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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2203722

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2203722

mercredi 19 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2203722
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge Unique
Avocat requérantELATRASSI-DIOME

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 14 septembre 2022, M. C, représenté par Me Elatrassi, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice provisoire de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 31 août 2022 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a ordonné son transfert en Bulgarie ;

3°) d'enjoindre au le préfet de la Seine-Maritime d'enregistrer sa demande d'asile et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard.

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros en application du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ou, à titre subsidiaire, une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que la décision de transfert :

- est insuffisamment motivée ;

- méconnaît l'article 4 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013;

- méconnaît l'article 5 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;

- ne procède pas d'un examen personnalisé de sa situation ;

- méconnaît l'article 17 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;

- méconnaît l'article 3 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;

- méconnaît les stipulations de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européennes ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquence sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 septembre 2022, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Vu :

- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme A comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers;

- les autres pièces du dossier

Vu :

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 26 septembre 2022, après la présentation du rapport, ont été entendues :

- les observations de Me Kabamba substituant Me Elatrassi, pour M. C qui reprend les conclusions et moyens de la requête

La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience, en application de l'article R 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant afghan né en 2000, conteste la légalité de l'arrêté par lequel le préfet de la Seine-Maritime a décidé de son transfert aux autorités bulgares, considérées comme responsables de l'examen de sa demande d'asile.

Sur l'aide juridictionnelle :

2. Eu égard aux délais dans lesquels le magistrat désigné doit se prononcer, il y a lieu, en application de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, d'admettre provisoirement M. C à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation de la décision de transfert :

3. En premier lieu, l'arrêté en litige vise le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013. Il précise que M. C a été identifié par les autorités bulgares en tant que demandeur d'asile le 26 décembre 2021, que les autorités bulgares, saisies par la France le 23 mai 2022 sur le fondement du paragraphe b) du I de l'article 18 de ce règlement, ont implicitement accepté de le reprendre en charge sur le fondement du paragraphe b) du I de l'article 18 du règlement. Dès lors, l'arrêté en litige énonce les considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde avec une précision suffisante pour permettre à M. C de comprendre les motifs de la décision et, le cas échéant, d'exercer utilement son recours. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté contesté doit être écarté.

4. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que le requérant s'est vu remettre le 17 mai 2022, en langue pachto, les brochures contenant les éléments d'information exigés par les dispositions de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 4 de ce règlement doit donc être écarté.

5. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier, et notamment du résumé de cet entretien, que M. C a bénéficié le 18 mai 2022 d'un entretien individuel qui s'est tenu avec l'aide d'un interprète en langue pachto, au cours duquel il a notamment pu apporter des précisions sur son parcours depuis son départ d'Afghanistan. Il ne ressort pas des pièces du dossier que cet entretien ne se serait pas tenu dans des conditions en garantissant la confidentialité. Il n'est pas sérieusement contesté que l'intéressé a bien été reçu, lors de cet entretien, par un agent de la préfecture, lequel doit être regardé, en l'absence notamment de tout élément avancé par le requérant ou résultant des pièces du dossier permettant de supposer un défaut de formation ou d'accès à une information suffisante, comme une personne qualifiée en vertu du droit national pour mener cet entretien.

6. En quatrième lieu, l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 dispose que : " 6. L'État membre qui mène l'entretien individuel rédige un résumé qui contient au moins les principales informations fournies par le demandeur lors de l'entretien. Ce résumé peut prendre la forme d'un rapport ou d'un formulaire type. L'État membre veille à ce que le demandeur et/ou le conseil juridique ou un autre conseiller qui représente le demandeur ait accès en temps utile au résumé. ". Aucune disposition du règlement (UE) n° 604/2013 n'impose que le résumé de l'entretien, qui en l'espèce a été communiqué par le préfet de la Seine-Maritime à l'appui de son mémoire en défense, soit remis spontanément au demandeur d'asile par l'administration. Il ne résulte pas non plus des pièces du dossier que M. C ou son conseil aurait demandé, en vain, à pouvoir accéder à ce résumé à un quelconque moment de la procédure. En admettant même que les dispositions rappelées ci-dessus doivent être interprétées comme imposant à l'administration d'avertir l'intéressé qu'il peut obtenir la copie de son entretien individuel, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'abstention de l'administration d'y procéder ait été susceptible d'exercer une influence sur le sens de la décision prise ou qu'elle a privé l'intéressé d'une garantie dans la mesure où M. C ne fait état d'aucun élément, antérieur ou postérieur à l'entretien, qu'il aurait souhaité porter à la connaissance du préfet. Le moyen tiré de l'absence de remise d'une copie de l'entretien individuel doit donc être écarté.

7. En cinquième lieu, aux termes de l'article 17 du règlement du 26 juin 2013 : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. / L'État membre qui décide d'examiner une demande de protection internationale en vertu du présent paragraphe devient l'État membre responsable et assume les obligations qui sont liées à cette responsabilité (). ".

8. M. C, qui s'est déclaré célibataire ne justifie d'aucune circonstance humanitaire justifiant la mise en œuvre de la procédure dérogatoire prévue par les dispositions de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013. Par suite, le préfet de la Seine-Maritime n'a pas méconnu les textes cités au point précédent.

9. Aux termes de l'article 3 du règlement (UE) n° 604/2013 - Accès à la procédure d'examen d'une demande de protection internationale : " () / 2. Lorsqu'aucun État membre responsable ne peut être désigné sur la base des critères énumérés dans le présent règlement, le premier État membre auprès duquel la demande de protection internationale a été introduite est responsable de l'examen. / () Lorsqu'il est impossible de transférer un demandeur vers l'État membre initialement désigné comme responsable parce qu'il y a de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet État membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, l'État membre procédant à la détermination de l'État membre responsable poursuit l'examen des critères énoncés au chapitre III afin d'établir si un autre État membre peut être désigné comme responsable. / (). ". Aux termes de l'article 4 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Nul ne peut être soumis à la torture, ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines et traitements inhumains et dégradants. ".

10. La Bulgarie étant membre de l'Union Européenne et partie tant à la convention de Genève du 28 juillet 1951 sur le statut des réfugiés, complétée par le protocole de New-York, qu'à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, il doit alors être présumé que le traitement réservé aux demandeurs d'asile dans cet Etat membre est conforme aux exigences de la convention de Genève ainsi qu'à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Cette présomption est toutefois réfragable lorsqu'il y a lieu de craindre qu'il existe des défaillances systémiques de la procédure d'asile et des conditions d'accueil des demandeurs d'asile dans l'Etat membre responsable, impliquant un traitement inhumain ou dégradant. Dans cette hypothèse, il appartient à l'administration d'apprécier dans chaque cas, au vu des pièces qui lui sont soumises et sous le contrôle du juge, si les conditions dans lesquelles un dossier particulier est traité par les autorités bulgares répondent à l'ensemble des garanties exigées par le respect du droit d'asile.

11. En l'espèce, M. C bien qu'il ait soutenu lors de l'audience qu'il avait été mal traité en Bulgarie, ne produit aucun document de nature à établir que la situation générale dans ce pays ne permettrait pas d'y assurer un niveau de protection suffisant aux demandeurs d'asile et que son transfert vers ce pays l'exposerait à un risque personnel de traitement inhumain ou dégradant. Il ne ressort pas des pièces du dossier que sa demande ne serait pas traitée par les autorités bulgares dans des conditions conformes à l'ensemble des garanties exigées par le respect du droit d'asile. Par suite, les moyens tirés de ce que la décision en litige aurait été prise en méconnaissance des dispositions de l'article 3 du règlement (UE) n° 604/2013, de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés.

12. Enfin, le moyen tiré de ce que le préfet de la Seine-Maritime a commis une erreur manifeste d'appréciation en ne regardant pas la France comme responsable de l'examen de la demande d'asile, qui n'est assorti d'aucun développement spécifique, doit être rejeté compte tenu de ce qui précède.

13. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. C aux fins d'annulation de l'arrêté du 31 août 2022 doivent être rejetées, de même, par voie de conséquence, que ses conclusions aux fins d'injonction et celles présentées au titre des frais du litige.

D E C I D E :

Article 1er : M. C est admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de M. C est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au préfet de la Seine-Maritime.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 octobre 2022.

La magistrate désignée,

Signé :

P. A

La greffière,

Signé :

P. His

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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