mercredi 31 août 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2203486 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Juge Unique |
| Avocat requérant | FRANCE TERRE D'ASILE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 26 août 2022, M. D E, représenté par Me Ripoll, demande au tribunal :
1°) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté du 24 août 2022 par lequel le préfet du Loiret a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit en exécution de la peine complémentaire d'interdiction du territoire français dont il fait l'objet ;
2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour sans délai sous astreinte de 152,45 euros par jour de retard et de réexaminer sa situation.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;
- il est insuffisamment motivé ;
- il est entaché d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;
- il est entaché d'illégalité dès lors qu'il est fondé sur une mesure d'éloignement elle-même illégale ;
- il méconnaît les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense enregistré le 31 août 2022, le préfet du Loiret conclut au rejet de la requête.
Il soutient à titre principal, que la requête est irrecevable dès lors qu'elle tend à l'annulation d'une décision confirmative, et à titre subsidiaire, qu'aucun de ses moyens n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code pénal ;
- le code de justice administrative.
Par une décision du 18 octobre 2021, le président du tribunal a désigné M. C comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers visées aux chapitres VI, VII, VII bis, VII ter et VII quater du titre VII du livre VII de la partie réglementaire du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique du 31 août 2022, après avoir présenté son rapport, le magistrat désigné a entendu les observations de Me Ripoll, représentant M. E, qui a repris les conclusions et moyens exposés dans la requête et a produit une pièce complémentaire. Elle a précisé que la requête de M. E était bien recevable dès lors d'une part que, si le préfet a jugé utile de prendre un nouvel arrêté, il ne peut être regardé comme confirmatif, et d'autre part, que le précédent arrêté n'a pas été régulièrement notifié à l'intéressé. Elle a en outre indiqué que l'état de santé de ce dernier ne lui permet pas de retourner dans son pays d'origine. Ont été également entendues les observations de M. E, assisté de Mme A B, interprète en langue djoula, qui a rappelé les raisons de son départ de Côte-d'Ivoire et a précisé ses attaches avec la France.
Le préfet du Loiret n'était ni présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. D E, ressortissant ivoirien né le 7 juillet 1998, également connu sous d'autres identités et nationalités, placé en rétention administrative, déclare être entré en France le 18 janvier 2019. L'intéressé a déposé une demande d'asile, le 21 février 2019, en préfecture du Val-d'Oise. Par arrêté du 14 juin 2019, le préfet du Val-d'Oise a décidé le transfert de M. E aux autorités belges. Ce dernier n'a toutefois pas confirmé sa demande d'asile après l'expiration du délai de transfert afin que la France en assure l'examen. Par un jugement du 3 juillet 2020 du tribunal correctionnel d'Orléans, l'intéressé a été condamné notamment pour des faits de vol et de violence avec arme et en réunion, à une peine de dix-huit mois d'emprisonnement, assortie d'une peine complémentaire d'interdiction du territoire français d'une durée de cinq ans. Par arrêté du 29 juillet 2021, le préfet du Loiret a fixé le pays à destination duquel M. E pourra être reconduit en exécution du jugement précité. Par jugement n° 2102882 du 18 mars 2022, le tribunal administratif d'Orléans a rejeté le recours de l'intéressé contre cet arrêté. Par l'arrêté attaqué du 24 août 2022, le préfet du Loiret a une nouvelle fois fixé le pays à destination duquel M. E pourra être reconduit en exécution du jugement précité.
Sur la fin de non-recevoir opposée en défense tirée de l'irrecevabilité de la requête en raison du caractère confirmatif de l'arrêté attaqué :
2. Le préfet fait valoir que l'arrêté attaqué se borne à confirmer le précédent arrêté du 29 juillet 2021 mentionné au point précédent, notifié le 30 juillet 2021 et devenu définitif, et qu'en tant que purement confirmatif, en l'absence de circonstance nouvelle, la requête dirigée contre cet arrêté n'est pas recevable. M. E oppose que la circonstance que le préfet a pris un nouvel arrêté suffit à établir son utilité et que le précédent arrêté ne lui a pas été correctement notifié.
3. Il ressort des pièces du dossier que par l'arrêté du 29 juillet 2021, régulièrement notifié le 30 juillet 2021, le préfet du Loiret, a une première fois, fixé le pays à destination duquel M. E pourra être reconduit en exécution du jugement précité. Par le jugement cité au point 1, le tribunal administratif a rejeté le recours de l'intéressé contre cet arrêté. Dès lors que M. E n'allègue pas avoir relevé appel de ce jugement, dont il n'a d'ailleurs pas fait état à l'instance, cet arrêté est devenu définitif. Dans ces conditions, en l'absence de circonstances nouvelles dont il eût appartenu à M. E de se prévaloir, le préfet, en fixant de nouveau par l'arrêté attaqué le pays à destination duquel celui-ci pourra être reconduit en exécution du jugement précité, n'a fait que confirmer purement et simplement son précédent arrêté du 29 juillet 2021. La production à l'audience d'une ordonnance médicale, que le requérant ne présente au demeurant pas comme une circonstance nouvelle, n'est pas de nature à modifier le caractère confirmatif de l'arrêté attaqué. Dans ces conditions, les conclusions de M. E tendant à l'annulation de l'arrêté du 24 août 2022 du préfet du Loiret ne sont pas recevables. Par suite, la fin de non-recevoir opposée en défense par le préfet doit être accueillie.
En tout état de cause, sur les conclusions à fin d'annulation :
4. En premier lieu, par arrêté du 14 avril 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, Mme F H, directrice des migrations et de l'intégration, a reçu délégation du préfet du Loiret à l'effet de signer, en cas d'absence ou d'empêchement concomitant du secrétaire général de la préfecture, du secrétaire général adjoint et du directeur de cabinet, " les décisions précisant le pays de renvoi ". Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.
5. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué, qui n'a pas à faire référence à l'ensemble des éléments caractérisant la situation de l'intéressé, mentionne les dispositions dont il fait application et relève, au regard de la condamnation pénale dont il a fait l'objet, que l'administration a l'obligation de pourvoir à son exécution. Il indique également que M. E n'établit pas être exposé, en cas de retour dans son pays d'origine, à un risque de subir des peines ou traitements inhumains ou dégradants. Il comporte ainsi les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cet arrêté doit en tout état de cause être écarté.
6. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que le préfet a procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. E. Par suite, le moyen tiré du défaut d'un tel examen doit être écarté.
7. Dès lors qu'il vise à pourvoir à l'exécution d'une interdiction judiciaire du territoire français prononcée par le juge pénal, M. E ne peut utilement soutenir que l'arrêté attaqué est fondé sur une mesure administrative d'éloignement illégale. Ce moyen doit par suite être écarté comme inopérant.
8. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 641-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La peine d'interdiction du territoire français susceptible d'être prononcée contre un étranger coupable d'un crime ou d'un délit est régie par les dispositions des articles 131-30, 131-30-1 et 131-30-2 du code pénal ". Aux termes de l'article 131-30 du code pénal : " Lorsqu'elle est prévue par la loi, la peine d'interdiction du territoire français peut être prononcée, à titre définitif ou pour une durée de dix ans au plus, à l'encontre de tout étranger coupable d'un crime ou d'un délit. / L'interdiction du territoire entraîne de plein droit la reconduite du condamné à la frontière, le cas échéant, à l'expiration de sa peine d'emprisonnement ou de réclusion. () ". Aux termes de l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative fixe, par une décision distincte de la décision d'éloignement, le pays à destination duquel l'étranger peut être renvoyé en cas d'exécution d'office () d'une peine d'interdiction du territoire français (). ". Aux termes de l'article L. 721-4 du même code : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". Aux termes de ce dernier article : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
9. M. E soutient qu'il encourt des risques pour sa vie, toujours actuels, en cas de retour en Côte-d'Ivoire en raison des persécutions subies de la part d'enfants criminels dits " microbes ". L'intéressé n'assortit toutefois ses allégations d'aucun commencement de preuve. Par ailleurs, les circonstances que l'intéressé a des attaches familiales en France, qu'il n'établit au demeurant pas, et que son état de santé dégradé, qui résulterait des violences précitées, ne lui permet pas de voyager sont sans incidence, eu égard à son objet, sur la légalité de l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions et stipulations précitées doit être écarté.
10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 24 août 2022 du préfet du Loiret doivent en tout état de cause être rejetées, de même que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. E est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D E et au préfet du Loiret.
Jugement lu en audience publique, le 31 août 2022.
Le magistrat désigné,
Signé :
J. CLa greffière,
Signé :
M. G
La République mande et ordonne au préfet du Loiret en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026