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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2203771

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2203771

jeudi 22 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2203771
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge Unique
Avocat requérantSOUTY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 15 septembre 2022, M. D B, représenté par Me Souty, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 1er septembre 2022 par lequel le préfet de l'Eure lui a fait obligation de quitter le territoire français ;

M. A B soutient que la décision portant obligation de quitter le territoire français :

* a été adoptée par une autorité incompétente ;

* souffre d'une motivation insuffisante et n'a pas été adoptée à la suite d'un examen personnalisé de sa situation ;

* a été adoptée en méconnaissance du principe du respect des droits de la défense ;

* procède d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation ;

* porte une atteinte excessive à son droit de mener une vie privée et familiale normale ainsi qu'à l'intérêt supérieur de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 septembre 2022, le préfet de l'Eure conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A B ne sont pas fondés.

Vu :

­ la décision par laquelle le président du tribunal a désigné M. C comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers ;

­ les autres pièces du dossier.

Vu :

­ la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

­ la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

­ le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

­ le code des relations entre le public et l'administration ;

­ la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

­ le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

­ le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir au cours de l'audience publique du 21 septembre 2022, présenté son rapport et entendu les observations orales de

* Me Souty, avocat commis d'office représentant M. A B qui soutient que :

- il sollicite le renvoi de l'audience dès lors que les délais impartis ne lui ont pas permis d'assurer sa défense pour contester les décisions adoptées à son encontre ;

- la décision d'éloignement méconnaît les dispositions du 2° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en raison de sa présence continue en France depuis 1997 ;

- les décisions méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et procèdent d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il a passé la majeure partie de sa vie en France où sont ses attaches, et notamment les personnes l'ayant élevé ainsi que ses frères ; il a été scolarisé dans divers établissements scolaires en France ; il ne connaît pas la Colombie ;

* M. A B qui soutient être arrivé pour la première fois en France en 1987 à l'âge de deux ans, être reparti en Colombie cinq après et être revenu pour la seconde fois en France en 1997 sans être retourné dans son pays d'origine depuis lors.

L'instruction étant close à l'issue de l'audience à 14 heures 10, en application de l'article R.776-26 du code de justice administrative ;

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant colombien, né le 19 août 1985, est, selon ses dires, entré pour la dernière fois sur le territoire français en 1997. Il a bénéficié de titres de séjour entre 2003 et 2004 puis entre 2007 et 2015. Il est incarcéré depuis le 28 avril 2015. Il a sollicité son admission au séjour le 22 décembre 2020 qui lui a été refusée le 13 juin 2022. Par courrier du 5 août 2022 notifié le 23 août 2022, le préfet de l'Eure l'a invité à présenter ses observations sur la mesure d'éloignement qu'il envisageait de prendre. L'intéressé les a présentées le 25 août 2022. Par arrêté du 1er septembre 2022, le préfet de l'Eure a prononcé à son encontre un arrêté portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de son renvoi et a assorti ces décisions d'une interdiction de retour sur le territoire français aux motifs que M. A B, qui a fait l'objet de dix-neuf condamnations pénales pour des faits d'une gravité croissante, présente une menace pour l'ordre public, qu'il se trouve en situation irrégulière depuis le 18 août 2015, que célibataire et sans enfant il ne justifie pas d'attache sur le territoire français, qu'il n'établit pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine où réside sa mère qui est la seule personne avec qui il est en contact lors de son incarcération, que sa situation personnelle ne permet pas de considérer qu'il serait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, que sa situation ne contrevient pas aux stipulations de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et que rien ne s'oppose à ce qu'il soit obligé de quitter le territoire français. M. A B doit être regardé comme demandant l'annulation de l'ensemble des décisions contenues dans l'arrêté contesté.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président [] ". Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et relatif à l'aide juridictionnelle et à l'aide à l'intervention de l'avocat dans les procédures non juridictionnelles : " [] L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué. " Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'accorder, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. A B à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 2° L'étranger qui justifie par tous moyens résider habituellement en France depuis qu'il a atteint au plus l'âge de treize ans ; (). ".

4. M. A B soutient qu'il est entré pour la dernière fois en France en 1997 et qu'il y réside habituellement depuis lors, de sorte qu'en vertu des dispositions du 2° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il ne pouvait faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français.

5. Il ressort des pièces du dossier, notamment des propres indications du préfet de l'Eure tant dans l'arrêté contesté que dans son mémoire en défense, d'une part, que M. A B, dont la présence continue sur le territoire français n'est pas contestée par l'administration, s'est vu régulièrement délivrer des titres de séjour entre 2003 et 2004 et entre 2007 et 2015. D'autre part, alors que les condamnations et les périodes d'incarcération dont elles s'accompagnent doivent être prises en compte pour apprécier la continuité de la résidence habituelle en France du requérant, il ressort des mêmes éléments que M. A B a été condamné à de multiples peines d'emprisonnement entre 2003 et 2017 et, notamment, à une peine de deux ans et six mois le 16 décembre 2004, une peine d'un mois et quinze jours le 3 mai 2005 et une peine de trois mois le 10 juillet 2006. Enfin, la présence continue du requérant sur le territoire français depuis 1997 est corroboré par les indications crédibles de l'intéressé à l'audience. En l'absence de toute remise en cause de la présence de M. A B sur le territoire français, ce dernier doit donc être regardé comme justifiant de sa résidence continue en France depuis l'année 1997. Il suit de là que M. A B établit résider habituellement en France depuis qu'il a atteint au plus l'âge de treize ans. Par suite, l'intéressé est fondé à soutenir que le préfet de l'Eure, en adoptant à son encontre une obligation de quitter le territoire français, a commis une erreur de droit.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête ni faire droit à la demande de renvoi d'audience, que M. A B est fondé à demander l'annulation de la décision du 1er septembre 2022 par laquelle le préfet de l'Eure lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai ainsi, par voie de conséquence, que l'annulation des décisions fixant le pays de son renvoi et prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français. Ces annulations n'appellent l'adoption d'aucune mesure particulière d'exécution.

D E C I D E :

Article 1er : M. A B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : L'arrêté du 1er septembre 2022 par lequel le préfet de l'Eure a fait obligation à M. A B de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de son renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français est annulé.

Article 3 : Le surplus de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. D B, à Me Souty et au préfet de l'Eure

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 septembre 2022.

Le magistrat désigné,

T. C

La greffière,

P.HIS La République mande et ordonne au préfet de l'Eure, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

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