mardi 4 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2203792 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Juge Unique |
| Avocat requérant | MARY-INQUIMBERT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 19 septembre 2022, Mme E I, représentée par Me Mary, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 6 mai 2022, notifié le 6 septembre 2022, par lequel le préfet de la Seine-Maritime a ordonné son transfert vers l'Italie ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de prendre en charge sans délai sa demande d'asile, sous astreinte de cent euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Mme I soutient que :
- les décisions attaquées sont contraires aux stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la décision fixant le pays de renvoi méconnaît l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'article 33 de la convention de Genève, et l'article 2d de la directive 2011/95/UE du Parlement européen et du Conseil du 13 décembre 2011.
Par un mémoire en défense, enregistré le 30 septembre 2022, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête. Il soutient que les moyens dont se prévaut la requérante sont infondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. C juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers visées aux chapitres VI, VII, VII bis, VII ter du titre VII du livre VII de la partie règlementaire du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir au cours de l'audience publique du 3 octobre 2022, présenté son rapport et entendu les observations orales de Me Inquimbert, représentant Mme I, assistée de Mme B D, interprète, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens.
Le préfet de la Seine-Maritime n'étant ni présent ni représenté.
L'instruction étant close à l'issue de l'audience, en application de l'article R.776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Mme E I est une ressortissante ivoirienne née le 27 août 1987 qui a sollicité l'asile auprès de la préfecture de la Seine-Maritime le 2 février 2022. La requérante ayant été précédemment identifiée en Italie en situation irrégulière, les autorités de cet Etat ont été saisies le 2 mars 2022, et ont accepté, par un accord implicite intervenu le 3 mai 2022, leur responsabilité. La requérante demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 6 mai 2022 notifié le 6 septembre suivant par lequel le préfet de la Seine-Maritime a ordonné son transfert à destination de l'Italie.
Sur l'admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire :
2. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'admettre la requérante au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire en application de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
3. En premier lieu, l'arrêté attaqué vise le règlement n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 et le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, outre la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et la convention de Genève du 28 juillet 1951. Il énonce que les autorités italiennes, saisies sur le fondement de l'article 13-1 du règlement précité n° 604/2013 du 26 juin 2013 ont implicitement accepté leur responsabilité le 3 mai 2022, en application de l'article 25-2 de ce même règlement européen. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté. Par ailleurs, cet acte est signé par Mme G A, adjointe au chef du " pôle régional Dublin " de la préfecture de la Seine-Maritime, qui dispose d'une délégation à cette fin prévue par l'arrêté préfectoral du 1er avril 2022. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision contestée doit par conséquent également être écarté.
4. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier, notamment de l'attestation de remise signée le 2 février 2022, que Mme I a pris connaissance des deux documents relatifs à la mise en œuvre du règlement Eurodac II, de la brochure A " Information sur la demande d'asile et le relevé d'empreintes " et de la brochure B " Information sur la procédure Dublin " ainsi que le guide du demandeur d'asile. Ces livrets étaient rédigés en langue française que l'intéressée a déclaré comprendre. Par suite, le moyen tiré de ce que la requérante n'aurait pas reçu les informations prévues par l'article 4 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 manque en fait et doit être écarté.
5. En troisième lieu, l'entretien prévu à l'article 5 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 apparaît, à la lecture du compte rendu produit, s'être déroulé dans des conditions permettant d'assurer sa confidentialité et mettant l'intéressée en mesure de comprendre les informations fournies, afin qu'elle puisse faire valoir ses observations, dans une langue qu'elle a déclaré comprendre. Enfin, les dispositions du 6 de cet article 5 n'imposent pas qu'une copie du résumé de l'entretien, produit en défense par l'administration, soit remise d'office à l'étranger concerné, qui en l'espèce ne justifie ni n'allègue en avoir fait la demande. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 5 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013, pris en toutes ses branches, doit être écarté.
6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3 du règlement du 26 juin 2013 : " () Lorsqu'il est impossible de transférer un demandeur vers l'État membre initialement désigné comme responsable parce qu'il y a de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet État membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, l'État membre procédant à la détermination de l'État membre responsable poursuit l'examen des critères énoncés au chapitre III afin d'établir si un autre État membre peut être désigné comme responsable. / Lorsqu'il est impossible de transférer le demandeur en vertu du présent paragraphe vers un État membre désigné sur la base des critères énoncés au chapitre III ou vers le premier État membre auprès duquel la demande a été introduite, l'État membre procédant à la détermination de l'État membre responsable devient l'État membre responsable () ". Aux termes de l'article 17 du même règlement : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement () ".
7. L'Italie est un État partie à la convention de Genève du 28 juillet 1951 sur le statut des réfugiés et à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il ne ressort pas des pièces du dossier que des défaillances systémiques y affecteraient la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs d'asile. Les craintes personnelles dont fait état Mme I en cas de transfert vers l'Italie ne sont ni circonstanciées ni étayées par des pièces produites. Si elle se prévaut à l'audience d'un état de grossesse, cette circonstance n'a pas été présentée à l'administration à un quelconque moment de la procédure, ni ne fait l'objet d'un commencement de preuve versé au dossier. Par suite, le préfet de la Seine-Maritime n'a pas méconnu les textes cités au point précédent, ni l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, ni l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en décidant de transférer Mme I aux autorités italiennes.
8. La requérante se prévaut de ce qu'elle aurait rejoint en France M. H F, ressortissant ivoirien qui a fait l'objet d'un transfert vers l'Italie le 18 juin 2021, décision dont il a demandé l'annulation au tribunal de céans, lequel a rejeté sa requête par un jugement du 19 juillet 2021. Elle n'est cependant pas fondée, en tout état de cause, à invoquer l'article 10 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013, dès lors que leur relation ne peut être considérée comme stable au sens et pour l'application des stipulations de ce règlement, en particulier de la notion de " membres de la famille ".
9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme I doit être rejetée en toutes ses conclusions, à l'exception de celles relatives à l'aide juridictionnelle provisoire.
D E C I D E :
Article 1 : Le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire est accordé à Mme I.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme E I, à Me Mary et au préfet de la Seine-Maritime.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 octobre 2022.
Le magistrat désigné,
C. C
La greffière,
A. LENFANTLa République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°220379
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026