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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2203619

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2203619

jeudi 16 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2203619
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2 ème Chambre
Avocat requérantELATRASSI-DIOME

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés le 7 septembre 2022 et le 24 février 2023, sous le numéro 2203617, M. E, représenté par Me Elatrassi, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 13 juillet 2022 par laquelle le préfet de la Seine-Maritime a retiré son titre de séjour valable jusqu'au 15 décembre 2022 ;

2°) d'enjoindre au préfet, sous astreinte de 150 euros par jour de retard de rétablir la validité de son titre de séjour, de lui restituer et de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de deux mois à compter de la décision à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de base légale, dès lors que l'accord franco-algérien ne prévoit pas la possibilité d'un tel retrait ;

- elle a été prise en violation du droit de présenter des observations ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;

- elle a été prise en violation des stipulations du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 février 2023, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens ne sont pas fondés.

II. Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés le 7 septembre 2022 et le 24 février 2023, sous le numéro 2203619 Mme E, représentée par Me Elatrassi, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 13 juillet 2022 par laquelle le préfet de la Seine-Maritime a retiré son titre de séjour valable jusqu'au 15 décembre 2022 ;

2°) d'enjoindre au préfet, sous astreinte de 150 euros par jour de retard de rétablir la validité de son titre de séjour, de lui restituer et de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de deux mois à compter de la décision à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir les mêmes moyens que ceux analysés sous la requête n°2203617.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 février 2023, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens ne sont pas fondés.

Vu :

- les autres pièces des dossiers ;

Vu :

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- et les observations de Me Elatrassi pour M. et Mme E.

1. M. et Mme E, ressortissant algériens, résidant sur le territoire français depuis 2014, ont sollicité leur admission au séjour en 2020 et fait l'objet, par arrêtés du 4 mars 2021 d'un refus de séjour avec obligation de quitter le territoire français. Ils ont été munis d'un certificat de résidence sur injonction du tribunal administratif de Rouen qui, par jugement du 16 novembre 2021, a annulé les décisions précitées. Par arrêt du 7 juin 2022, la cour administrative d'appel de Douai a cependant annulé le jugement du 16 novembre 2021 et rejeté les demandes des requérants. Tirant les conséquences de ces décisions, le préfet de la Seine-Maritime a, par les décisions en litige, informé les intéressés de ce qu'il considérait que l'arrêt de la cour avait pour effet de faire cesser les décisions par lesquelles il leur avait délivré un certificat de résidence sur injonction du tribunal, leur a indiqué que de ce fait leur titre de séjour n'était plus valide et qu'il leur appartenait de le restituer dans un délai de quinze jours. Par les présentes requêtes M. et Mme E demandent l'annulation de ces décisions.

2. Les requêtes n°2203617 et 2203619 présentées pour M. et Mme E présentent à juger des questions identiques et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par une même décision.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

3. En cas d'annulation, par une nouvelle décision juridictionnelle, du jugement ou de l'arrêt ayant prononcé l'annulation de la décision de rejet opposée à une demande d'admission au séjour et l'injonction de délivrer le titre de séjour sollicité, et sous réserve que les motifs de cette décision juridictionnelle ne fassent pas par eux-mêmes obstacle à un nouveau rejet, l'autorité compétente peut, eu égard à la nature de l'autorisation ainsi délivrée, la retirer dans un délai raisonnable qui ne saurait excéder quatre mois à compter de la notification à l'administration de la décision juridictionnelle. Elle doit, avant de procéder à ce retrait, inviter le demandeur à présenter ses observations.

4. Eu égard à l'intervention de l'arrêt par lequel la cour administrative d'appel de Douai a annulé le jugement du 16 novembre 2021 et rejeté la demande de M. et Mme E présentée devant le tribunal, le préfet pouvait, contrairement à ce que font valoir les requérants, et alors même que l'accord franco-algérien ne prévoit pas la possibilité de retrait des certificats de résidence algériens, procéder au retrait des certificats de résidence délivrés aux intéressés en exécution du jugement du tribunal. Ce retrait ne pouvait toutefois intervenir qu'après recueil des observations de M. et Mme E.

5. Il est constant que le préfet s'est borné, par les décisions en litige, à tirer les conséquences de l'arrêt de la cour et à informer les intéressés de ce que leurs certificats de résidence n'étaient plus valide et qu'il leur appartenait de les restituer, sans les informer préalablement de son intention aux fins de recueillir leurs observations. M. et Mme E sont, par suite, fondés à soutenir que les décisions portant retrait de leurs certificats de résidence sont entachées d'irrégularité pour défaut de contradictoire. Ce vice de procédure, qui les a privés d'une garantie, est ainsi de nature à entacher d'illégalité les décisions en litige.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

6. Il ressort des pièces du dossier que M. et Mme E ont chacun bénéficié, en exécution du jugement du tribunal du 16 novembre 2021, d'un certificat de résidence algérien, mention " vie privée et familiale " valable jusqu'au 15 décembre 2022. Eu égard à la date de validité de ces certificats de résidence, arrivés à expiration à la date du présent jugement, l'annulation prononcée n'implique aucune mesure d'exécution. Les conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint au préfet de rétablir la validité de leur titre de séjour ne peuvent, par suite, qu'être rejetées.

Sur les frais du litige :

7. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Les décisions du préfet de la Seine-Maritime en date du 13 juillet 2022 portant retrait des certificats de résidence de M. et Mme E sont annulées.

Article 2 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D E, à Mme C E et au préfet de la Seine-Maritime.

Délibéré après l'audience du 2 mars 2023, à laquelle siégeaient :

- Mme Bailly, présidente,

- Mme F et Mme A, conseillères.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 mars 2023.

La présidente,

Signé :

P. B

L'assesseure la plus ancienne,

Signé :

D. FLa greffière,

Signé :

A. Hussein

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Nos 2203617; 2203619

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