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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2203521

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2203521

lundi 5 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2203521
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationJuge Unique
Avocat requérantFRANCE TERRE D'ASILE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 31 août 2022, et un mémoire en production de pièces enregistré le 2 septembre 2022, M. C B demande au Tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 30 août 2022 par lequel le préfet de la Seine-Maritime l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination, lui a interdit le retour en France pendant la durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 152,45 euros par jour de retard et de procéder à la suppression de son signalement dans le système d'information Schengen.

M. B soutient que :

L'obligation de quitter le territoire français :

- a été prise par une autorité incompétente ;

- n'est pas suffisamment motivée ;

- a été prise sans qu'il soit entendu ;

- a été prise alors que le préfet aurait dû examiner en priorité la possibilité de le réadmettre en Italie ;

- a été prise sans examen de sa situation personnelle ;

- méconnaît l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

La décision lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

- a été prise par une autorité incompétente ;

- n'est pas suffisamment motivée ;

- est dépourvue de base légale dès lors que l'obligation de quitter le territoire français est elle-même illégale ;

- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

La décision fixant le pays de destination :

- a été prise par une autorité incompétente ;

- n'est pas suffisamment motivée ;

- a été prise sans examen de sa situation personnelle ;

- est dépourvue de base légale dès lors que l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre est illégale ;

- est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'il aurait dû être réadmis en Italie ;

La décision lui interdisant le retour en France :

- a été prise par une autorité incompétente ;

- n'est pas suffisamment motivée ;

- est dépourvue de base légale dès lors que le refus de délai de départ et l'obligation de quitter le territoire français sont des décisions illégales ;

- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

Par un mémoire en défense enregistré le 2 septembre 2022, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme E comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers visées aux chapitres VI, VII, VII bis, VII ter du titre VII du livre VII de la partie réglementaire du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 5 septembre 2022, ont été entendus le rapport de Mme Jeanmougin, magistrate désignée, et les observations de Me Larousse pour M. B, non présent, qui reprend les conclusions et moyens de sa requête, le préfet de la Seine-Maritime n'étant présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, de nationalité tunisienne, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 30 août 2022 par lequel le préfet de la Seine-Maritime l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination, lui a interdit le retour en France pendant la durée de deux ans.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, la décision prise à l'encontre de M. B a été prise par Mme A D, qui disposait, en qualité de cheffe du bureau de l'éloignement, d'une délégation pour la signer par arrêté du préfet de la Seine-Maritime du 1er avril 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture du même jour. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision doit donc être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision en litige comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle est fondée et est, par suite, suffisamment motivée.

4. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. B a fait l'objet, le 30 août 2022, d'une audition par les services de police pendant laquelle il a pu formuler les observations qu'il souhaitait sur ses conditions d'entrée et de séjour en France et sur la perspective de son éloignement à destination de son pays d'origine M. B n'est donc pas fondé à soutenir que la décision en litige a été prise en méconnaissance de son droit à être entendu.

5. En quatrième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la situation personnelle de M. B n'aurait pas fait l'objet d'un examen sérieux avant l'édiction de la décision attaquée.

6. En cinquième lieu, dès lors que les pièces produites par M. B ne permettent pas d'établir qu'il disposerait d'un titre de séjour italien, l'intéressé n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait dû examiner la possibilité de le réadmettre dans ce pays et qu'il aurait commis une erreur de droit.

7. En dernier lieu, si M. B soutient résider à Marseille depuis 2021 et disposer d'un titre de séjour italien, il ne l'établit pas par les pièces qu'il produit, qui ne concernent que les titres de séjour dont disposent ses parents. Il ne justifie ni travailler en France ni d'une insertion sociale particulière. Il ne démontre pas être dépourvu de toute attache en Tunisie, son pays d'origine. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

Sur la légalité des décisions de refus de délai de départ volontaire :

8. En premier lieu, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision est écarté pour les motifs exposés au point 2 du présent jugement.

9. En deuxième lieu, la décision en litige comporte les considérations de droit et de fait que lesquelles elle est fondée, notamment le risque de soustraction à la mesure d'éloignement prise à l'encontre de M. B, et est, par suite, suffisamment motivée.

10. En troisième lieu, il résulte de ce qui précède que la décision obligeant M. B à quitter le territoire français n'est pas entachée d'illégalité. Le moyen tiré du défaut de base légale doit donc être écarté.

11. En dernier lieu, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation est écarté pour les motifs mentionnés au point 7 du présent jugement.

Sur la légalité des décisions fixant le pays de destination :

12. En premier lieu, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision est écarté pour les motifs exposés au point 2 du présent jugement.

13. En deuxième lieu, la décision mentionne les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle est fondée et est donc suffisamment motivée.

14. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la situation personnelle de M. B, qui n'établit par aucune pièce disposer d'un titre de séjour italien, n'aurait pas fait l'objet d'un examen sérieux.

15. En quatrième lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 2 à 7 que la décision obligeant M. B à quitter le territoire français n'est pas entachée d'illégalité. Le moyen tiré du défaut de base légale doit donc être écarté.

16. En dernier lieu, d'une part, comme il a été dit au point 7, il n'est pas établi que M. B disposerait d'un titre de séjour italien, et, d'autre part, la décision en litige fixe comme pays de destination, outre le pays dont l'intéressé est ressortissant, tout pays dans lequel il établirait être admissible. Le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait dû examiner la possibilité de le réadmettre en Italie et aurait commis une erreur de droit.

Sur la légalité de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

17. En premier lieu, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision est écarté pour les motifs exposés au point 2 du présent jugement.

18. En deuxième lieu, la décision en litige comporte la mention des considérations de droit et de fait qui les fondent, notamment des conditions d'entrée et de séjour de M. B et de la nature et de l'ancienneté de ses liens sur le territoire. Elle est donc suffisamment motivée.

19. En troisième lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 2 à 11 que les décisions obligeant M. B à quitter le territoire français et lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire ne sont pas entachées d'illégalité. Le moyen tiré du défaut de base légale doit donc être écarté.

20. En dernier lieu, M. B ne démontre ni insertion professionnelle ni insertion sociale en France, où il ne résiderait que depuis l'année 2021. Il ne justifie pas être légalement admissible en Italie. Le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit donc être écarté.

21. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 30 août 2022 par lequel le préfet de la Seine-Maritime l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination, lui a interdit le retour en France pendant la durée de deux ans. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction sous astreinte doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet de la Seine-Maritime.

Lu en audience publique le 5 septembre 2022.

La magistrate désignée,

H. ELa greffière,

A. LENFANT

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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