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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2203781

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2203781

jeudi 30 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2203781
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2 ème Chambre
Avocat requérantPAMLAW - AVOCATS

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par un déféré, enregistré le 19 septembre 2022, sous le numéro 2203781, le préfet de la Seine-Maritime demande au tribunal d'annuler la décision du 16 août 2022, par laquelle le maire de la commune de Bois-Guillaume a retiré la décision de non-opposition à déclaration préalable prise le 20 mai 2022 en faveur de la société Free Mobile en vue de la construction d'une station de téléphonie mobile sur un terrain situé 101, rue du Hamel.

Il fait valoir que :

- le retrait en litige méconnaît les dispositions de l'article 222 de la loi n° 2018-1021 du 23 novembre 2018 ;

- les motifs invoqués ne peuvent justifier le retrait prononcé.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 octobre 2022, la commune de Bois-Guillaume s'en remet à la sagesse du tribunal.

Par un mémoire enregistré le 3 octobre 2022, la société Free Mobile, représentée par Me Martin, demande au tribunal de déclarer son intervention volontaire recevable et d'annuler l'arrêté attaqué.

Elle fait valoir, ainsi qu'elle l'a démontrée dans la requête, enregistrée sous le numéro 2203951, que la décision est illégale, dès lors qu'elle est intervenue en méconnaissance de l'article 222 de la loi Elan et comme étant entachée d'une erreur d'appréciation.

II. Par une requête, enregistrée le 30 septembre 2022, sous le numéro 2203951, la société Free Mobile demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 16 août 2022, par laquelle le maire de la commune de Bois-Guillaume a retiré la décision de non-opposition à déclaration préalable prise le 20 mai 2022 dont elle bénéficiait, en vue de la construction d'une station de téléphonie mobile sur un terrain situé 101, rue du Hamel ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Bois-Guillaume la somme de 5 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- le retrait en litige méconnaît les dispositions de l'article 222 de la loi n° 2018-1021 ;

- le maire a fait une application inexacte des dispositions de l'article 4.1.2 du règlement du plan local d'urbanisme (PLU) ainsi de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme, dès lors qu'il n'a pas indiqué dans sa décision les caractéristiques et l'intérêt du milieu environnant auxquels le projet serait susceptible de porter atteinte.

Vu :

- les autres pièces des dossiers ;

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de l'urbanisme ;

- la loi n° 2018-1021 du 23 novembre 2018 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- les conclusions de M. Cotraud, rapporteur public,

- et les observations de M. B pour le préfet de la Seine-Maritime.

Considérant ce qui suit :

1. Par arrêté en date du 20 mai 2022, le maire de la commune de Bois-Guillaume ne s'est pas opposé à la déclaration préalable déposée par la société Free Mobile le 8 mars 2022 et complétée le 22 avril suivant, en vue de l'installation de trois antennes sur le toit d'un immeuble situé 101, rue du Hamel. Après avoir été saisi par une vingtaine de riverains, le maire de la commune a finalement procédé au retrait de l'autorisation précédemment accordée, par arrêté du 16 août 2022, au motif que les fausses cheminées intégrant les antennes étaient très hautes et visibles de l'espace public. Le préfet de la Seine-Maritime, d'une part, et la société Free Mobile, d'autre part, demandent au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur la jonction :

2. Le déféré du préfet de la Seine-Maritime et la requête de la société Free Mobile, enregistrés sous les nos 2203781 et 2203951, tendent à l'annulation du même arrêté portant retrait de l'autorisation dont bénéficiait cette société et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un même jugement.

Sur l'intervention de la société Free Mobile au soutien du déféré :

3. La société free Mobile était bénéficiaire d'une autorisation d'urbanisme. Elle a, dès lors, intérêt à l'annulation de la décision portant retrait de cette autorisation. Son intervention au soutien du déféré introduit par le préfet de la Seine-Maritime sur le fondement de l'article L. 2131-6 du code général des collectivités territoriales est, par suite, recevable.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

4. Aux termes de l'article L. 2131-6 du code général des collectivités territoriales : " Le représentant de l'Etat dans le département défère au tribunal administratif les actes mentionnés à l'article L. 2131-2 qu'il estime contraires à la légalité dans les deux mois suivant leur transmission. ()".

5. En premier lieu, aux termes de l'article 222 de la loi du 23 novembre 2018 portant évolution du logement, de l'aménagement et du numérique, dite loi ELAN : " A titre expérimental, par dérogation à l'article L. 424-5 du code de l'urbanisme et jusqu'au 31 décembre 2022, les décisions d'urbanisme autorisant ou ne s'opposant pas à l'implantation d'antennes de radiotéléphonie mobile avec leurs systèmes d'accroche et leurs locaux et installations techniques ne peuvent pas être retirées. / Cette disposition est applicable aux décisions d'urbanisme prises à compter du trentième jour suivant la publication de la présente loi. / Au plus tard le 30 juin 2022, le Gouvernement établit un bilan de cette expérimentation. ".

6. Il est constant que par arrêté du 20 mai 2022, le maire de la commune de Bois-Guillaume ne s'est pas opposé à la déclaration préalable déposée par la société Free mobile le 8 mars 2022 et complétée le 22 avril suivant, en vue de l'installation de trois antennes sur le toit d'un immeuble situé 101, rue du Hamel. Par suite, le maire de la commune a méconnu les dispositions précitées de l'article 222 de la loi ELAN en retirant cette décision de non-opposition qui ne pouvait être retirée.

7. En second lieu, aux termes de l'article 4.1.2 du règlement du plan local d'urbanisme de la Métropole Rouen Normandie applicable à la zone UBB1 : " Les dispositifs techniques tels que () antennes () doivent faire l'objet d'un traitement soigné afin de garantir une parfaite insertion de la construction dans le paysage proche et lointain et doivent être intégrées à la composition architecturale du bâtiment. () Les antennes paraboliques et les antennes de téléphonie mobile doivent être installées de manière à limiter au maximum leur impact visuel depuis les voies. ".

8. Il ressort des pièces du dossier, et notamment des éléments photographiques produits par la société Free Mobile que le projet prévoit l'installation de trois antennes de téléphonie, intégrées dans trois fausses cheminées, ce qui a pour effet, conformément aux dispositions applicables du plan local d'urbanisme, d'en limiter l'impact visuel. Il ne ressort, par ailleurs, d'aucun élément du dossier qu'elles ne garantiraient pas ainsi une parfaite insertion de la construction dans le paysage proche et lointain. Il suit de là que la société Free mobile et le préfet sont également fondés à soutenir que le motif opposé par la commune de Bois-Guillaume ne pouvait justifier un refus d'autorisation et ce second moyen doit également être accueilli.

9. Il résulte de ce qui précède que la décision du 16 août 2022 par laquelle le maire de la commune de Bois-Guillaume a retiré l'arrêté par lequel il ne s'était pas opposé à la déclaration préalable déposée par la société Free mobile le 8 mars 2022 en vue de l'installation de trois antennes sur le toit d'un immeuble situé 101, rue du Hamel doit être annulée.

Sur les frais du litige :

10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Bois-Guillaume une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la société Free Mobile et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 16 août 2022 par laquelle le maire de la commune de Bois-Guillaume a retiré l'arrêté par lequel il ne s'était pas opposé à la déclaration préalable déposée par la société Free mobile le 8 mars 2022 en vue de l'installation de trois antennes sur le toit d'un immeuble situé 101, rue du Hamel est annulée.

Article 2 : La commune de Bois-Guillaume versera à la société Free Mobile la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié au préfet de la Seine-Maritime, à la commune de Bois-Guillaume et à la société Free Mobile.

Délibéré après l'audience du 16 mars 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Bailly, présidente,

Mme D et Mme A, conseillères,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mars 2023.

La présidente-rapporteure,

P. C

L'assesseure la plus ancienne,

D. D

La greffière,

A. Hussein

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Nos 2203781; 2203951

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