées

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Magali Leroy et au préfet de la Seine-Maritime.

Délibéré après l'audience du 31 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

M. Minne, président,

M. Deflinne, premier conseiller,

M. Le Vaillant, conseiller,

Rendu public C mise à disposition au greffe le 9 février 2023.

Le rapporteur,

Signé

T. DEFLINNE

Le président,

Signé

P. MINNE

Le greffier,

Signé

N. BOULAY

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

N. BOULAY

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