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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2203639

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2203639

jeudi 22 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2203639
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantMUKENDI NDONKI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 8 septembre 2022, et des pièces complémentaires enregistrée le 15 septembre 2022, M. A C, représenté par Me Mukendi Ndonki, demande au juge des référés :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'arrêté du 24 août 2022 refusant la délivrance d'un certificat de résidence pour ressortissant algérien valable 10 ans ;

3°) d'enjoindre à l'autorité préfectorale compétente de réexaminer sa situation dans un délai de 8 jours et de lui délivrer dans l'attente du réexamen une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de 8 jours à compter de la décision à intervenir sous astreinte de cent euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat, une somme de mille deux cents euros à verser à Me Mukendi Ndonki, sur le fondement des dispositions combinées des articles 37 alinéa 2 de la loi n°91-647 du 10 juillet 1991, ladite condamnation valant renonciation au versement de l'aide juridictionnelle ; Subsidiairement, de verser cette même somme directement à M. C sur le fondement de l'article L. 761-1 du Code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition tenant à l'urgence à suspendre la décision est remplie dès lors que compte tenu de ses conditions d'entrée en France, de la durée de son séjour et de la circonstance qu'il a demandé un titre de séjour dans l'année de sa majorité, sa situation doit être assimilée à un renouvellement de titre de séjour et le faire bénéficier de la présomption d'urgence, que M. C dispose d'une promesse d'embauche de la mairie du Petit-Quevilly qui souhaite l'engager comme animateur scolaire jusqu'en juillet 2023 et qu'il désire poursuivre ses études ;

- la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée est remplie dès lors que :

- elle a été prise au terme d'une procédure irrégulière en raison de l'absence de saisine de la Commission du titre de séjour en méconnaissance de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès qu'il remplit les conditions posées à l'article 7 bis d) de l'accord franco-algérien pour se voir délivrer un certificat de résidence ;

- elle est entachée d'erreur de droit dès lors que le préfet a opposé la menace à l'ordre public pour l'application de l'article 7 bis d) de l'accord franco-algérien ; l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est inapplicable aux ressortissants algériens ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- elle a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation eu égard à ses conditions de résidence en France et à la circonstance que l'atteinte à l'ordre public n'est pas caractérisée.

Par un mémoire enregistré le 15 septembre 2022, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête dès lors que la condition d'urgence n'est pas remplie et qu'aucun des moyens n'est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée.

Vu :

- la requête, enregistrée le 8 septembre 2022 sous le n° 2203640, par laquelle M. C demande l'annulation de la décision attaquée.

- La décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme B comme juge des référés ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 22 septembre 2022 à 10 h 30 tenue en présence de M. Michel, greffier d'audience, Mme B a lu son rapport et entendu les observations de Me Mukendi Ndonki représentant M. C.

Me Mukendi Ndonki reprend en les développant les conclusions et moyens de la requête, il précise que s'agissant de l'urgence, M. C vient de reprendre ses études qui nécessitent des stages en entreprise et donc une régularisation et que s'agissant des moyens de nature à faire naître un doute sérieux sur la légalité de l'arrêté contesté, outre les moyens développés dans ses écritures, M. C remplit les conditions posées à l'article 7 bis d) de l'accord franco-algérien pour se voir délivrer une carte de résident.

Le préfet de la Seine-Maritime n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience à 10 heures 55.

Considérant ce qui suit :

Sur le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

1.Aux termes de l'article 20 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président / () ". En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. A C au bénéfice de l'aide juridictonnelle.

Sur les conclusions à fin de suspension :

2. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ". Aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 du même code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire.".

S'agissant de la condition d'urgence :

3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.

4. Il résulte des pièces du dossier que M. C, né le 18 novembre 2003 en Algérie, est entré en France le 29 mai 2014 dans le cadre d'un regroupement familial. Il a sollicité son admission au séjour sur le fondement du d) de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien le 7 octobre 2021. L'arrêté contesté a rejeté cette première demande de certificat de résidence au motif que le requérant représente une menace pour l'ordre public. Par suite, il lui revient de démontrer que la condition d'urgence est remplie.

5. Pour justifier de l'urgence qu'il y aurait à suspendre la décision lui refusant la délivrance d'une carte de résident, M. C fait valoir que son recours à l'encontre d'un refus de carte de résident qui n'est pas assorti d'une obligation de quitter le territoire est soumis à des délais de jugement ordinaires, qu'étant entré mineur en France à la suite d'une procédure de regroupement familial la décision contestée le met en situation irrégulière après avoir séjourné régulièrement en France depuis plusieurs années, qu'il doit bénéficier d'une présomption d'urgence, qu'il dispose d'une promesse d'embauche et désire poursuivre ses études. Si ainsi qu'il a été dit au point précédent M. C ne peut bénéficier d'une présomption d'urgence, il ressort des pièces produites que M. C est entré en France alors qu'il était âgé de 10 ans dans le cadre d'un regroupement familial qui a permis à la famille alors composée des parents et de leurs trois enfants de s'installer durablement sur le territoire où est né leur quatrième enfant, qu'il a déposé sa demande de carte de résident alors qu'il n'avait pas atteint l'âge de 18 ans, que M. C qui vit chez ses parents en situation régulière, dispose d'une promesse d'embauche de la ville du Petit-Quevilly en qualité d'agent contractuel à la Direction des affaires scolaires pour l'année scolaire 2022/2023 et est inscrit au titre de l'année 2022-2023 en 1ère PROL dans l'établissement scolaire Providence Sainte-Thérèse. M. C qui réside en France en situation régulière depuis l'âge de 10 ans est fondé à soutenir que la décision contestée qui le met en situation de séjour irrégulier, crée une rupture dans ses conditions de résidence justifiant de l'urgence qu'il y a à statuer sur sa légalité.

S'agissant de l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée :

6. Aux termes de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien : " ()/ Le certificat de résidence valable dix ans est délivré de plein droit sous réserve de la régularité du séjour pour ce qui concerne les catégories visées au a), au b), au c) et au g) : / () d) Aux membres de la famille d'un ressortissant algérien titulaire d'un certificat de résidence valable dix ans qui sont autorisés à résider en France au titre du regroupement familial ; / () ".

7. Aux termes de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, de la carte de séjour pluriannuelle et de l'autorisation provisoire de séjour prévue aux articles L. 425-4 ou L. 425-10 ainsi qu'à la délivrance de la carte de résident et de la carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE ". ". Aux termes de l'article L. 432-1 du même code : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public. ". Si l'accord franco-algérien ne subordonne pas la délivrance d'un certificat de résidence à un ressortissant algérien à la condition que l'intéressé ne constitue pas une menace pour l'ordre public, il ne prive toutefois pas l'administration française du pouvoir qui lui appartient, en application de la réglementation générale relative à l'entrée et au séjour des étrangers en France, de refuser l'admission au séjour en se fondant sur des motifs tenant à l'ordre public.

8. En l'état de l'instruction les moyens tirés de ce que l'arrêté contesté méconnaitrait les dispositions de l'article 7 bis d) de l'accord franco-algérien et serait entaché d'erreur manifeste d'appréciation au regard de la situation personnelle du requérant et de ce qu'il constituerait une menace pour l'ordre public sont de nature à faire naître un doute sérieux sur la légalité de l'arrêté du préfet de la Seine-Maritime du 24 août 2022 refusant une carte de résident à M. C.

9. Il résulte de tout ce qui précède que M. C est fondé à demander la suspension de l'exécution de l'arrêté du 24 août 2022 jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

10. Il est enjoint à l'autorité préfectorale compétente de réexaminer la situation de M. C dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance et de lui délivrer dans l'attente du réexamen une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de 8 jours à compter de cette même notification, sans qu'il soit besoin d'assortir ces injonctions d'une astreinte.

Sur les frais du litige :

11. M. C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Mukendi Ndonki, avocat de M. C, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Mukendi Ndonki d'une somme de 800 euros.

O R D O N N E :

Article 1er : M. A C est admis au bénéficie de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : L'exécution de l'arrêté du préfet de la Seine-Maritime du 24 août 2022 est suspendue jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité.

Article 3 : Il est enjoint à l'autorité préfectorale compétente de réexaminer la situation de M. C dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance et de lui délivrer dans l'attente du réexamen une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de 8 jours à compter de cette même notification.

Article 4 : L'Etat versera à Me Mukendi Ndonki une somme de 800 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Mukendi Ndonki renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Me Mukendi Ndonki, et au préfet de la Seine-Maritime.

Fait à Rouen, le 22 septembre 2022.

La juge des référés,

signé

C. B

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

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