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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2203705

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2203705

mercredi 21 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2203705
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge Unique
Avocat requérantGOMEZ AUDREY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 14 septembre 2022, M. D A demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 9 septembre 2022 par lequel le préfet de la Seine-Maritime lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de sa destination, lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans et l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer une carte de séjour temporaire ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et lui délivrer, durant cet examen, une autorisation provisoire de séjour ;

4°) d'effacer le signalement le concernant dans le fichier européen de non-admission.

M. A soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

- l'auteur de la décision contestée était incompétent pour l'édicter ;

- la décision attaquée a été prise en violation du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle a été prise en violation du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle a été prise en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle a été prise en violation du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- l'auteur de la décision contestée était incompétent pour l'édicter ;

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle méconnaît le principe du respect des droits de la défense ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur de droit ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;

- elle a été prise en violation du 10° de l'article L. 511-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle a été prise en violation du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle a été prise en violation de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle a été prise en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle a été prise en violation du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

- l'auteur de la décision contestée était incompétent pour l'édicter ;

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît le principe du respect des droits de la défense ;

- elle a été prise en violation de l'article L. 512-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que les informations relatives à la possibilité d'avertir un conseil, un consulat ou toute personne de son choix, ainsi que les principaux éléments de la décision contestée qui lui a été notifiée, lui ont été intégralement communiqués en langue diankanté ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur de droit ;

- elle a été prise en violation de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle a été prise en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle a été prise en violation du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle a été prise en violation du 1° du II de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision portant fixation du pays de destination :

- l'auteur de la décision contestée était incompétent pour l'édicter ;

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît le principe du respect des droits de la défense ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur de droit ;

- elle a été prise en violation de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle a été prise en violation de l'article L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle a été prise en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle a été prise en violation du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- l'auteur de la décision contestée était incompétent pour l'édicter ;

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît le principe du respect des droits de la défense ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur de droit ;

- elle a été prise en violation de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle a été prise en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle a été prise en violation du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision portant assignation à résidence :

- l'auteur de la décision contestée était incompétent pour l'édicter ;

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît le principe du respect des droits de la défense ;

- elle est illégale dès lors qu'elle ne lui a pas été notifiée à son adresse de domiciliation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit ;

- elle a été prise en violation de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle a été prise en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle a été prise en violation du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 15 septembre 2022, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- les moyens soulevés à l'encontre d'une décision portant refus de séjour dont M. A aurait fait l'objet ne pourront qu'être écartés d'office dès lors que l'intéressé n'a pas fait l'objet d'une telle décision ;

- les autres moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme F en application des articles L. 614-7 à L. 614-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Thielleux, magistrate désignée, qui informe les parties en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le tribunal est susceptible de soulever d'office le moyen tiré de l'irrecevabilité des conclusions à fin d'annulation de la décision du 9 septembre 2022 portant refus de séjour, cette décision étant inexistante ;

- les observations de Me Gomez, représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens qu'elle développe ; elle précise abandonner les conclusions à fin d'annulation dirigées à l'encontre de la décision de refus de séjour dont M. A aurait fait l'objet le 9 septembre 2022, ainsi que les moyens soulevés à l'encontre d'une telle décision ;

- et les observations de M. A, qui répond aux questions posées par le tribunal ;

- le préfet de la Seine-Maritime n'étant ni présent, ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. D A, ressortissant guinéen né le 8 août 1976 à Kindia, serait entré en France le 17 octobre 2010 selon ses déclarations, sous couvert d'un visa de court séjour. Par une décision du 10 octobre 2011, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a refusé de faire droit à la demande d'asile présentée par l'intéressé, décision confirmée le 15 juin 2012 par la Cour nationale du droit d'asile. Par une décision du 10 février 2014, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a refusé de faire droit à la demande de réexamen de sa demande d'asile déposée par M. A, décision confirmée le 22 octobre 2014 par la Cour nationale du droit d'asile. Par un arrêté du 13 mai 2015, le préfet du Nord a refusé de faire droit à la demande de titre de séjour présentée par l'intéressé et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Par un jugement n° 1507070 du 17 décembre 2015, devenu définitif, le tribunal administratif de Lille a rejeté le recours formé par M. C à l'encontre de cet arrêté. Par un arrêté du 15 novembre 2020, le préfet du Nord l'a obligé à quitter le territoire français et lui a interdit le retour sur le territoire pour une durée de deux ans. Par un jugement n° 2008283 du 22 décembre 2020, confirmé par une ordonnance n° 21DA01575 du 18 octobre 2021 de la cour administrative d'appel de Douai, le tribunal administratif de Lille a rejeté la requête formée par M. C à l'encontre de cet arrêté. Le 9 septembre 2022, M. A a été interpelé par les services de police. Par les arrêtés attaqués du 9 septembre 2022, le préfet de la Seine-Maritime a obligé M. A à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de sa destination, lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans, et l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.

Sur l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

3. Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions contestées :

4. En premier lieu, par un arrêté du 29 août 2022, publié le même jour au recueil n° 76-2022-141 des actes administratif spécial de la préfecture, le préfet de la Seine-Maritime a donné délégation à Mme B E, cheffe du bureau de l'éloignement, à l'effet de signer, notamment, les décisions contestées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit, dès lors, être écarté.

5. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué, qui n'avait par ailleurs pas à indiquer de manière exhaustive l'ensemble des éléments afférents à la situation personnelle de M. A, mentionne, avec une précision suffisante, les circonstances de fait et de droit qui en constituent le fondement pour mettre utilement le requérant en mesure de discuter les motifs de cet arrêté et le juge d'exercer son contrôle. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté contesté doit être écarté.

6. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Seine-Maritime aurait entaché l'arrêté attaqué d'un défaut d'examen sérieux et particulier de la situation de M. A. Ce moyen doit, dès lors, être écarté.

7. En quatrième lieu, il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Ce droit se définit comme celui de toute personne à faire connaître, de manière utile et effective, ses observations écrites ou orales au cours d'une procédure administrative, avant l'adoption de toute décision susceptible de lui faire grief. Toutefois, ce droit n'implique pas systématiquement l'obligation, pour l'administration, d'organiser, de sa propre initiative, un entretien avec l'intéressé, ni même d'inviter ce dernier à produire ses observations, mais suppose seulement que, informé de ce qu'une décision lui faisant grief est susceptible d'être prise à son encontre, il soit en mesure de présenter spontanément des observations écrites ou de solliciter un entretien pour faire valoir ses observations orales. En outre, une atteinte à ce droit n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle la décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie.

8. Il ressort en l'espèce des pièces du dossier que M. A a été auditionné par les services de police le 9 septembre 2022. Il ressort du procès-verbal de cette audition, qui s'est déroulée en langue française, que M. A parle et comprend, que l'intéressé a pu présenter des observations sur la légalité de son séjour et sur sa situation personnelle. Il a notamment été interrogé sur les raisons de son départ hors de son pays d'origine et son parcours, sur sa situation personnelle et familiale, sur sa situation administrative au regard des règles du droit au séjour en France. Par ailleurs, M. A a été informé de l'éventualité d'une mesure d'éloignement vers son pays d'origine ou d'un pays où il est également admissible, éventuellement assortie d'une assignation à résidence et d'une interdiction de retour en France, et interrogé sur les éventuelles observations qu'il avait à formuler. Ainsi, le requérant a été mis à même de présenter de manière utile et effective les éléments pertinents qui auraient pu influer sur les décisions du préfet de la Seine-Maritime. Par suite, le requérant n'a pas été privé du droit d'être entendu préalablement à toute mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement, principe général du droit de l'Union européenne. Ce moyen doit, dès lors, être écarté.

9. En dernier lieu, si le requérant soutient que les décisions contestées sont entachées d'une erreur de droit, il n'assortit toutefois ce moyen d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé.

En ce qui concerne les autres moyens dirigés à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

10. En premier lieu, M. A n'ayant pas fait l'objet, le 9 septembre 2022, d'une décision de refus de titre de séjour, le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français en litige serait illégale en raison de l'illégalité d'une telle décision de refus de séjour ne peut, dès lors, qu'être écarté.

11. En deuxième lieu, si le requérant soutient que la décision contestée méconnaît le 10° de l'article L. 511-4, devenu le 9° de l'article L. 611-3, du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il n'assortit toutefois ce moyen d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé.

12. En troisième lieu, le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

13. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. "

14. En l'espèce, si M. A déclare être entré en France le 17 octobre 2010, il n'a toutefois produit aucune pièce permettant d'établir la continuité de son séjour sur le territoire français depuis cette date. S'il est constant que le requérant réside en France avec sa concubine et leurs deux enfants mineurs, nés les 30 mai 2019 et 25 janvier 2021, il ressort toutefois des pièces du dossier que sa compagne réside irrégulièrement sur le territoire français et que les demandes d'asile présentées par l'intéressée ainsi que pour leurs deux enfants mineurs ont été rejetées, d'une part, s'agissant de sa concubine, par la Cour nationale du droit d'asile, et, d'autre part, s'agissant de leurs enfants, par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. Ainsi, rien ne fait obstacle à ce que la cellule familiale se reconstitue en Guinée, où le requérant a vécu la majeure partie de son existence et où il a indiqué aux services de police que sa mère résidait. Par ailleurs, par les seules pièces qu'il produit, M. A ne justifie pas d'une insertion sociale ou professionnelle d'une particulière intensité et stabilité sur le territoire français. A cet égard, si l'intéressé a déclaré aux services de police que deux de ses frères résideraient à Lille, l'un de ses frères à Paris et deux autres de ses frères à Blois, il n'a toutefois produit à l'appui de sa requête aucune pièce permettant d'établir qu'il entretiendrait avec eux des liens d'une particulière intensité et stabilité. Dans ces conditions, la décision attaquée ne peut être regardée comme ayant porté au droit au respect de la vie privée et familiale de M. C une atteinte disproportionnée au regard des buts poursuivis et n'a, dès lors, pas méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ce moyen doit, par suite, être écarté.

15. En cinquième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. () ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Elles sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.

16. Il ne ressort pas des pièces du dossier que les deux enfants de M. A, âgés d'un an et trois ans à la date de la décision contestée, ne pourraient pas vivre en Guinée ni y effectuer, pour le plus âgé d'entre eux, une scolarité. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.

17. En dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Seine-Maritime aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

18. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 9 septembre 2022 par laquelle le préfet de la Seine-Maritime l'a obligé à quitter le territoire français.

En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :

19. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que la décision contestée, ainsi que son annexe, qui mentionne notamment que " Vous avez le droit de communiquer avec toute personne de votre choix. ", " Vous pouvez solliciter les conseils de votre avocat et, si vous n'en avez pas, contacter la permanence du barreau du tribunal judiciaire [de Rouen] " et que " Vous avez la possibilité de prendre l'attache du consulat dont vous relevez ", a été notifiée à M. A en langue française, que ce dernier a déclaré parler et comprendre. Il suit de là que le moyen tiré de ce que la décision portant refus de délai de départ volontaire aurait été prise en violation de l'article L. 512-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, au motif que les informations relatives à la possibilité d'avertir un conseil, un consulat ou toute personne du choix du requérant, ainsi que les principaux éléments de la décision contestée, auraient été intégralement communiqués à M. A en langue diankanté, ne peut qu'être écarté.

20. En deuxième lieu, le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant à l'encontre de la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire.

21. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 13 à 16 du présent jugement, les moyens tirés de ce que la décision contestée aurait été édictée en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, doivent être écartés.

22. En quatrième lieu, si le requérant soutient que la décision contestée méconnaît le 1° du II de l'article L. 511-1, devenu le 1° de l'article L. 612-2, du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il n'assortit toutefois ce moyen d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé.

23. En dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Seine-Maritime aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

24. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 9 septembre 2022 par laquelle le préfet de la Seine-Maritime lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire.

En ce qui concerne la décision portant fixation du pays de destination :

25. En premier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ". Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ".

26. Si M. A soutient craindre pour sa vie en cas de retour en Guinée en raison des menaces et " faits " qu'il y aurait subis du fait de ses activités politiques, il n'apporte toutefois aucun élément permettant d'établir la réalité de ces craintes, alors que sa demande d'asile et sa demande de réexamen de sa demande d'asile ont été rejetées par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et par la Cour nationale du droit d'asile, ainsi que cela a été mentionné précédemment. Ce moyen doit, dès lors, être écarté.

27. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 13 à 16 du présent jugement, les moyens tirés de ce que la décision contestée aurait été édictée en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, doivent être écartés.

28. En dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Seine-Maritime aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

29. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 9 septembre 2022 par laquelle le préfet de la Seine-Maritime a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement dont il fait l'objet.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

30. En premier lieu, le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant à l'encontre de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français, qui n'a ni pour objet ni pour effet de fixer le pays à destination duquel M. A pourra être éloigné d'office, lequel est déterminé par une décision distincte.

31. En deuxième lieu, le requérant ne justifie pas que des circonstances humanitaires s'opposeraient à ce qu'il fasse l'objet d'une interdiction de retour en France. Dans ces conditions, et pour les mêmes motifs que ceux développés aux points 13 à 16 du présent jugement, les moyens tirés de ce que la décision contestée aurait été édictée en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, doivent être écartés.

32. En dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Seine-Maritime aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

33. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 9 septembre 2022 par laquelle le préfet de la Seine-Maritime lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.

En ce qui concerne la décision portant assignation à résidence :

34. En premier lieu, les conditions de notification d'une décision sont sans incidence sur la légalité de celle-ci. Le moyen tiré de l'irrégularité de la notification de la décision contestée ne peut, dès lors, qu'être écarté.

35. En deuxième lieu, le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant à l'encontre de la décision portant assignation à résidence, qui n'a ni pour objet ni pour effet de fixer le pays à destination duquel M. A pourra être éloigné d'office, lequel est déterminé par une décision distincte.

36. En troisième lieu, si le requérant soutient que la décision contestée aurait été prise en violation de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, il n'assortit toutefois ces moyens d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé.

37. En dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Seine-Maritime aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

38. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 9 septembre 2022 par laquelle le préfet de la Seine-Maritime l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.

39. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation des deux arrêtés du 9 septembre 2022. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter les conclusions de la requête présentées à fin d'injonction.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D A et au préfet de la Seine-Maritime.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 septembre 2022.

La magistrate désignée,

D. F

La greffière,

P. His

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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