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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2203588

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2203588

vendredi 21 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2203588
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge Unique 3
Avocat requérantMARY-INQUIMBERT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 5 septembre 2022, M. B C, représenté par Me Mary, demande au tribunal :

- de l'admettre, à titre provisoire, à l'aide juridictionnelle ;

- d'annuler l'arrêté du 25 août 2022 par lequel le préfet de la Seine-Maritime l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

- d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation de séjour ;

- de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à la SELARL Mary et Inquimbert en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

s'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle n'est pas motivée ;

- elle méconnaît son droit d'être entendu préalablement ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur de droit au regard des articles 6, 8 et 13 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision sur sa situation personnelle ;

s'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :

- elle méconnaît son droit d'être entendu préalablement ;

- elle est dépourvue de base légale, la décision portant obligation de quitter le territoire français étant illégale ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 octobre 2022, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête. Il soutient qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. A juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers visées aux chapitres VI, VII, VII bis, VII ter du titre VII du livre VII de la partie règlementaire du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir, au cours de l'audience publique, présenté son rapport et entendu :

- le rapport de M. Leduc, magistrat désigné ;

- les observations de Me Inquimbert, représentant M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. B C est un ressortissant algérien né en 1999, qui serait entré en France en septembre 2021. Par l'arrêté attaqué du 25 août 2022, le préfet de la Seine-Maritime l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'admettre le requérant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire en application de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Sur les moyens communs aux décisions attaquées :

3. Il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente serait tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter son point de vue de manière utile et effective. Ainsi que la Cour de justice de l'Union européenne l'a jugé le 10 septembre 2013 dans l'affaire C 383/13 PPU, une violation des droits de la défense, en particulier du droit d'être entendu, n'entraîne l'annulation de la décision prise au terme de la procédure administrative en cause que si, en l'absence de cette irrégularité, cette procédure pouvait aboutir à un résultat différent. Il s'ensuit que toute irrégularité dans l'exercice des droits de la défense lors d'une procédure administrative en vue de l'éloignement d'un étranger ne saurait constituer une violation de ces droits. Tout manquement, notamment, au droit d'être entendu n'est en conséquence pas de nature à entacher systématiquement d'illégalité la décision prise. Il ne ressort pas des pièces du dossier que l'intéressé n'aurait pas été mis à même de présenter, s'il l'estimait utile, tous éléments d'information ou arguments de nature à influer sur le contenu des décisions contestées. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de son droit d'être entendu ne peut qu'être écarté.

4. L'arrêté attaqué mentionne les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur lesquelles il se fonde, l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, ainsi que l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et fait état d'éléments concernant la situation personnelle du requérant, tant en France que dans son pays d'origine. Ainsi, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation manque en fait.

Sur les moyens relatifs à l'obligation de quitter le territoire français :

5. En premier lieu, contrairement à ce que soutient le requérant, l'administration s'est livrée à un examen sérieux de sa situation, en précisant ses conditions d'entrée en France, sa situation personnelle et administrative sur le territoire français, la présence de sa famille dans son pays d'origine.

6. En second lieu, alors que M. C n'est entré irrégulièrement en France qu'en 2021, qu'il a quitté l'Algérie à l'âge de vingt-deux ans et dispose de l'essentiel de sa famille dans son pays d'origine, il n'a établi sur le territoire français aucune relation personnelle intense de nature à caractériser une méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par ailleurs, la seule circonstance qu'il fasse l'objet de poursuites pénales ne saurait en rien attester de ce que l'acte attaqué méconnait les articles 6 et 13 de la même convention européenne.

7. Eu égard à ce qui précède, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation ne peut qu'être écarté.

Sur les autres moyens dirigés contre les décisions fixant le pays de renvoi :

8. Il résulte de ce qui précède que le requérant ne peut exciper de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français pour demander l'annulation de la décision fixant le pays de renvoi.

9. Le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation, dépourvu de toutes précisions utiles, doit en tout état de cause, eu égard à ce qui précède, être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté attaqué du 25 août 2022 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions présentées aux fins d'injonction et de paiement de frais d'instance.

D E C I D E :

Article 1er: M. C est admis à l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2: Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à Me Mary et au préfet de la Seine-Maritime.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 octobre 2022.

Le magistrat désigné,

Signé :

C. A La greffière,

Signé :

N. STOCK

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

N. STOCK

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