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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2203637

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2203637

mercredi 28 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2203637
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationJuge Unique
Avocat requérantMATRAND LUCILE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 8 septembre 2022, M. B A, représenté par Me Matrand, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 24 août 2022 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a ordonné son transfert en Pologne ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime d'enregistrer sa demande d'asile et de lui délivrer une attestation de demande d'asile dans un délai de dix jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard.

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 500 euros en application du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que la décision de transfert :

- est insuffisamment motivée ;

- a été prise au terme d'une procédure irrégulière dès lors qu'il n'a pas été mis à même de présenter ses observations écrites dans un délai de 8 jours avant l'intervention de cette décision, en violation de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- ne procède pas d'un examen personnalisé de sa situation ;

- méconnaît le 2 de l'article 3 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;

- méconnaît l'article 10 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;

- méconnaît les 1 et 2 de l'article 17 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;

- méconnaît l'article 18 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;

- est entachée d'erreur de fait et d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquence sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 septembre 2022, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu :

- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné M. C comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers visées aux chapitres VI, VII, VII bis, VII ter du titre VII du livre VII de la partie réglementaire du code de justice administrative ;

- les autres pièces du dossier, notamment celles produites par M. A, enregistrées le 15 septembre 2022.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- la directive (CE) n° 2001/55 du Conseil du 20 juillet 2001 ;

- la décision d'exécution (UE) n° 2022/382 du Conseil du 4 mars 2022 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 19 septembre 2022, après la présentation du rapport, ont été entendues :

- les observations de Me Souty, substituant Me Matrand, pour M. A, qui reprend les conclusions et moyens de la requête et ajoute le moyen tiré de l'erreur de droit, motif pris de ce que le préfet a considéré à tort que la situation de M. A relevait du champ d'application du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013, alors que sa fille, de nationalité ukrainienne, relève du régime de la protection temporaire défini par la directive (CE) n° 2001/55 du Conseil du 20 juillet 2001, mis en œuvre par la décision d'exécution (UE) n° 2022/382 du Conseil du 4 mars 2022 ; ajoute des conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint au préfet de la Seine-Maritime de réexaminer la demande de M. A sur le fondement de cette directive et de cette décision d'exécution ; précise que le défaut d'examen de la situation personnelle de M. A résulte également de la mention erronée de la nationalité de sa fille dans la décision de réadmission des autorités polonaises ; qu'en tout état de cause il existe en Pologne des défaillances systémiques du système d'accueil des demandeurs d'asile et de traitement des demandes d'asile, ou à tout le moins des défaillances systémiques du système judiciaire ;

- et les observations de M. A, qui indique en particulier que la demi-sœur de sa fille, née de la même mère, de nationalité ukrainienne, réside en France à Nancy et bénéficie d'une autorisation provisoire de séjour au titre de la protection temporaire.

La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience, en application de l'article R 776-26 du code de justice administrative.

Une note en délibéré présentée par M. A a été enregistrée le 21 septembre 2022.

Considérant ce qui suit :

Sur l'aide juridictionnelle :

1. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu, en application de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, d'admettre provisoirement M. A à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué du 24 août 2022 vise le règlement n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant les critères et mécanismes de détermination de l'État membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des États membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride et le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, outre la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, la convention de Genève du 28 juillet 1951 et le règlement (CE) n° 1560/2003 du 2 septembre 2003. Il énonce que la Pologne a explicitement accepté de reprendre en charge le requérant sur le fondement du b) du 1 de l'article 18 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L.121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, () sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable. " Aux termes de l'article L. 211-2 du même code : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () " Aux termes de l'article L. 122-1 du même code : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. () ". Aux termes de l'article L. 121-2 du même code : " Les dispositions de l'article L. 121-1 ne sont pas applicables : () 3° Aux décisions pour lesquelles des dispositions législatives ont instauré une procédure contradictoire particulière ; () "

4. Il résulte des dispositions des livres V et VII du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et particulièrement des articles L. 521-1 à L. 572-7 dudit code concernant les décisions de transfert d'un étranger aux autorités d'un Etat membre de l'Union européenne responsable de l'examen de sa demande d'asile, que le législateur a entendu déterminer l'ensemble des règles de procédure administrative et contentieuse auxquelles sont soumises l'intervention et l'exécution des décisions par lesquelles l'autorité administrative signifie à l'étranger son éloignement du territoire français. Dès lors, les dispositions des articles L. 121-1 et L. 121-2 du code des relations entre le public et l'administration ne sauraient être utilement invoquées à l'encontre d'une décision de transfert aux autorités de l'Etat responsable de la demande d'asile. En tout état de cause, il ressort des pièces du dossier que M. A a bénéficié d'un entretien le 22 juin 2022 et n'établit ni même n'allègue avoir été empêché de formuler des observations utiles et pertinentes sur sa situation personnelle, ce qu'il lui était loisible de faire y compris postérieurement à cet entretien. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du principe du contradictoire au motif qu'il ne lui a pas été précisé qu'il pouvait compléter ses observations orales par des observations écrites doit être écarté.

5. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier, notamment de l'attestation de remise signée le 22 juin 2022, que le requérant a pris connaissance des deux documents relatifs à la mise en œuvre du règlement Eurodac II, de la brochure A " Information sur la demande d'asile et le relevé d'empreintes " et de la brochure B " Information sur la procédure Dublin " ainsi que le guide du demandeur d'asile. Ces livrets étaient rédigés en langue française, que l'intéressé a déclaré comprendre. Par suite, le moyen tiré de ce que M. A n'aurait pas reçu les informations prévues par l'article 4 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 manque en fait.

6. En cinquième lieu, d'une part, la directive du Conseil du 20 juillet 2001 relative à des normes minimales pour l'octroi d'une protection temporaire en cas d'afflux massif de personnes déplacées et à des mesures tendant à assurer un équilibre entre les efforts consentis par les États membres pour accueillir ces personnes et supporter les conséquences de cet accueil, prévoit qu'une situation d'afflux massif de personnes déplacée peut être constatée par une décision du Conseil, qui institue le bénéfice de cette protection temporaire pour les ressortissants du ou des pays tiers concernés. Il résulte du 3 de l'article 5 et de l'article 8 de cette directive que, si l'institution d'une protection temporaire implique pour les Etats membres de faire disposer les personnes visées par la décision du Conseil qui l'institue, pendant toute la durée de cette protection, de titres de séjour matérialisant leur autorisation de se maintenir sur leur territoire, elle ne conditionne pas son bénéfice, pour ces personnes, au dépôt d'une demande en ce sens. Il résulte par ailleurs des articles 3 et 18 de cette directive que l'institution d'une protection temporaire n'est pas exclusive de la possibilité, pour les personnes qui en bénéficient, de se voir admettre au bénéfice de la protection internationale et que, dans ce cas, les critères et mécanismes de détermination de l'Etat responsable de l'examen de leur demande d'asile, tels qu'ils résultent en particulier du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013, demeurent applicables. En outre, il résulte notamment des articles 1er, 15, 25 et 26 de la directive du 20 juillet 2001 que les Etats membres peuvent être amenés à organiser le transfert d'une personne bénéficiaire de la protection temporaire, pour des motifs tenant notamment au regroupement des membres d'une même famille, depuis le territoire soit d'un pays tiers soit d'un autre Etat membre. Dans cette hypothèse, en vertu de l'article 18 de la même directive, l'Etat membre responsable de l'examen de la demande d'asile d'une personne bénéficiant de la protection temporaire est celui qui a accepté de l'accueillir sur son territoire au titre de cette protection, sous réserve de l'application des critères énoncés aux articles 8 à 12 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013. Il résulte enfin du l) de l'article 2 de ce règlement que le titre de séjour délivré par un Etat membre, au titre de la protection temporaire, à une personne en bénéficiant, constitue un titre de séjour au sens et pour l'application de son article 12.

7. Par une décision d'exécution du 4 mars 2022, le Conseil de l'Union européenne a constaté l'existence d'un afflux massif de personnes déplacées en provenance de l'Ukraine et a introduit une protection temporaire à l'égard de ces personnes. En vertu du a) et du c) du 1 de l'article 2 de cette décision d'exécution, bénéficient notamment de la protection temporaire les ressortissants ukrainiens déplacés d'Ukraine le 24 février 2022 ou après cette date et qui y résidaient avant cette date, ainsi que les membres de leur famille. Aux termes du 4 de cet article : " Aux fins du paragraphe 1, point c), les personnes suivantes sont considérées comme membres de la famille, dans la mesure où la famille était déjà présente et résidait en Ukraine avant le 24 février 2022 : / a) le conjoint d'une personne visée au paragraphe 1, point a) ou b), ou le partenaire non marié engagé dans une relation stable, lorsque la législation ou la pratique en vigueur dans l'État membre concerné traite les couples non mariés de manière comparable aux couples mariés dans le cadre de son droit national sur les étrangers ; / b) les enfants mineurs célibataires d'une personne visée au paragraphe 1, point a) ou b), ou de son conjoint, qu'ils soient légitimes, nés hors mariage ou adoptés ; / c) d'autres parents proches qui vivaient au sein de l'unité familiale au moment des circonstances entourant l'afflux massif de personnes déplacées et qui étaient alors entièrement ou principalement à la charge d'une personne visée au paragraphe 1, point a) ou b). "

8. D'autre part, il résulte des articles 6 et 20 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 que, si la situation de l'enfant mineur d'un demandeur d'asile est indissociable de celle ce de ce dernier, l'intérêt supérieur de l'enfant constitue une considération primordiale dans la mise en œuvre de la procédure de détermination de l'Etat membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale. Or il ne résulte ni de la directive du 20 juillet 2001 ni de la décision d'exécution du Conseil du 4 mars 2022 que la protection temporaire, ainsi que les droits qui y sont attachés, ne pourraient pas bénéficier à un enfant mineur entrant dans son champ d'application, quand bien même aucun de ses parents ou représentant légal ne serait bénéficiaire de cette protection. Ainsi, dans l'hypothèse où l'enfant mineur d'un demandeur d'asile bénéficie de la protection temporaire, il appartient seulement à l'autorité administrative, afin de faire de l'intérêt supérieur de cet enfant une considération primordiale, de tenir compte de la circonstance qu'un Etat membre, au titre de la protection temporaire, aurait expressément accepté de l'accueillir sur son territoire ou lui aurait délivré un titre de séjour. Il appartient dans ce cas à l'autorité administrative, si cet Etat membre est différent de l'Etat membre responsable de l'examen de la demande d'asile du parent demandeur par application des critères énoncés par le règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013, de rechercher prioritairement, sur le fondement notamment de l'article 26 de la directive du 20 juillet 2001, la possibilité d'un transfert du demandeur et de son enfant vers l'Etat membre ayant, au titre de la protection temporaire, expressément accepté de d'accueillir l'enfant mineur sur son territoire ou lui ayant délivré un titre de séjour.

9. En l'espèce, M. A, ressortissant de la République du Congo qui ne disposait ni d'un droit au séjour régulier ni d'une protection internationale ou d'une protection équivalente en Ukraine, est présent sur le territoire français, où il a introduit le 22 juin 2022 une demande de protection internationale, avec sa fille mineure, dont il justifie de la nationalité ukrainienne et dont il n'est pas contesté qu'elle résidait en Ukraine avant le 24 février 2022. Il est par ailleurs constant que la compagne de M. A et mère de cette enfant, demeure toujours en Ukraine. Cette dernière n'entre par conséquent pas dans le champ d'application de la protection temporaire instituée par la décision d'exécution du Conseil du 4 mars 2022, dès lors qu'elle n'est pas déplacée d'Ukraine au sens de cette décision. Ainsi, en application des dispositions citées au point 3, seule la fille mineure de M. A bénéficie de la protection temporaire instituée par la décision d'exécution du Conseil du 4 mars 2022, sur le fondement de la directive du 20 juillet 2001, le requérant n'entrant pas quant à lui dans le champ d'application de cette décision, ni personnellement ni en qualité de membre de la famille d'une personne bénéficiant de la protection temporaire. Or, il ne ressort d'aucune pièce du dossier ni n'est allégué par le requérant qu'un quelconque Etat membre de l'Union européenne aurait expressément accepté d'accueillir sa fille sur son territoire ou lui aurait délivré une autorisation de séjour, au titre de la protection temporaire. Si le requérant soutient qu'il aurait déposé auprès des services de la préfecture de l'Eure, pour sa fille, une demande tendant à la délivrance d'une autorisation de séjour au titre de la protection temporaire, il n'apporte toutefois aucun élément permettant d'établir la réalité de cette allégation. Il n'est en revanche pas contesté que M. A a déposé une demande d'asile en Pologne le 2 mars 2022, qu'il a par la suite retirée avant d'introduire une même demande en France le 22 juin 2022. Dès lors, le préfet de la Seine-Maritime n'a pas entaché sa décision d'erreur de droit en ordonnant, sur le fondement du c) du 1 de l'article 18 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013, le transfert de M. A et, par voie de conséquence, de sa fille mineure, vers la Pologne. Par suite, les moyens tirés de l'erreur de droit et de la méconnaissance des dispositions de l'article 18 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 doivent être écartés.

10. D'autre part, contrairement à ce que soutient M. A, il résulte des dispositions visées ci-dessus que le bénéfice de la protection temporaire ne saurait être assimilé au bénéfice de la protection internationale, notamment pour l'application du critère énoncé par l'article 10 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013. Le préfet de la Seine-Maritime n'était donc pas tenu de considérer que la France était responsable de l'examen de la demande d'asile de M. A par application de ce critère. Par suite, en tout état de cause, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 10 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 doit être écarté.

11. Enfin, eu égard à ce qui précède, le préfet n'était tenu, contrairement à ce que soutient le requérant, ni d'examiner d'office la situation de sa fille eu égard à la protection temporaire dont elle bénéficie, ni de lui délivrer une autorisation de séjour à ce titre. En outre, la circonstance que la décision de reprise en charge prise par les autorités polonaises mentionne à tort que la fille de M. A serait de nationalité congolaise, n'entache pas la décision attaquée d'un défaut d'examen, alors au surplus que la nationalité ukrainienne de l'intéressée était correctement mentionnée par la demande de reprise en charge adressée par les autorités françaises le 22 juillet 2022. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen doit être écarté.

12. En sixième lieu, eu égard au niveau de protection des libertés et des droits fondamentaux dans les Etats membres de l'Union européenne, lorsque la demande de protection internationale a été introduite dans un Etat autre que la France, que cet Etat a accepté de prendre ou de reprendre en charge le demandeur et en l'absence de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet Etat membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entrainent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, les craintes dont le demandeur fait état quant au défaut de protection dans cet Etat membre doivent en principe être présumées non fondées, sauf à ce que l'intéressé apporte, par tout moyen, la preuve contraire.

13. La Pologne, Etat membre de l'Union européenne, est présumée respecter ses obligations découlant de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union. Pour renverser cette présomption, M. A se borne à se prévaloir d'éléments généraux relatifs à l'afflux massif, en Pologne notamment, de personnes déplacées en provenance d'Ukraine, alors au demeurant qu'ainsi qu'il a été dit aux points 7 et 8, une protection temporaire a été instituée dès le 4 mars 2022 au profit de ces personnes, afin notamment de réduire la pression sur les systèmes nationaux d'accueil des demandeurs d'asile et d'examen de leurs demandes. Si M. A se prévaut par ailleurs de défaillances dans le système judiciaire polonais, en particulier s'agissant de la juridiction suprême de ce pays, il n'apporte en tout état de cause aucun élément de nature à établir les conséquences de ces défaillances sur les conditions d'accueil des demandeurs d'asile en Pologne ou sur le traitement de leurs demandes. Ces éléments ne sauraient dès lors renverser la présomption mentionnée ci-dessus, alors en outre que M. A, dont la fille de nationalité ukrainienne pourra en principe bénéficier de la protection temporaire en Pologne, ne conteste pas avoir retiré sa demande d'asile dans ce pays. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 3 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 et de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne doivent être écartés.

14. En dernier lieu, d'une part, M. A se prévaut essentiellement, au soutien de son moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 17 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013, de la situation particulière de sa fille, de nationalité ukrainienne. Il résulte cependant de ce qui précède que cette seule circonstance ne saurait imposer systématiquement aux autorités nationales de reconnaître la France comme Etat membre responsable de l'examen de la demande d'asile d'une personne bénéficiant de la protection temporaire. En l'espèce, le requérant se prévaut par ailleurs de la circonstance que sa fille et lui-même parlent la langue française, ainsi que de la présence en France de la demi-sœur de sa fille, née de la même mère, ressortissante ukrainienne bénéficiaire d'une autorisation provisoire de séjour au titre de la protection temporaire. Cette dernière circonstance, qui peut être regardée comme suffisamment établie eu égard aux déclarations faites lors de l'audience publique par M. A, ne saurait toutefois à elle seule conduire à regarder la décision attaquée comme entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors que le requérant n'apporte par ailleurs aucune précision quant à la nature et à l'intensité des liens qui l'unissent, lui ou sa fille, à la demi-sœur de celle-ci, dont il ressort des pièces du dossier qu'il ne s'est jamais prévalu de son existence au cours de la procédure, dont il déclare qu'elle résiderait à Nancy et dont il n'allègue pas par ailleurs qu'elle lui apporterait une aide matérielle ou administrative dans le cadre de ses démarches pour obtenir la protection internationale en France. D'autre part, si M. A soutient que la décision attaquée serait fondée sur des faits matériellement inexacts, il ne précise pas dans quelles mesure les circonstances de fait au regard desquelles le préfet de la Seine-Maritime s'est déterminé seraient matériellement inexactes. Par suite, les moyens tirés de l'erreur de fait et de la méconnaissance de l'article 17 du règlement (UE n° 604/2013 du 26 juin 2013 et, pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision litigieuse sur la situation personnelle de M. A, doivent être écartés.

15. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 24 août 2022 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a ordonné son transfert en Pologne. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des frais liés à l'instance doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de M. A est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B D A, à Me Matrand et au préfet de la Seine-Maritime.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28/09/2022.

Le magistrat désigné,

A. C

La greffière,

S. DANET

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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