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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2203736

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2203736

mardi 21 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2203736
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1 ère Chambre
Avocat requérantMUKENDI NDONKI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire en production de pièces, enregistrés le 14 septembre 2022 et le 19 septembre 2022, Mme C, représentée par Me Mukendi Ndonki, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 29 juin 2022 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de son renvoi et a assorti sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire d'une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, subsidiairement, de procéder à un nouvel examen de sa situation, et de lui délivrer dans cette attente une autorisation provisoire de séjour dans un délai de huit jours à compter du jugement à intervenir, le tout sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros au titre de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ou, subsidiairement, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme B soutient que :

* S'agissant de la décision de refus de titre de séjour :

- elle souffre d'une motivation insuffisante ;

- elle n'a pas été adoptée à la suite d'un examen particulier de sa situation comme l'indique l'absence de référence à la situation régulière de l'un de ses enfants ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990 car, en raison du titre de séjour dont dispose son fils mineur, elle conduira à l'éclatement de la cellule familiale ;

- elle repose sur une erreur manifeste d'appréciation.

* S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle souffre d'une motivation insuffisante ;

- elle est, en raison de l'illégalité de la décision lui refusant un titre de séjour, dépourvue de base légale ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990 ;

- elle procède d'une erreur manifeste d'appréciation.

* S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- elle est, en raison de l'illégalité de la décision lui portant obligation de quitter le territoire français, dépourvue de base légale ;

- elle souffre d'une motivation insuffisante.

* S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle souffre d'une motivation insuffisante ;

- elle est irrégulière dès lors que l'obligation de quitter le territoire est elle-même irrégulière ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle procède d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 octobre 2022, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Vu :

- la décision du 7 septembre 2022 par laquelle Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale ;

- la décision par laquelle le président de la formation de jugement a décidé de dispenser la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Deflinne, premier conseiller ;

- et les observations de Me Mukendi Ndonki, représentant Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante kosovare, née le 14 avril 1975, est, selon ses dires, entrée sur le territoire français le 16 décembre 2015. Elle a déposé une demande d'asile qui a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 19 mai 2016 et par la Cour nationale du droit d'asile le 8 mars 2019. Le préfet de la Seine-Maritime a adopté à son encontre une obligation de quitter le territoire français le 12 mars 2020, confirmée par le tribunal le 5 novembre 2020, à laquelle elle n'a pas déféré. Mme B a déposé une nouvelle demande d'admission au séjour le 7 avril 2022 au titre des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par arrêté du 29 juin 2022, le préfet de la Seine-Maritime a refusé de délivrer le titre sollicité et a assorti son refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours ainsi que d'une interdiction de retour sur le territoire français de deux ans aux motifs que Mme B s'était soustraite à une précédente mesure d'éloignement, que son époux faisait également l'objet d'une obligation de quitter le territoire français, que leur fille était en situation irrégulière en France, qu'elle ne justifiait d'aucune activité professionnelle ni d'une insertion particulière, que ses enfants avaient la possibilité de l'accompagner dans leur pays d'origine où elle n'établissait être dépourvue d'attaches, que sa situation personnelle ne permettait pas de considérer qu'il serait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, que sa situation ne contrevenait pas aux stipulations de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, que l'examen de son dossier ne permettait pas d'envisager une régularisation à titre exceptionnel et dérogatoire et que rien ne s'opposait à ce qu'elle fût obligée de quitter le territoire français. Mme B demande l'annulation de ces décisions.

Sur les moyens communs aux trois décisions :

2. Les décisions attaquées, qui contrairement à ce que soutient la requérante n'ont pas à viser l'ensemble des éléments relatifs à sa situation personnelle, comportent les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Dans la mesure notamment où le titre de séjour dont dispose le fils de A B ne lui a été délivré que le 11 juillet 2022, soit postérieurement à l'arrêté critiqué, ces décisions, prises après un examen particulier de la situation dont justifiait Mme B au jour de leur adoption par le préfet de la Seine-Maritime sont donc suffisamment motivées.

Sur les moyens propres à la décision refusant l'admission au séjour :

3. En premier lieu, Mme B, qui serait entrée sur le territoire français le 16 décembre 2015, soutient que le centre de ses intérêts privés se situe en France au regard, notamment, de la durée de sa présence sur le territoire français et de la scolarisation ou la poursuite d'études de ses enfants. Il ressort toutefois des pièces du dossier que la durée de la présence en France de la requérante est, depuis l'année 2020, liée au défaut d'exécution de la précédente obligation de quitter le territoire français adoptée à son encontre de sorte que sa situation administrative conférait d'emblée un caractère précaire à sa vie familiale. Par ailleurs, son époux est également sous le coup d'une obligation de quitter le territoire français alors que sa fille n'est pas en situation régulière sur le territoire français et que, contrairement à ce qu'elle soutient, son fils ne disposait pas d'un titre de séjour à la date d'édiction de la décision en litige. En outre, l'intéressée ne justifie d'aucune insertion professionnelle et, nonobstant les attestations produites, ne justifie pas d'une insertion particulière en France. Dans ces conditions, eu égard à la durée et aux conditions du séjour de Mme B en France, il n'est pas établi que la décision du préfet de la Seine-Maritime du 29 juin 2022 ait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et qu'elle aurait méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La décision contestée n'est davantage entachée d'une erreur manifeste, ni dans l'application des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de Mme B.

4. En second lieu, pour les motifs qui viennent d'être évoqués et alors, d'une part, que la décision n'emporte par elle-même aucune séparation de la requérante d'avec les membres de sa cellule familiale mais également, d'autre part, que rien n'interdit à l'enfant de l'intéressée qui était mineur au jour de l'adoption de la décision de poursuivre ses études dans son pays d'origine, la décision ne méconnaît pas les stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Sur les moyens propres à la décision portant obligation de quitter le territoire français :

5. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision portant refus de séjour doit être écarté.

6. En deuxième lieu, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés pour les motifs exposés au point 3.

7. En dernier lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté pour les motifs exposés au point 4.

Sur les moyens propres à la décision fixant le pays de destination :

8. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

Sur les moyens propres à la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :

9. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision portant refus de séjour doit être écarté.

10. En second lieu, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés pour les motifs exposés au point 3.

11. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 29 juin 2022 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de son renvoi et a adopté à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des frais d'instance doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D B, à Me Joseph Mukendi Ndonki et au préfet de la Seine-Maritime.

Délibéré après l'audience du 31 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

M. Minne, président,

M. Deflinne, premier conseiller,

M. Le Vaillant, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 février 2023.

Le rapporteur,

Signé

T. DEFLINNE

Le président,

Signé

P. MINNE

Le greffier,

Signé

N. BOULAY

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

N. BOULAY

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