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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2203544

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2203544

lundi 10 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2203544
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationJuge Unique 4
Avocat requérantBOYLE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 1er septembre 2022, M. E A, représenté par Me Boyle, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 30 août 2022 par lequel le préfet de l'Eure l'a obligé à quitter sans délai le territoire français et a fixé son pays de destination ;

3°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou, à défaut, une autorisation provisoire de séjour en procédant à un nouvel examen de sa situation dans le délai de deux mois sous astreinte de 155 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou, à titre subsidiaire, à lui verser directement sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les décisions sont insuffisamment motivées, notamment en ce qui concerne le risque de soustraction à la mesure d'éloignement ;

- elles ont été signées par une autorité incompétente ;

- l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en tant qu'il restreint la possibilité d'accorder un délai de départ volontaire supérieur à trente jours à une situation exceptionnelle, est contraire à l'article 7.2 de la directive n° 2008/115/CE du 16 décembre 2008 ;

- la décision portant suppression du délai de départ n'est pas approprié à sa situation ;

- l'arrêté est entaché d'une erreur de droit ;

- l'arrêté méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et procède d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire enregistré le 30 septembre 2022, le préfet de l'Eure conclut au rejet de la requête au motif que les moyens ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive n° 2008/115/CE du 16 décembre 2008 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. B comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers et des décisions relatives à la rétention des étrangers visées aux chapitres VI, VII, VII bis, VII ter, VII quater du titre VII du livre VII de la partie réglementaire du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- les observations de Me Boyle, représentant M. A, qui reprend les conclusions et moyens exposés dans la requête, et ajoute que le requérant a adopté le mode de vie des gens du voyage et annonce la production d'une note en délibéré pour justifier de ses attaches en France.

M. A n'était pas présent.

Le préfet de l'Eure n'était ni présent ni représenté.

En application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative, la clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant pakistanais né le 15 juin 1975 à Gujranwala, a été placé en retenue administrative le 30 août 2022 à la suite d'un contrôle routier. Par l'arrêté attaqué du 30 août 2022, le préfet de l'Eure l'a obligé à quitter sans délai le territoire français et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement.

Sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire :

2. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, par un arrêté du 11 février 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial du même jour, le préfet de l'Eure a donné délégation à Mme C D, adjointe au chef de bureau des migrations et de l'intégration, à l'effet de signer tous les arrêtés relevant des attributions de son bureau. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions attaquées doit être écarté.

4. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué comporte, eu égard à l'objet de chacune de décisions contestées, les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Il est, dès lors, suffisamment motivé.

5. En troisième lieu, en prévoyant qu'un étranger faisant l'objet d'une obligation de quitter le territoire français peut, eu égard à sa situation personnelle, se voir accorder à titre exceptionnel un délai de départ volontaire supérieur à trente jours, les dispositions de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'ont pas eu pour objet et ne sauraient avoir pour effet de méconnaître le principe, posé par l'article 7 de la directive du 16 décembre 2008, selon lequel ce délai, de sept à trente jours en principe, peut être prolongé en cas de nécessité au regard de circonstances propres à la situation de l'étranger. Dès lors, le moyen tiré de l'exception d'inconventionnalité de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile au regard de l'article 7 de la directive, doit être écarté.

6. En quatrième lieu, il est constant que M. A s'est maintenu sur le territoire français plus d'un mois après l'expiration de son dernier titre de séjour, sans en avoir demandé le renouvellement. Dès lors, ainsi que le mentionne l'arrêté contesté, le requérant entre dans les prévisions du cas visé au 3° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans lequel le risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français peut être, sauf circonstance particulière, regardé comme établi. M. A, qui ne produit aucun élément à l'appui de son recours, n'établit pas l'existence de circonstances particulières justifiant qu'il ne soit pas privé d'un délai de départ volontaire. Ce moyen doit, par suite, être écarté.

7. En cinquième lieu, le moyen tiré de l'erreur de droit n'est pas assorti des précisions nécessaires permettant d'en apprécier le bien-fondé.

8. En sixième lieu, M. A ne peut pas utilement invoquer le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 435-1 à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire français, alors qu'il n'a pas présenté de demande de titre de séjour sur le fondement de cet article et que l'autorité préfectorale n'a pas procédé à un examen d'un éventuel droit au séjour à ce titre.

9. En dernier lieu, si M. A fait valoir qu'il a rencontré en 2005 une ressortissante française et qu'il est père de quatre enfants, il est constant qu'il est séparé de cette personne et de ses enfants qui vivent avec leur mère. Il n'apporte par ailleurs aucun élément de nature à établir la réalité et l'intensité des liens qui l'unissent à ses enfants. Enfin, en dépit de la durée de sa présence, M. A ne justifie d'aucune insertion sociale et professionnelle sur le territoire français. Dans ces conditions, et alors même que le requérant aurait séjourné régulièrement en France de 2008 à 2019, le préfet n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que le préfet aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation de la situation personnelle du requérant.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles relatives aux frais d'instance.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E A, à Me Boyle, et au préfet de l'Eure.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 octobre 2022.

Le magistrat désigné,

S. B

Le greffier,

J.-L. MICHEL

La République mande et ordonne au préfet de l'Eure en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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