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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2203675

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2203675

mardi 27 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2203675
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge Unique
Avocat requérantMARY-INQUIMBERT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 12 septembre 2022, M. B D, représenté par la SELARL Mary et Inquimbert, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 2 juin 2022 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a ordonné son transfert en Allemagne ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime d'enregistrer sa demande d'asile sans délai à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que la décision de transfert :

- a été prise sans qu'il soit établi que l'autorité centrale Eurodac a été saisie dans les 72 heures suivant sa demande d'asile, en méconnaissance de l'article 9 du règlement n° 603/2013 du 26 juin 2013 ;

- a été prise sans qu'il soit établi que son accord a été demandé pour le recueil de ses empreinte digitales ni qu'il a bénéficié des garanties prévues à l'article 29 du règlement 603/2013 ;

- a été prise sans qu'il soit établi que les autorités allemandes et françaises ont diligenté un expert en empreintes digitales pour les vérifier, en méconnaissance du point 21 de l'exposé des motifs du règlement n° 603/2013 du 26 juin 2013 ;

- a été prise sans que soit apportée la preuve de la saisine et de la réponse de l'Etat requis ;

- méconnaît l'article 4 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;

- méconnaît l'article 5 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;

- ne procède pas d'un examen personnalisé de sa situation ;

- méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- méconnaît l'article 17 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquence sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 septembre 2022, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.

Vu :

- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné M. E comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers visées aux chapitres VI, VII, VII bis, VII ter du titre VII du livre VII de la partie réglementaire du code de justice administrative ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le règlement (UE) n° 603/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 19 septembre 2022, après la présentation du rapport, ont été entendues les observations de M. D, assisté de Mme C interprète, qui indique qu'il souhaite faire sa vie en France ; précise qu'il n'a aucune famille en France mais qu'il ne veut retourner ni en Allemagne ni au Nigéria.

La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience, en application de l'article R 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

Sur l'aide juridictionnelle :

1. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu, en application de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, d'admettre provisoirement M. D à l'aide juridictionnelle.

Sur le transfert :

2. En premier lieu, en vertu des dispositions du premier alinéa du 1 de l'article 9 du règlement (UE) n° 603/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 relatif à la création d'Eurodac pour la comparaison des empreintes digitales aux fins de l'application efficace du règlement (UE) n° 604/2013, chaque État relève sans tarder l'empreinte digitale de tous les doigts de chaque demandeur d'une protection internationale et la transmet au système central dénommé Eurodac et au plus tard 72 heures suivant l'introduction de la demande de protection internationale. Toutefois, il résulte expressément du second alinéa du même texte que le non-respect du délai de 72 heures n'exonère pas les États membres de l'obligation de relever et de transmettre les empreintes digitales au système central. Le relevé ou la transmission tardif de la prise d'empreinte n'est donc pas de nature à affecter la régularité de la procédure administrative suivie pour déterminer l'État membre responsable d'une demande d'asile en application du règlement (UE) n° 604/2013. Par suite, la circonstance que le relevé des empreintes du requérant aurait été transmis au-delà du délai de 72 heures à partir de la date à laquelle il a sollicité l'asile est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée.

3. En deuxième lieu, en vertu de l'article 29 du règlement (UE) n° 603/2013, toute personne dont les empreintes digitales ont fait l'objet d'un relevé aux fins d'enregistrement dans le système EURODAC bénéficie, de la part des autorités de l'État ayant procédé à ce relevé, d'une information relative notamment à l'identité du responsable du traitement de ces données ou de son représentant, à la raison pour laquelle ces données vont être traitées par le système EURODAC, aux destinataires de celles-ci, à l'obligation d'accepter que ses empreintes digitales soient relevées, enfin, à l'existence d'un droit d'accès et d'un droit de rectification. Toutefois, ce droit à information ayant pour seul objet et pour effet de permettre d'assurer la protection effective des données personnelles des demandeurs d'asile concernés, son éventuelle méconnaissance est, par elle-même, dépourvue d'incidence tant sur la légalité de la décision prescrivant le transfert d'un demandeur d'asile vers l'État responsable de l'examen de sa demande que sur la régularité de la procédure préalable à l'édiction d'une telle décision. Au demeurant, le requérant ne conteste aucune des informations issues de la comparaison de ses empreintes digitales avec les données contenues dans cette base de données et ne conteste pas, en particulier, avoir vu sa demande d'asile rejetée par les autorités allemandes. Par suite, le moyen tiré tant de ce que le requérant n'aurait pas été rendu destinataire d'une telle information et de ce que son accord n'aurait pas été recueilli pour le relevé de ses empreintes digitales, doit être écarté comme inopérant.

4. En troisième lieu, les points ou considérants composant l'exposé des motifs d'un règlement des institutions de l'Union européenne sont dépourvus de valeur juridique. Par suite, M. D ne peut utilement se prévaloir, à supposer cette circonstance établie, de ce que les autorités allemandes et françaises n'auraient pas diligenté un expert en empreintes digitales afin de vérifier le relevé de ses empreintes, en méconnaissance du point 21 de l'exposé des motifs du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013.

5. En quatrième lieu, le préfet de la Seine-Maritime justifie de la saisine, le 10 mai 2022, des autorités allemandes, ainsi que de la décision explicite du 12 mai 2022 d'acceptation de la reprise en charge de M. D. Par suite, le moyen tiré d'un vice de procédure à cet égard manque en fait et doit être écarté.

6. En cinquième lieu, il ressort des pièces du dossier, notamment de l'attestation de remise signée le 8 avril 2022, que le requérant a pris connaissance des deux documents relatifs à la mise en œuvre du règlement Eurodac II, de la brochure A " Information sur la demande d'asile et le relevé d'empreintes " et de la brochure B " Information sur la procédure Dublin " ainsi que le guide du demandeur d'asile. Ces livrets étaient rédigés en langue anglaise que l'intéressé a déclaré comprendre. Par suite, le moyen tiré de ce que M. D n'aurait pas reçu les informations prévues par l'article 4 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 manque en fait.

7. En sixième lieu, la circonstance que la qualification de l'agent ayant mené l'entretien n'apparaît pas sur le résumé de l'entretien individuel de M. D est sans incidence sur la régularité de la procédure. Au demeurant, il ne ressort pas des pièces du dossier que cet entretien n'aurait pas été mené par une personne " qualifiée en vertu du droit national " au sens et pour l'application des dispositions de l'article 5 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013. Il apparaît en outre, à la lecture du compte rendu produit, que l'entretien individuel de M. D s'est déroulé dans des conditions permettant d'assurer sa confidentialité et permettant à l'intéressé de comprendre les informations qui lui ont été fournies et de faire valoir ses observations, dans une langue qu'il a déclaré comprendre. Enfin, les dispositions du 6 de cet article 5 n'imposent pas qu'une copie du résumé de l'entretien soit remise d'office à l'intéressée, qui en l'espèce ne justifie ni n'allègue en avoir fait la demande. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 5 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013, pris en toutes ses branches, doit être écarté.

8. En septième lieu, il ressort de l'arrêté attaqué que le préfet, à qui il n'appartenait pas de mentionner l'ensemble des éléments relatifs à la situation de Mme A, a procédé à un examen particulier de sa situation personnelle. Par suite, le moyen tiré d'un défaut d'examen doit être écarté.

9. En huitième lieu, les allégations et éléments généraux dont se prévaut M. D ne sont pas de nature à établir ni qu'il n'aurait pas été accueilli dans des conditions dignes lors de son séjour en Allemagne, et ne pourraient l'être après exécution de la décision attaquée. Il ne justifie ni même n'allègue, en particulier, avoir été privé de ses droits à exercer les recours prévus par la législation de cet Etat contre le refus d'asile ou contre toute mesure d'éloignement. M. D, qui est entrée récemment en France, n'y dispose d'aucune attache. Il n'apporte aucun élément permettant d'apprécier la réalité de ses allégations quant à ses craintes dans son pays d'origine. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 17 du règlement n° 604/2013, de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation, doivent être écartés.

10. Il résulte de ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 2 juin 2022 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a ordonné son transfert en Allemagne. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des frais liés à l'instance doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. D est admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de M. D est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D, à la SELARL Mary et Inquimbert et au préfet de la Seine-Maritime.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 septembre 2022.

Le magistrat désigné,

A. E

La greffière,

S. DANET

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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